La résistance : Kent, S.795, l'hybride de Timor et sa descendance

Scolyte des baies
- La première variété dite résistante est le Kent
- un arbre sélectionné vers 1911 par L. P. Kent sur le domaine de Doddengudda (Mysore) parce qu'il tenait quand tout tombait autour, sa résistance a depuis été contournée, mais il reste un parent du S.795. En Inde toujours
- vers 1910 à Coorg, un hybride spontané arabica × liberica, S.26
- transmet le gène SH3 : le Central Coffee Research Institute de Balehonnur (1925) en tire S.288 (1936) puis S.795 (S.288 × Kent, diffusé en 1945-46), première variété résistante largement cultivée, encore 25 à 30 % de l'arabica indien
- dont le catalogue WCR de 2025 note désormais la résistance comme faible. Coste cite en 1955 les lignées S.288, 526 et 544
- 1927et les croisements arabica × canephora menés à Balehonnur
La rouille avait atteint Timor vers 1886. Dans les années 1920, sur une plantation portugaise de l'île, on remarque des arbres qui ne tombent pas malades. L'examen, en 1927, identifie un croisement spontané arabica × canephora.
Ce hasard valait tous les laboratoires, et il faut voir pourquoi. L'arbre est tétraploïde (2n = 44) et autofertile comme l'arabica, donc utilisable tel quel en sélection. Or tous les hybrides obtenus à la main entre les deux espèces étaient jusque-là diploïdes et stériles, faute d'un compte de chromosomes compatible : 22 d'un côté, 11 de l'autre.
L'hybride de Timor porte SH6 à SH9, soit quatre des neuf gènes de résistance connus. Sa tasse, en revanche, est jugée faible à moyenne. Tout le travail qui suit consiste à garder les gènes en perdant ce défaut.
Le CIFC en tire dès 1959 les Catimor (accession 832/1 × Caturra, port nain), puis les Sarchimor (832/2 × Villa Sarchí). Ce sont deux familles et non deux variétés, et la nuance compte : chaque pays en a tiré ses propres lignées, qui peuvent différer beaucoup entre elles.
Côté Catimor : T5175, T8667, Costa Rica 95, IHCAFE 90, Lempira, Oro Azteca, Catisic, Cauvery, Ateng. Côté Sarchimor : T5296, Parainema, Cuscatleco, IAPAR 59, Obatã, Marsellesa. Les croisements avec Catuaí ou Mundo Novo ont ajouté par-dessus le port nain et la qualité du grain.
La Colombie, elle, a joué d'avance. Cenicafé sort en 1982 la Variedad Colombia (Caturra × HdT 1343, composite multilignée) pour préparer l'arrivée de la rouille, avant même qu'elle n'atteigne le pays. Vient ensuite Castillo en 2005, après vingt-trois ans de travail, avec des versions régionales.
Au Brésil, l'IAC a suivi une autre voie dès 1950 : l'Icatu. Le principe est de refaire à la main ce que Timor avait donné par accident. Un canephora est tétraploïdisé à la colchicine, croisé avec un Bourbon, puis rétrocroisé sur Mundo Novo.
McCook 2019, p. 134-135 ; Coste 1955, p. 331 (Piza, 1929) ; BSPP 2022, p. 17-18 (Zambolim 2016) ; WCR 2025, fiches Timor Hybrid, Catimor, Sarchimor ; site/data.js ; LC ch. 14Ce qu'apporte cet hybride se lit désormais dans les génomes. Salojärvi et ses coauteurs (Nature Genetics, 2024) ont séquencé l'hybride de Timor lui-même et cinq de ses rétrocroisements : l'introgression couvre 7 à 11 % du génome des variétés qui en descendent, et la région associée à la résistance se trouve sur le chromosome 4 du sous-génome canephora, où trois familles de gènes de défense sont dupliquées en tandem (cinq copies de RPP8, dix de CPR1, trois de LRK10L), huit copies étant retenues comme candidats.
Candidat ne veut pas dire validé. La revue de Yang et al. (2026) signale que cette introgression s'accompagne d'une pénalité de qualité mesurable ; le catalogue WCR classe les Catimor et Sarchimor à résistance intermédiaire et qualité « bonne », en dessous des Bourbon et SL28 mais bien au-dessus de l'hybride source. L'empreinte génétique permet aujourd'hui de vérifier qu'un matériel vendu comme résistant descend bien de la source, et inversement de trouver des segments canephora dans des arbres vendus sous un nom prestigieux.
Salojärvi et al., Nature Genetics 56 (2024) ; Yang et al., revue 2026, p. 3 et 6 ; WCR 2025 ; LC ch. 14Dans cette planche
- 01Le triangle de la maladieUne épidémie végétale exige trois choses réunies au même endroit et au même moment : un agent pathogène capable d'attaquer (présent et virulent), un hôte capable d'être attaqué (une plante sensible à cet agent précis), et un environnement qui autorise la rencontre (température, eau libre sur les organes, lumière, conduite culturale).
- 02Champignons, spores, parasites obligatoiresUn champignon n'a pas de chlorophylle : il ne fabrique rien et prélève une matière déjà fabriquée, dans du bois mort, des débris ou une plante vivante.
- 03La rouille orangée : biologie et cycleLes symptômes décrits par Barat en 1955 n'ont pas changé : sur la face inférieure de la feuille, des taches jaunâtres de 1 à 2 mm, dispersées puis coalescentes, translucides à contre-jour comme des taches d'huile sur du papier, couvertes d'une poudre orange vif d'urédospores qui reste sur les doigts.
- 04Ceylan, 1869-1890 : la naissance de la phytopathologieEn 1869, Donald Reid, superintendant du domaine de Galloola, remarque des feuilles qui jaunissent.
- 05Le tour du monde d'un champignon, 1872-2020Rouille orangée
- 06Races, gènes SH et le catalogue d'OeirasPuisque le champignon existe en races, il faut savoir lesquelles, où, et lesquelles ouvrent quoi.
- 07La résistance : Kent, S.795, l'hybride de Timor et sa descendanceScolyte des baies
- 08Le Big Rust, 2008-2013, pays par paysBaisse de production attribuée à l'épidémie de rouille, par pays, entre 2008 et 2013.
- 09Les nuits moins froidesTrachéomycose
- 10L'érosion des résistances, 2017-2024Honduras, janvier 2017 : l'IHCAFE reçoit des signalements de rouille sur Lempira, le Catimor (HdT 832/1 × Caturra) massivement replanté après 2012 et devenu une part importante du verger national.
- 11Diagnostic, surveillance et alerteAnthracnose des baies (CBD)
- 12Le scolyte des baies, l'ennemi capitalHypothenemus hampei (Stephanoderes coffeae chez Vayssière, qui défend ce nom en note et a perdu) est un coléoptère africain.
- 13La trachéomycose : de l'Oubangui à l'OugandaNématodes
- 14L'anthracnose des baies, Kenya 1922 et 1971Barat décrit l'anthracnose sous le nom de Glomerella cingulata, dont la forme asexuée s'appelle Colletotrichum coffeanum.
- 15Nématodes, punaises, mineuses, cochenilles, foreursPunaises Antestiopsis
- 16Maladies de sol, de fruits, et ce qui n'est pas vivantLes pourridiés portent les noms de couleur que les planteurs ont donnés à ce qu'ils voyaient sur les racines déterrées : champignon blanc (Leptoporus lignosus), pourriture brune (Phellinus lamaensis), champignon noir (Rosellinia bunodes, mort apoplectique).
- 17La pharmacopée d'hier et d'aujourd'huiMineuse des feuilles
- 18Les moyens de lutte comparésLe principe de la lutte intégrée, diffusé dans l'agriculture mondiale à partir des années 1960 en réaction aux traitements au calendrier, tient en une phrase : on ne traite pas parce qu'un ravageur est présent, mais parce qu'il dépasse le niveau où il coûte plus que le traitement, et on préserve les auxiliaires qui font l'essentiel du travail gratuitement.
- 19Aujourd'hui : 2023-2026Honduras. L'incidence nationale moyenne de rouille, relevée par l'IHCAFE, est passée de 7,57 % à 8,44 % en mars 2026.
- 20Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.