PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche X · section 03 sur 20

    La rouille orangée : biologie et cycle

    À gauche une feuille verte constellée de petites taches jaunes et de deux plages orangées ; à droite six urédiniospores vues au microscope optique, en forme de rein et hérissées d'épines, devant une graduation micrométrique.
    Feuille atteinte de rouille orangée et urédiniospores d'Hemileia vastatrix au microscopeRamírez-Camejo L.A., Keith L.M. et coll. · CC BY 4.0
    AnnéeLa rouille arrive
    1861Lac Victoria, caféiers sauvages
    1869Ceylan, Galloola (Madulsima) ; nommée le 6 nov.
    1872Travancore, Inde du Sud
    1876-1879Sumatra, Natal, Fidji
    1880-82Mission Marshall Ward à Ceylan
    1886-1894Timor, Philippines, Nouvelle-Guinée, Samoa, Usambara
    1903Porto Rico : éradiquée
    1913-1918Congo
    1951-1963Côte d'Ivoire, Liberia, Nigeria
    1966Angola (1930 selon la BSPP)
    1970Brésil (Bahia) ; barrière franchie en 1971
    1976Nicaragua, Équateur
    1978-1981Pérou, Bolivie, Salvador, Honduras, Guatemala, Mexique
    1983Costa Rica, Colombie
    2008-2013Big Rust, Colombie puis Pérou-Mexique
    2020-21Hawaï (Maui, puis quatre îles en 9 mois)
    McCook 2019, p. 36-172 ; BSPP 2022, tableau 1 ; Wikipedia, « Hemileia vastatrix »

    Les symptômes décrits par Barat en 1955 n'ont pas changé : sur la face inférieure de la feuille, des taches jaunâtres de 1 à 2 mm, dispersées puis coalescentes, translucides à contre-jour comme des taches d'huile sur du papier, couvertes d'une poudre orange vif d'urédospores qui reste sur les doigts. Les vieilles lésions brunissent. L'arbre ne meurt pas : il perd ses feuilles, ne fabrique plus de sucres, puise dans ses réserves racinaires, remplit mal ses cerises et ne prépare pas la récolte suivante.

    Une plantation se perd en trois ou quatre saisons, par épuisement, sans qu'aucun arbre ne tombe. Les bourgeons primaires qui portent les rameaux fructifères ne se renouvelant jamais (Meier, cité par Coste), chaque défoliation prélève de la charpente productive.

    Coste 1955, p. 35 et 224-226 ; UCDA, Robusta Coffee Handbook (2019), p. 85 ; LC ch. 12-13

    Barat a chronométré l'infection, et chaque durée explique une contrainte du terrain. Dans une goutte d'eau à 24 °C, la spore germe en deux à quatre heures. Une heure plus tard, elle émet un tube qui pénètre par un stomate, c'est-à-dire par l'une des minuscules ouvertures que la feuille utilise pour respirer. L'infection ne devient visible que douze à dix-huit jours après, et la sporulation vient à trois semaines. Les sources actuelles comptent 25 à 35 jours entre deux cycles.

    La température fixe la fenêtre utile. McCook la situe entre 15 et 28 °C. Le modèle de Bebber et al. (2016) chiffre plus finement la germination : minimum 12,9 °C, optimum 21,4 °C, maximum 30,9 °C. La BSPP retient 6 à 24 heures de feuille mouillée, avec un optimum de 21-25 °C.

    Le point décisif tient dans le mot mouillée. La germination exige de l'eau liquide sur la feuille : pluie, rosée, brume condensée, aspersion. Un air humide ne suffit pas. Ce qui compte n'est donc pas la pluviométrie d'une région, mais le nombre d'heures par an où une feuille reste mouillée dans la bonne plage. Deux régions qui reçoivent la même quantité d'eau n'ont pas le même risque.

    Le rendement du champignon dépend lui aussi de la chaleur. Une lésion produit quatre à six vagues de spores sur trois à cinq mois, soit 300 000 à 400 000 spores. En conditions contrôlées, une plage de 22-27 °C multiplie la sporulation par 2 000 par rapport à 18-23 °C. Une forte lumière avec peu d'azote l'augmente encore (Toniutti et al., 2017).

    De ces durées découle une conséquence pratique. Ce qu'un producteur constate un matin dans ses rangs est l'état d'il y a trois semaines, puisque c'est le délai qu'il faut à la tache pour devenir visible. La détection est structurellement en retard sur la contamination.

    Coste 1955, p. 224-226 (Barat) ; McCook 2019, p. 39-41 ; Bebber, Delgado Castillo et Gurr, Philosophical Transactions B (2016) ; BSPP 2022, p. 10-11 ; Wikipedia, « Hemileia vastatrix », consulté le 07/09/2026 ; LC ch. 13

    La dispersion se fait par le vent à courte distance et par l'homme aux longues : vêtements, outils, plants vivants échangés entre administrations coloniales, à bord de bateaux à vapeur qui venaient de diviser par deux ou trois la durée des traversées. Sur place, l'épidémie est focale : un foyer, puis une extension de proche en proche ; Avelino a montré que les parcelles exposées aux vents dominants, en bordure de pâturages, reçoivent plus de spores, que la pluie lave les spores des feuilles, et que les arbres d'ombrage réduisent ce lessivage.

    McCook décrit trois ceintures d'altitude : en bas, l'arabica est de toute façon impossible et la rouille chez elle ; à l'étage moyen (environ 800 à 1 400 m selon la latitude), la coexistence est possible mais coûteuse ; en haut (au-dessus de 1 500-1 600 m), la rouille existe sans gravité, parce que le cycle est ralenti par le froid. Ces ceintures sont dessinées en températures, les mètres n'en sont qu'une traduction locale.

    McCook 2019, p. 5-6 et 39-41 ; BSPP 2022, p. 11-12 (Avelino et al. 2012, 2020) ; LC ch. 13

    Barat reconnaît en 1955 que les conditions de passage à l'épidémie restent mal comprises : selon les régions, on incrimine la saison sèche ou la saison des pluies ; l'ombrage tantôt favorise la maladie (feuilles humides plus longtemps, amplitude thermique réduite), tantôt la résistance (moins de stress, pas de surproduction épuisante). Il recommande la bouillie bordelaise à 1-1,5 %, trois à quatre applications par an, 6 à 10 hl/ha, la première préventive.

    Une seconde rouille, Hemileia coffeicola, identifiée au Cameroun en 1933, sporule brutalement sans nécrose préalable ; elle n'a jamais eu le poids économique de la première. Trois lignées génétiques de H. vastatrix sont aujourd'hui distinguées : C1 et C2, ancestrales, infectent les espèces diploïdes (canephora, liberica, excelsa, racemosa) ; C3, dite domestiquée, n'infecte que l'arabica tétraploïde et ses hybrides ; elles peuvent s'hybrider.

    Le champignon se reproduit de façon clonale sur presque toute son aire, produit des basidiospores sans hôte alternatif connu, et l'on explique l'apparition de races nouvelles par une « cryptosexualité » pendant la formation des spores asexuées.

    Coste 1955, p. 224-226 (Barat) ; BSPP 2022, p. 9 et 20 (Silva et al. 2018 ; Carvalho et al. 2011) ; LC ch. 13

    Dans cette planche

    1. 01Le triangle de la maladieUne épidémie végétale exige trois choses réunies au même endroit et au même moment : un agent pathogène capable d'attaquer (présent et virulent), un hôte capable d'être attaqué (une plante sensible à cet agent précis), et un environnement qui autorise la rencontre (température, eau libre sur les organes, lumière, conduite culturale).
    2. 02Champignons, spores, parasites obligatoiresUn champignon n'a pas de chlorophylle : il ne fabrique rien et prélève une matière déjà fabriquée, dans du bois mort, des débris ou une plante vivante.
    3. 03La rouille orangée : biologie et cycleLes symptômes décrits par Barat en 1955 n'ont pas changé : sur la face inférieure de la feuille, des taches jaunâtres de 1 à 2 mm, dispersées puis coalescentes, translucides à contre-jour comme des taches d'huile sur du papier, couvertes d'une poudre orange vif d'urédospores qui reste sur les doigts.
    4. 04Ceylan, 1869-1890 : la naissance de la phytopathologieEn 1869, Donald Reid, superintendant du domaine de Galloola, remarque des feuilles qui jaunissent.
    5. 05Le tour du monde d'un champignon, 1872-2020Rouille orangée
    6. 06Races, gènes SH et le catalogue d'OeirasPuisque le champignon existe en races, il faut savoir lesquelles, où, et lesquelles ouvrent quoi.
    7. 07La résistance : Kent, S.795, l'hybride de Timor et sa descendanceScolyte des baies
    8. 08Le Big Rust, 2008-2013, pays par paysBaisse de production attribuée à l'épidémie de rouille, par pays, entre 2008 et 2013.
    9. 09Les nuits moins froidesTrachéomycose
    10. 10L'érosion des résistances, 2017-2024Honduras, janvier 2017 : l'IHCAFE reçoit des signalements de rouille sur Lempira, le Catimor (HdT 832/1 × Caturra) massivement replanté après 2012 et devenu une part importante du verger national.
    11. 11Diagnostic, surveillance et alerteAnthracnose des baies (CBD)
    12. 12Le scolyte des baies, l'ennemi capitalHypothenemus hampei (Stephanoderes coffeae chez Vayssière, qui défend ce nom en note et a perdu) est un coléoptère africain.
    13. 13La trachéomycose : de l'Oubangui à l'OugandaNématodes
    14. 14L'anthracnose des baies, Kenya 1922 et 1971Barat décrit l'anthracnose sous le nom de Glomerella cingulata, dont la forme asexuée s'appelle Colletotrichum coffeanum.
    15. 15Nématodes, punaises, mineuses, cochenilles, foreursPunaises Antestiopsis
    16. 16Maladies de sol, de fruits, et ce qui n'est pas vivantLes pourridiés portent les noms de couleur que les planteurs ont donnés à ce qu'ils voyaient sur les racines déterrées : champignon blanc (Leptoporus lignosus), pourriture brune (Phellinus lamaensis), champignon noir (Rosellinia bunodes, mort apoplectique).
    17. 17La pharmacopée d'hier et d'aujourd'huiMineuse des feuilles
    18. 18Les moyens de lutte comparésLe principe de la lutte intégrée, diffusé dans l'agriculture mondiale à partir des années 1960 en réaction aux traitements au calendrier, tient en une phrase : on ne traite pas parce qu'un ravageur est présent, mais parce qu'il dépasse le niveau où il coûte plus que le traitement, et on préserve les auxiliaires qui font l'essentiel du travail gratuitement.
    19. 19Aujourd'hui : 2023-2026Honduras. L'incidence nationale moyenne de rouille, relevée par l'IHCAFE, est passée de 7,57 % à 8,44 % en mars 2026.
    20. 20Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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