PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche X · section 11 sur 20

    Diagnostic, surveillance et alerte

    Deux photographies de branches chargées de cerises portant de larges plages brunes à noires de pourriture, plusieurs fruits montrant en outre le trou d'entrée du scolyte.
    Lésions de pourriture du fruit sur cerises vertes, jaunes et rouges percées par le scolyteBayman P. et Serrato-Diaz L.M. · CC BY 4.0

    Anthracnose des baies (CBD)

    La rouille se diagnostique à l'œil, en retournant les feuilles basses. Les lésions siègent sur la face inférieure du limbe : sans ce geste, on ne voit rien.

    La surveillance, elle, repose sur des relevés d'incidence faits sur des arbres échantillonnés. L'incidence, c'est la part des feuilles portant au moins une lésion, exprimée en classes plutôt qu'en valeur exacte. L'IHCAFE publie ainsi des incidences nationales par classes de fermes (5-10 %, 10-15 %, plus de 15 %) et par département.

    Ce chiffre sert à décider, pas seulement à décrire. Le Brésil recommande les fongicides de contact sous 5 % d'incidence et les systémiques au-dessus (Zambolim, 2016), avec une grille de notation visuelle par un œil formé.

    Savoir quelle race attaque demande en revanche un laboratoire. Le typage ne se fait pas au champ : les échantillons partent au CIFC pour être inoculés sur la série différentielle, comme les dix-huit prélèvements péruviens de 2024.

    Un outil récent déplace le moment du tri. Depuis 2025, la sélection dispose de marqueurs génétiques à bas coût pour la résistance à la rouille, mis au point par WCR avec Cenicafé et l'USDA. Ils permettent de trier des plantules avant de les planter, donc de lire ce que porte un jeune plant sans attendre de voir comment il se comporte au champ.

    USDA FAS, Coffee Annual Honduras (mai 2025) ; BSPP 2022, p. 17 ; Quispe-Apaza et al. 2024 ; WCR, 2025 Annual Report (14/05/2026)

    Les modèles d'alerte sont récents. Bebber et al. (2016) ont construit un modèle mécaniste de germination et d'infection à partir de la température de la canopée et de la durée d'humectation des feuilles, calé sur les réanalyses climatiques ; le risque quotidien est corrélé à l'eau de surface de la canopée (r = 0,87). Au Nicaragua, l'association de coopératives CAFENICA a lancé un système d'alerte précoce en 2018 et diffuse avec le CIAT des données climatiques pour décider des traitements ; le modèle ExpeRoya, construit par le Cirad dans le projet Procagica, prévoit les épidémies en Amérique centrale et en République dominicaine avec l'IICA (Motisi et al., 2022).

    Pour le scolyte, la méthode d'échantillonnage sur 30 arbres introduite à Hawaï en 2012 donne le pourcentage de cerises infestées, la position de l'insecte dans la baie (encore dans la pulpe, donc atteignable par un traitement, ou déjà dans le grain) et les foyers ; les pièges à alcool (éthanol-méthanol, 15 pièges par hectare dans le protocole ougandais) servent au suivi des vols et au piégeage de masse.

    Pour la mineuse, un piège à phéromone pour quatre hectares, et des systèmes d'imagerie aérienne et de photogrammétrie terrestre en développement. Pour la trachéomycose et les pourridiés, seul le diagnostic destructif existe (coupe du tronc, racines déterrées).

    Bebber et al. 2016 ; BSPP 2022, p. 15 (CAFENICA 2018 ; Motisi et al. 2022) ; Lee et al., « Economic Benefits from Managing Coffee Berry Borer in Hawaii » (2023) ; UCDA 2019, p. 77 ; Insects 12 (2021), revue de Leucoptera coffeella

    Dans cette planche

    1. 01Le triangle de la maladieUne épidémie végétale exige trois choses réunies au même endroit et au même moment : un agent pathogène capable d'attaquer (présent et virulent), un hôte capable d'être attaqué (une plante sensible à cet agent précis), et un environnement qui autorise la rencontre (température, eau libre sur les organes, lumière, conduite culturale).
    2. 02Champignons, spores, parasites obligatoiresUn champignon n'a pas de chlorophylle : il ne fabrique rien et prélève une matière déjà fabriquée, dans du bois mort, des débris ou une plante vivante.
    3. 03La rouille orangée : biologie et cycleLes symptômes décrits par Barat en 1955 n'ont pas changé : sur la face inférieure de la feuille, des taches jaunâtres de 1 à 2 mm, dispersées puis coalescentes, translucides à contre-jour comme des taches d'huile sur du papier, couvertes d'une poudre orange vif d'urédospores qui reste sur les doigts.
    4. 04Ceylan, 1869-1890 : la naissance de la phytopathologieEn 1869, Donald Reid, superintendant du domaine de Galloola, remarque des feuilles qui jaunissent.
    5. 05Le tour du monde d'un champignon, 1872-2020Rouille orangée
    6. 06Races, gènes SH et le catalogue d'OeirasPuisque le champignon existe en races, il faut savoir lesquelles, où, et lesquelles ouvrent quoi.
    7. 07La résistance : Kent, S.795, l'hybride de Timor et sa descendanceScolyte des baies
    8. 08Le Big Rust, 2008-2013, pays par paysBaisse de production attribuée à l'épidémie de rouille, par pays, entre 2008 et 2013.
    9. 09Les nuits moins froidesTrachéomycose
    10. 10L'érosion des résistances, 2017-2024Honduras, janvier 2017 : l'IHCAFE reçoit des signalements de rouille sur Lempira, le Catimor (HdT 832/1 × Caturra) massivement replanté après 2012 et devenu une part importante du verger national.
    11. 11Diagnostic, surveillance et alerteAnthracnose des baies (CBD)
    12. 12Le scolyte des baies, l'ennemi capitalHypothenemus hampei (Stephanoderes coffeae chez Vayssière, qui défend ce nom en note et a perdu) est un coléoptère africain.
    13. 13La trachéomycose : de l'Oubangui à l'OugandaNématodes
    14. 14L'anthracnose des baies, Kenya 1922 et 1971Barat décrit l'anthracnose sous le nom de Glomerella cingulata, dont la forme asexuée s'appelle Colletotrichum coffeanum.
    15. 15Nématodes, punaises, mineuses, cochenilles, foreursPunaises Antestiopsis
    16. 16Maladies de sol, de fruits, et ce qui n'est pas vivantLes pourridiés portent les noms de couleur que les planteurs ont donnés à ce qu'ils voyaient sur les racines déterrées : champignon blanc (Leptoporus lignosus), pourriture brune (Phellinus lamaensis), champignon noir (Rosellinia bunodes, mort apoplectique).
    17. 17La pharmacopée d'hier et d'aujourd'huiMineuse des feuilles
    18. 18Les moyens de lutte comparésLe principe de la lutte intégrée, diffusé dans l'agriculture mondiale à partir des années 1960 en réaction aux traitements au calendrier, tient en une phrase : on ne traite pas parce qu'un ravageur est présent, mais parce qu'il dépasse le niveau où il coûte plus que le traitement, et on préserve les auxiliaires qui font l'essentiel du travail gratuitement.
    19. 19Aujourd'hui : 2023-2026Honduras. L'incidence nationale moyenne de rouille, relevée par l'IHCAFE, est passée de 7,57 % à 8,44 % en mars 2026.
    20. 20Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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