PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche X · section 13 sur 20

    La trachéomycose : de l'Oubangui à l'Ouganda

    Quatre photographies : une branche chargée de fruits verts dont beaucoup sont bruns et pourris, un fruit rouge coupé montrant l'intérieur noirci, et deux gros plans du feutrage mycélien blanc qui recouvre la surface des fruits atteints.
    Pourriture des fruits de café observée au champ, du rameau à la coupe du fruitWang R., Shi Y. et coll. · CC BY 4.0

    Nématodes

    En 1927, en Oubangui-Chari (actuelle République centrafricaine), des caféiers excelsoïdes s'arrêtent brutalement de pousser ; le feuillage noircit et s'enroule sans tomber, l'arbre « semble incendié ». En coupe, le cylindre central porte des traînées brun-violacé : le champignon Gibberella xylarioides (forme asexuée Fusarium xylarioides) ne détruit pas les tissus, il bouche les vaisseaux, et l'arbre meurt de soif dans un sol humide. Jugée alarmante en 1938, la maladie avait détruit à peu près complètement 15 000 hectares d'excelsoïdes en 1942.

    Pour Barat, elle pénètre exclusivement par les blessures et n'est pas transmise par le sol, d'où un traitement centré sur la désinfection des plaies de taille tous les trois mois ; la station de Boukoko cherchait des sujets résistants (B10, A445).

    Coste 1955, p. 217-220 (Barat) ; LC ch. 15

    Tenue pour une affaire classée, elle resurgit en 1993 dans le district de Bundibugyo, à l'ouest de l'Ouganda, cette fois sur le canephora. En 1997, les dix principaux districts producteurs sont atteints, à 450 km de la frontière congolaise la plus proche.

    L'ampleur se chiffre mal, mais tous les ordres de grandeur sont lourds. L'UCDA estime que la maladie a détruit environ 56 % des canephora ougandais depuis sa détection. D'autres sources parlent de près de la moitié des arbres et d'environ 100 millions de dollars de pertes, avec des foyers en République démocratique du Congo et en Tanzanie. Un programme régional financé par le Fonds commun pour les produits de base, l'Union européenne et le DFID britannique démarre en 2000.

    Le diagnostic de la transmission a changé depuis Barat, et cela change les consignes. Le manuel ougandais actuel tient la maladie pour transmise par le sol, et il n'existe aucun remède chimique. Il ne reste donc que des gestes d'hygiène, tous destinés à ne pas déplacer le champignon.

    • Le plantDes plants sains, pris en pépinière agréée.
    • L'arbre atteintArrachage et destruction sur place, sans le traîner à travers les rangs : un arbre qu'on transporte sème le long du chemin.
    • Le paillisNi bois de feu ni coques de café, qui peuvent porter le champignon jusqu'au pied d'arbres sains.
    • Les outilsDésinfectés à l'eau de Javel ou au feu, et les plaies traitées aussitôt.
    • La replantationRien pendant un an et demi à deux ans, le temps que le sol se vide.

    Reste la génétique. Dix clones résistants issus des populations ougandaises elles-mêmes, les NARO-Kituza Robusta 1 à 10, sont diffusés depuis 2009 (voir le canephora).

    UCDA 2019, p. 4-5 et 83-84 ; Peck, « Coffee wilt disease: the forgotten threat to coffee », Plant Pathology (2024) ; Rutherford, Phytopathology 96 (2006) ; site/data.js

    En Éthiopie, une lignée distincte s'est spécialisée sur l'arabica. Les relevés donnent des incidences moyennes de 20 à 70 % selon les zones, avec 45 % à Gera et 69 % à Bebeka.

    Deux façons de compter la perte donnent deux images opposées, et il faut tenir les deux. À l'échelle du pays, la perte annuelle est estimée à 1,6 % du rendement, soit 3 360 t et environ 3,75 millions de dollars : c'est peu. Dans les fermes touchées, la production baisse de 37 % et le revenu de 67 % : c'est une ruine. Une moyenne nationale dilue un dégât qui, lui, est concentré.

    Côté lutte, on cherche des adversaires au champignon. Des isolats de Trichoderma et d'actinomycètes prélevés dans la rhizosphère de caféiers sauvages, c'est-à-dire dans la terre qui entoure leurs racines, sont testés comme antagonistes (2023-2024).

    Le 6 décembre 2024, Peck et ses coauteurs publient dans PLOS Biology la comparaison de treize souches historiques couvrant six décennies. Fusarium xylarioides comprend au moins quatre lignées : une spécifique de l'arabica en Éthiopie, une du canephora en Ouganda, en RDC et en Tanzanie, et deux historiques.

    Le résultat le plus frappant porte sur l'origine de ses armes. Le champignon a acquis de Fusarium oxysporum des gènes qui l'aident à dégrader les parois cellulaires du caféier. Le transfert est horizontal, c'est-à-dire d'un organisme à un autre et non de parent à descendant, et il passe par de grands éléments mobiles d'environ 110 kilobases appelés Starships.

    Autrement dit, un champignon n'a pas seulement muté : il a reçu d'un autre un jeu d'outils mis au point sur d'autres cultures. Aucune quantification de pertes récentes n'accompagne ce résultat.

    Peck et al., PLOS Biology 22 (2024), e3002480 ; Frontiers in Plant Science 14 (2023), Trichoderma contre F. xylarioides ; Ethiopian Journal of Biological Sciences, revue de la trachéomycose en Éthiopie ; LC ch. 15

    Dans cette planche

    1. 01Le triangle de la maladieUne épidémie végétale exige trois choses réunies au même endroit et au même moment : un agent pathogène capable d'attaquer (présent et virulent), un hôte capable d'être attaqué (une plante sensible à cet agent précis), et un environnement qui autorise la rencontre (température, eau libre sur les organes, lumière, conduite culturale).
    2. 02Champignons, spores, parasites obligatoiresUn champignon n'a pas de chlorophylle : il ne fabrique rien et prélève une matière déjà fabriquée, dans du bois mort, des débris ou une plante vivante.
    3. 03La rouille orangée : biologie et cycleLes symptômes décrits par Barat en 1955 n'ont pas changé : sur la face inférieure de la feuille, des taches jaunâtres de 1 à 2 mm, dispersées puis coalescentes, translucides à contre-jour comme des taches d'huile sur du papier, couvertes d'une poudre orange vif d'urédospores qui reste sur les doigts.
    4. 04Ceylan, 1869-1890 : la naissance de la phytopathologieEn 1869, Donald Reid, superintendant du domaine de Galloola, remarque des feuilles qui jaunissent.
    5. 05Le tour du monde d'un champignon, 1872-2020Rouille orangée
    6. 06Races, gènes SH et le catalogue d'OeirasPuisque le champignon existe en races, il faut savoir lesquelles, où, et lesquelles ouvrent quoi.
    7. 07La résistance : Kent, S.795, l'hybride de Timor et sa descendanceScolyte des baies
    8. 08Le Big Rust, 2008-2013, pays par paysBaisse de production attribuée à l'épidémie de rouille, par pays, entre 2008 et 2013.
    9. 09Les nuits moins froidesTrachéomycose
    10. 10L'érosion des résistances, 2017-2024Honduras, janvier 2017 : l'IHCAFE reçoit des signalements de rouille sur Lempira, le Catimor (HdT 832/1 × Caturra) massivement replanté après 2012 et devenu une part importante du verger national.
    11. 11Diagnostic, surveillance et alerteAnthracnose des baies (CBD)
    12. 12Le scolyte des baies, l'ennemi capitalHypothenemus hampei (Stephanoderes coffeae chez Vayssière, qui défend ce nom en note et a perdu) est un coléoptère africain.
    13. 13La trachéomycose : de l'Oubangui à l'OugandaNématodes
    14. 14L'anthracnose des baies, Kenya 1922 et 1971Barat décrit l'anthracnose sous le nom de Glomerella cingulata, dont la forme asexuée s'appelle Colletotrichum coffeanum.
    15. 15Nématodes, punaises, mineuses, cochenilles, foreursPunaises Antestiopsis
    16. 16Maladies de sol, de fruits, et ce qui n'est pas vivantLes pourridiés portent les noms de couleur que les planteurs ont donnés à ce qu'ils voyaient sur les racines déterrées : champignon blanc (Leptoporus lignosus), pourriture brune (Phellinus lamaensis), champignon noir (Rosellinia bunodes, mort apoplectique).
    17. 17La pharmacopée d'hier et d'aujourd'huiMineuse des feuilles
    18. 18Les moyens de lutte comparésLe principe de la lutte intégrée, diffusé dans l'agriculture mondiale à partir des années 1960 en réaction aux traitements au calendrier, tient en une phrase : on ne traite pas parce qu'un ravageur est présent, mais parce qu'il dépasse le niveau où il coûte plus que le traitement, et on préserve les auxiliaires qui font l'essentiel du travail gratuitement.
    19. 19Aujourd'hui : 2023-2026Honduras. L'incidence nationale moyenne de rouille, relevée par l'IHCAFE, est passée de 7,57 % à 8,44 % en mars 2026.
    20. 20Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
    © 2026 Marco De Sousa Rosa · PXL RoastersTextes sous CC BY-NC-SA 4.0 · outils tous droits réservés · images : voir la provenanceAccueil · Colophon