PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche X · section 12 sur 20

    Le scolyte des baies, l'ennemi capital

    Deux photographies : une feuille portant de larges plages jaunes et brunes de rouille le long de la nervure centrale, et un caféier presque entièrement dépouillé de ses feuilles au milieu de la parcelle.
    Taches chlorotiques de rouille et défoliation du caféierSantiago-Santiago M., Sánchez-Viveros G. et coll. · CC BY 4.0
    AgentColletotrichum kahawae (décrit 1993), latent dans l'écorce
    Cycleattaque les baies vertes ; éclate quand l'arbre faiblit
    Conditionsfraîcheur et pluie d'altitude en Afrique de l'Est ; surproduction, érosion, rouille
    Dispersionpluie ; Kenya 1922 → Angola 1930, Congo 1937, Cameroun 1955-57, Ouganda 1959, Tanzanie 1964, Éthiopie 1971, Malawi 1985
    Pertesépidémie kényane 1967-68 ; absent des Amériques (quarantaine)
    Luttegènes T (HdT), R (Rume Sudan), k (K7) : Ruiru 11 (1985), Batian (2010) ; cuivre et systémiques sur baies vertes
    Coste 1955, p. 220-222 ; J. Plant Dis. Prot. 2023 ; WCR 2025

    Hypothenemus hampei (Stephanoderes coffeae chez Vayssière, qui défend ce nom en note et a perdu) est un coléoptère africain. La femelle mesure 1,5 à 1,6 mm, 1,4 à 1,8 selon les sources actuelles.

    Son trajet dans le fruit explique pourquoi elle est si difficile à atteindre. Elle vole, attaque la cerise par le sommet, la zone du nombril, perce le mésocarpe puis la parche. Elle installe ensuite sa chambre de ponte dans la graine elle-même. Tant qu'elle est dans la pulpe, un traitement peut encore la toucher ; une fois dans le grain, non.

    La ponte est abondante : 30 à 50 œufs par paquets de 4 à 8. Le cycle complet dure 20 à 35 jours, 24 à 45 selon la température. La femelle vit environ trois mois et demi.

    Le mâle, lui, ne sort jamais. Plus petit, les ailes atrophiées, il ne quitte pas la baie où il est né : il féconde ses sœurs dans la galerie et y meurt. Les mâles ne font que 8 à 12 % de la population, soit treize femelles pour un mâle.

    Cette biologie a une conséquence lourde. Chaque cerise est un monde clos d'où sortent des femelles déjà fécondées. Une seule suffit donc à fonder une lignée sur une parcelle indemne, sans avoir à y rencontrer un mâle. Et la consanguinité fixe vite tout ce qui marche.

    Les densités atteintes sont à la mesure de ce dispositif : une même cerise peut abriter jusqu'à cent individus, un arbre trois à cinq générations.

    Coste 1955, p. 285-288 (P. Vayssière) ; UCDA 2019, p. 76-77 ; Wikipedia, « Coffee borer beetle », consulté le 07/09/2026 ; LC ch. 15

    La femelle recherche une dureté d'albumen précise, celle des fruits de trois à quatre mois, au-delà de 5 mm de diamètre. L'albumen, c'est la graine en formation, et sa fermeté change avec l'âge du fruit. L'UCDA fait entrer l'insecte environ huit semaines après la floraison, puis attendre le durcissement du grain pour pondre.

    Sa prédilection va aux baies noires desséchées restées sur l'arbre ou au sol. Elles lui servent d'abri et de maternité pendant l'intersaison, ce qui fait de chaque fruit oublié un foyer pour la récolte suivante.

    Les pertes sont chiffrées différemment selon les sources et les époques. Vayssière donne jusqu'à 25 % de la récolte et une dépréciation marchande jusqu'à 50 %. L'UCDA parle de 50 à 100 % de perte de rendement en cas d'infestation forte, avec chute des jeunes cerises et déclassement des lots. À Hawaï, des fermes mal tenues atteignaient 95 % de cerises infestées avant 2011.

    Le tour du monde de l'insecte est daté, et il commence par des semences. Vayssière place en 1909 la contamination de Java par des semences africaines, et en 1913 celle de São Paulo depuis Java ; les sources actuelles retiennent 1926 pour le Brésil. Viennent ensuite le Guatemala et le Mexique dans les années 1970, la Colombie à la fin des années 1980, Porto Rico en août 2007, Kona (Hawaï) en août 2010.

    Au total, l'insecte pèse sur l'économie de plus de vingt millions de familles.

    Coste 1955, p. 285-288 ; UCDA 2019, p. 76-77 ; Lee et al. 2023 ; Wikipedia, « Coffee borer beetle » ; LC ch. 15

    La lutte de 1955 : ramassage systématique de toutes les baies pendant les trois mois suivant la récolte, ébouillantage de trois minutes, opérations arrêtées à seize heures, heure d'envol des femelles. Un fait de process : la voie humide (dépulpage, fermentation, lavage) noie galeries et larves ; la voie sèche étale pendant des jours des milliers de baies dans l'état exact que l'insecte préfère, à portée de vol des parcelles (voir le traitement).

    Le chiffre d'une fermentation « à 60 °C » censée le tuer, dans le même chapitre, est manifestement erroné. La lutte biologique était déjà décrite : l'hyménoptère africain Prorops nasuta, dont un individu détruit cent œufs ou cinquante larves, Heterospilus coffeicola, et le champignon Beauveria bassiana, qui colonise l'adulte de l'intérieur.

    Coste 1955, p. 285-288 (Vayssière) ; LC ch. 15

    Contre le scolyte, il n'existe pas d'arme unique. Ce qu'on appelle lutte intégrée est un empilement de petits moyens dont aucun ne suffit seul. Voici celui que décrit l'UCDA pour l'Ouganda, poste par poste.

    L'hygiène. Cueillir au moins toutes les deux semaines, ramasser puis enfouir ou brûler les baies tombées, dépouiller les vieilles baies restées sur l'arbre. Chacune de ces baies oubliées est un hôtel pour l'insecte pendant l'intersaison.

    La taille de l'ombrage. Elle expose l'insecte à ses prédateurs. Et les arbres d'ombrage attirent en prime davantage d'oiseaux : au Costa Rica, on a mesuré que les fauvettes réduisent de moitié les populations de scolytes.

    Les pièges. Brocap ou artisanaux, ces derniers n'étant qu'une bouteille transparente avec un flacon d'attractif à l'éthanol 75 %. Le protocole compte : 15 pièges par hectare, placés aux deux tiers de la hauteur des arbres, nettoyés toutes les deux semaines.

    Les parasitoïdes, c'est-à-dire des insectes qui pondent dans le scolyte et le tuent en se développant : Cephalonomia stephanoderis, Prorops nasuta, Phymastichus coffea.

    Le champignon Beauveria bassiana, qui infecte l'insecte. Il demande des conditions précises pour agir : au-dessus de 80 % d'humidité relative, entre 25 et 30 °C. Des dépôts frais infectent alors 30 à 40 % des femelles en recherche d'hôte. La revue brésilienne le juge coûteux et d'efficacité variable, ce qui est l'honnête résumé.

    Restait la chimie, et elle se referme. L'endosulfan, longtemps l'arme de référence en Amérique latine, a été inscrit à la Convention de Stockholm le 29 avril 2011, donc voué à l'élimination. L'UCDA cite encore le fénitrothion, les pyréthrinoïdes et le chlorpyrifos, dont l'Union européenne a ramené la limite de résidus à 0,01 mg/kg au 13 novembre 2020, ce qui revient en pratique à en interdire l'usage sur un café destiné à l'Europe.

    Tout cet empilement fonctionne-t-il ? Hawaï fournit la réponse la mieux chiffrée. L'adoption des mesures y est passée de 8 % des producteurs en 2011 à 59 % en 2021. Le rendement moyen a gagné 32 %, le prix à la livre 41 %, et le revenu par acre 60 %. Les bénéfices cumulés sont chiffrés à 251 millions de dollars, dont 52 millions pour le seul Beauveria, 69 pour la première lutte intégrée et 130 pour la lutte intégrée fondée sur la recherche.

    UCDA 2019, p. 77-78 ; Wikipedia, « Coffee borer beetle » ; Lee et al. 2023 ; Frontiers in Sustainable Food Systems 5 (2021), gestion agroécologique des ravageurs du café au Brésil ; ICO, « Growing coffee without endosulfan » ; règlement (UE) 2020/1085

    Dans cette planche

    1. 01Le triangle de la maladieUne épidémie végétale exige trois choses réunies au même endroit et au même moment : un agent pathogène capable d'attaquer (présent et virulent), un hôte capable d'être attaqué (une plante sensible à cet agent précis), et un environnement qui autorise la rencontre (température, eau libre sur les organes, lumière, conduite culturale).
    2. 02Champignons, spores, parasites obligatoiresUn champignon n'a pas de chlorophylle : il ne fabrique rien et prélève une matière déjà fabriquée, dans du bois mort, des débris ou une plante vivante.
    3. 03La rouille orangée : biologie et cycleLes symptômes décrits par Barat en 1955 n'ont pas changé : sur la face inférieure de la feuille, des taches jaunâtres de 1 à 2 mm, dispersées puis coalescentes, translucides à contre-jour comme des taches d'huile sur du papier, couvertes d'une poudre orange vif d'urédospores qui reste sur les doigts.
    4. 04Ceylan, 1869-1890 : la naissance de la phytopathologieEn 1869, Donald Reid, superintendant du domaine de Galloola, remarque des feuilles qui jaunissent.
    5. 05Le tour du monde d'un champignon, 1872-2020Rouille orangée
    6. 06Races, gènes SH et le catalogue d'OeirasPuisque le champignon existe en races, il faut savoir lesquelles, où, et lesquelles ouvrent quoi.
    7. 07La résistance : Kent, S.795, l'hybride de Timor et sa descendanceScolyte des baies
    8. 08Le Big Rust, 2008-2013, pays par paysBaisse de production attribuée à l'épidémie de rouille, par pays, entre 2008 et 2013.
    9. 09Les nuits moins froidesTrachéomycose
    10. 10L'érosion des résistances, 2017-2024Honduras, janvier 2017 : l'IHCAFE reçoit des signalements de rouille sur Lempira, le Catimor (HdT 832/1 × Caturra) massivement replanté après 2012 et devenu une part importante du verger national.
    11. 11Diagnostic, surveillance et alerteAnthracnose des baies (CBD)
    12. 12Le scolyte des baies, l'ennemi capitalHypothenemus hampei (Stephanoderes coffeae chez Vayssière, qui défend ce nom en note et a perdu) est un coléoptère africain.
    13. 13La trachéomycose : de l'Oubangui à l'OugandaNématodes
    14. 14L'anthracnose des baies, Kenya 1922 et 1971Barat décrit l'anthracnose sous le nom de Glomerella cingulata, dont la forme asexuée s'appelle Colletotrichum coffeanum.
    15. 15Nématodes, punaises, mineuses, cochenilles, foreursPunaises Antestiopsis
    16. 16Maladies de sol, de fruits, et ce qui n'est pas vivantLes pourridiés portent les noms de couleur que les planteurs ont donnés à ce qu'ils voyaient sur les racines déterrées : champignon blanc (Leptoporus lignosus), pourriture brune (Phellinus lamaensis), champignon noir (Rosellinia bunodes, mort apoplectique).
    17. 17La pharmacopée d'hier et d'aujourd'huiMineuse des feuilles
    18. 18Les moyens de lutte comparésLe principe de la lutte intégrée, diffusé dans l'agriculture mondiale à partir des années 1960 en réaction aux traitements au calendrier, tient en une phrase : on ne traite pas parce qu'un ravageur est présent, mais parce qu'il dépasse le niveau où il coûte plus que le traitement, et on préserve les auxiliaires qui font l'essentiel du travail gratuitement.
    19. 19Aujourd'hui : 2023-2026Honduras. L'incidence nationale moyenne de rouille, relevée par l'IHCAFE, est passée de 7,57 % à 8,44 % en mars 2026.
    20. 20Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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