PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche X · section 15 sur 20

    Nématodes, punaises, mineuses, cochenilles, foreurs

    Photographie rapprochée d'une feuille de caféier tenue à plat, dont la nervure centrale et le pétiole sont couverts de cochenilles plates et rondes alignées les unes derrière les autres.
    Cochenille verte Lecanium viride sur feuille de caféier, Bingerville, 1932

    Punaises Antestiopsis

    Les nématodes sont des vers de quelques dixièmes de millimètre qui pénètrent les racines sans symptôme spécifique : l'arbre jaunit, végète, et l'observateur conclut à un défaut de fertilisation. À Java, Pratylenchus coffeae a détruit plus de 95 % des arabicas d'une plantation en moins de six mois ; le liberica planté dans les mêmes conditions n'étant atteint qu'à 59 %, on a greffé l'arabica dessus, comme la vigne sur des racines américaines après le phylloxéra.

    Vayssière cite aussi Heterodera marioni (plus de cinquante hôtes, aujourd'hui un Meloidogyne) et Tylenchus similis, et conclut qu'aucune espèce ni variété de caféier n'est reconnue résistante. En Amérique centrale, Meloidogyne incognita au Guatemala et Meloidogyne sp. au Salvador ont conduit au greffage hypocotylé à très grande échelle sur canephora : les porte-greffes non sélectionnés donnent 30 à 40 % de plants résistants, les parents T3561 et T3751 en transmettent 56 et 54 %, leur croisement 78 %, ce qui a donné le porte-greffe Nemaya ; le Brésil utilise l'Apoatã.

    Des semis d'excelsa utilisés comme porte-greffes laissaient encore 60 % de pertes tant ils ségrégeaient. Parainema, Cuscatleco et IAPAR 59 sont notés résistants à certains Meloidogyne, pas à Pratylenchus.

    Coste 1955, p. 235-239 (Vayssière) ; Bertrand et al., Euphytica (2000) ; WCR 2025 ; site/data.js ; LC ch. 15

    Les punaises Antestiopsis piquent les baies vertes et injectent une salive qui dissout l'endosperme, c'est-à-dire la réserve nutritive du grain. Le dégât se lit à trois endroits. Sur l'arbre, des grains atrophiés. Au lavage, des cerises qui flottent, parce qu'un grain vidé ne pèse plus assez, et qu'on écarte à ce titre. Dans le grain enfin, une levure du genre Nematospora que la piqûre inocule au passage : c'est la stigmatomycose.

    La biologie de l'insecte explique qu'il s'installe sans jamais tout emporter. Le cycle dure environ deux mois et l'adulte vit huit mois, si bien que les générations se chevauchent. Mais les pontes sont petites, de 9 à 12 œufs, et 70 à 90 % de ces œufs sont parasités par des micro-hyménoptères. La régulation naturelle fait donc déjà l'essentiel du travail.

    À défaut de baies, la punaise se rabat sur les bourgeons. Elle provoque alors des « balais de sorcière », ces touffes de rameaux courts qui immobilisent du bois pendant des années.

    Le protocole de Vayssière est un seuil d'intervention avant la lettre. Poudrer cinq arbres de cendre et de pyrèthre. Compter les punaises tombées sur une toile. Ne traiter qu'au-delà de cinq punaises par arbre.

    Dans la région des Grands Lacs, au Rwanda et au Burundi, la piqûre d'Antestiopsis thunbergii fait plus que vider le grain : elle ouvre la voie à une bactérie, Pantoea coffeiphila. Décrite en 2015, celle-ci est la cause du goût de pomme de terre (potato taste defect) qui déprécie l'arabica de la région. L'insecte ne détruit pas la récolte, il la déclasse.

    Coste 1955, p. 245-251 (Vayssière) ; Gueule et al., International Journal of Systematic and Evolutionary Microbiology 65 (2015) ; LC ch. 15

    Les mineuses Leucoptera, L. caffeina en Afrique et L. coffeella en Amérique, creusent des galeries entre les deux épidermes de la feuille. La larve consomme le tissu vert sans percer la surface : la feuille reste en place mais cesse de nourrir l'arbre, et la chute vient ensuite.

    Le cycle dépend de la température. Vayssière comptait 25 à 60 jours ; on compte aujourd'hui environ 22 jours à 25 °C, soit 5 jours d'œuf, 12 de larve et 5 de nymphe. Chaque femelle pond plus de 50 œufs. Vayssière relevait jusqu'à sept générations par an, on en compte huit à douze au Brésil. Autant de générations superposées laissent peu de fenêtres sans insecte.

    La préférence pour l'arabica est nette, et c'est en pépinière que les dégâts sont les plus graves. La régulation naturelle peut pourtant être forte : en Guadeloupe, un petit hyménoptère parasite, le braconide Mirax insularis, parasitait 65 à 80 % des chenilles.

    Au Brésil, premier producteur mondial avec plus de 59 millions de sacs sur 1,9 million d'hectares en 2023, L. coffeella reste un ravageur clé. Les pertes vont de 30 à 70 % selon la saison : au-dessus de 50 % au Brésil et en Colombie, 20 à 40 % à Porto Rico, environ 12 % au Mexique. La défoliation atteint 75 %, et l'on compte jusqu'à vingt pulvérisations par an en forte infestation.

    Les insecticides de base sont le thiaméthoxame, qui protège plus de 180 jours, le chlorantraniliprole et le cartap. Le même scénario se rejoue à chaque molécule : les résistances aux organophosphorés sont documentées depuis des décennies, et elles sont apparues récemment aux deux premiers de cette liste. La nouvelle molécule isocycloseram fait l'objet d'un suivi (2025), pour cette raison précise.

    Le parasitisme naturel varie beaucoup d'un pays à l'autre : 8 à 44 % au Brésil, 17 à 32 % au Kenya, 58 à 89 % en Colombie. Les cultures intercalaires de sarrasin l'augmentent. Côté génétique, la réponse est maigre : deux cultivars résistants seulement sont enregistrés au Brésil, Siriema VC4 et Siriema AS1.

    Une cinquantaine d'espèces de cochenilles sucent la sève. Coccus viridis y ajoute une intoxication de son hôte par sa salive. Les Planococcus, surtout gênants en saison sèche, sont propagés par les fourmis, ce qui rend inutile tout fossé d'isolement : une tranchée n'arrête pas une fourmi. La phtiriose relève du même montage, un champignon associé à un Pseudococcus, qui enferme le pivot, c'est-à-dire la racine principale, dans une gaine noire.

    Le longicorne Bixadus sierricola, en Afrique de l'Ouest, procède autrement. Sa larve creuse sous l'écorce une galerie annulaire qui ceinture le tronc, puis descend de plus de 40 cm jusque dans le pivot. Ceinturer un tronc revient à couper la circulation de la sève. On a compté jusqu'à 24 trous de sortie sur un seul canephora, pour une évolution larvaire de cinq mois à trois ans.

    La lutte se fait alors pied par pied : injection d'essence ou de sulfure de carbone dans la galerie, orifice bouché au mastic, cent pieds par homme et par jour. Anthores leuconotus joue le même rôle en Afrique de l'Est.

    Coste 1955, p. 215, 257, 272-279 et 303-305 (Barat, Vayssière) ; Insects 12 (2021), revue de Leucoptera coffeella ; Frontiers in Sustainable Food Systems 5 (2021) ; Journal of Economic Entomology (2025), isocycloseram ; UCDA 2019, p. 78 ; LC ch. 15

    Dans cette planche

    1. 01Le triangle de la maladieUne épidémie végétale exige trois choses réunies au même endroit et au même moment : un agent pathogène capable d'attaquer (présent et virulent), un hôte capable d'être attaqué (une plante sensible à cet agent précis), et un environnement qui autorise la rencontre (température, eau libre sur les organes, lumière, conduite culturale).
    2. 02Champignons, spores, parasites obligatoiresUn champignon n'a pas de chlorophylle : il ne fabrique rien et prélève une matière déjà fabriquée, dans du bois mort, des débris ou une plante vivante.
    3. 03La rouille orangée : biologie et cycleLes symptômes décrits par Barat en 1955 n'ont pas changé : sur la face inférieure de la feuille, des taches jaunâtres de 1 à 2 mm, dispersées puis coalescentes, translucides à contre-jour comme des taches d'huile sur du papier, couvertes d'une poudre orange vif d'urédospores qui reste sur les doigts.
    4. 04Ceylan, 1869-1890 : la naissance de la phytopathologieEn 1869, Donald Reid, superintendant du domaine de Galloola, remarque des feuilles qui jaunissent.
    5. 05Le tour du monde d'un champignon, 1872-2020Rouille orangée
    6. 06Races, gènes SH et le catalogue d'OeirasPuisque le champignon existe en races, il faut savoir lesquelles, où, et lesquelles ouvrent quoi.
    7. 07La résistance : Kent, S.795, l'hybride de Timor et sa descendanceScolyte des baies
    8. 08Le Big Rust, 2008-2013, pays par paysBaisse de production attribuée à l'épidémie de rouille, par pays, entre 2008 et 2013.
    9. 09Les nuits moins froidesTrachéomycose
    10. 10L'érosion des résistances, 2017-2024Honduras, janvier 2017 : l'IHCAFE reçoit des signalements de rouille sur Lempira, le Catimor (HdT 832/1 × Caturra) massivement replanté après 2012 et devenu une part importante du verger national.
    11. 11Diagnostic, surveillance et alerteAnthracnose des baies (CBD)
    12. 12Le scolyte des baies, l'ennemi capitalHypothenemus hampei (Stephanoderes coffeae chez Vayssière, qui défend ce nom en note et a perdu) est un coléoptère africain.
    13. 13La trachéomycose : de l'Oubangui à l'OugandaNématodes
    14. 14L'anthracnose des baies, Kenya 1922 et 1971Barat décrit l'anthracnose sous le nom de Glomerella cingulata, dont la forme asexuée s'appelle Colletotrichum coffeanum.
    15. 15Nématodes, punaises, mineuses, cochenilles, foreursPunaises Antestiopsis
    16. 16Maladies de sol, de fruits, et ce qui n'est pas vivantLes pourridiés portent les noms de couleur que les planteurs ont donnés à ce qu'ils voyaient sur les racines déterrées : champignon blanc (Leptoporus lignosus), pourriture brune (Phellinus lamaensis), champignon noir (Rosellinia bunodes, mort apoplectique).
    17. 17La pharmacopée d'hier et d'aujourd'huiMineuse des feuilles
    18. 18Les moyens de lutte comparésLe principe de la lutte intégrée, diffusé dans l'agriculture mondiale à partir des années 1960 en réaction aux traitements au calendrier, tient en une phrase : on ne traite pas parce qu'un ravageur est présent, mais parce qu'il dépasse le niveau où il coûte plus que le traitement, et on préserve les auxiliaires qui font l'essentiel du travail gratuitement.
    19. 19Aujourd'hui : 2023-2026Honduras. L'incidence nationale moyenne de rouille, relevée par l'IHCAFE, est passée de 7,57 % à 8,44 % en mars 2026.
    20. 20Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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