PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche X · section 09 sur 20

    Les nuits moins froides

    Rendus volumiques d'une cerise de café obtenus par microtomographie : coupe sagittale montrant les deux grains et la galerie, vue transparente du fruit, puis les mêmes vues où les œufs, les larves, les nymphes et les adultes sont colorés séparément.
    Microtomographie d'une cerise de café infestée par le scolyte et de sa descendanceAlba-Alejandre I., Alba-Tercedor J. et coll. · CC BY 4.0

    Trachéomycose

    Le déclencheur climatique décrit par McCook n'est pas « il fait plus chaud » mais « les nuits sont moins froides ». Ce qui a monté d'abord dans les zones caféières d'Amérique latine, ce sont les températures minimales nocturnes, donc l'amplitude thermique diurne s'est resserrée. Une nuit froide sort la feuille de la fenêtre utile pendant plusieurs heures et interrompt la germination avant que la rosée sèche au matin ; une nuit qui reste dans la fenêtre offre au champignon des heures qu'il n'avait pas.

    La période de latence raccourcit. Sur une saison favorable de six mois, un cycle de trois semaines donne environ huit tours, un cycle de deux semaines et demie en donne dix ; dans un processus multiplicatif, deux tours de plus changent l'ordre de grandeur (256 contre 1 024 si chaque tour ne faisait que doubler la population, et le facteur réel est bien supérieur). Une épidémie ne se déclenche pas parce que les conditions sont devenues bonnes, mais parce qu'elles sont restées bonnes un peu plus longtemps.

    McCook 2019, p. 177 ; Coste 1955, p. 224-226 ; LC ch. 16 (arithmétique d'illustration)

    Le second effet est géographique : les ceintures montent. La zone où la coexistence coûte cher grignote la zone où elle était gratuite, vers une surface qui se réduit à chaque mètre gagné. Et les parcelles les plus hautes sont précisément celles plantées avec le matériel le plus sensible, parce qu'il n'y avait aucune raison d'y sacrifier la tasse à une résistance dont on n'avait pas besoin : Bourbon, Typica, Caturra, Catuaí, Pacamara, tous classés par le catalogue WCR de 2025 entre « sensible » et « très sensible », et tous notés bons à exceptionnels en tasse.

    L'altitude imprimée sur un sac est un thermomètre déguisé en mètre ruban. Avelino observe qu'en Amérique centrale l'autre grande maladie foliaire, l'ojo de gallo (Mycena citricolor), liée aux saisons longues, fraîches et pluvieuses, a presque disparu depuis 2012, pendant que des saisons des pluies entrecoupées de jours secs et des températures plus hautes favorisent la rouille ; avec moins de jours de pluie prévus, « la rouille sera le principal problème de notre avenir ». Yang et al. (2026) listent parmi les inconnues les seuils thermiques réels par cultivar au champ (l'essentiel du savoir vient de chocs thermiques brefs en laboratoire ; l'arabica s'est montré résilient jusqu'à 37 °C en conditions contrôlées avec CO2 élevé) et les relations quantitatives entre pluie, humidité, rouille et qualité.

    McCook 2019, p. 5-6 et 177 ; BSPP 2022, p. 21 (entretien avec J. Avelino) ; WCR 2025 ; Yang et al. 2026, p. 8 ; LC ch. 16

    Dans cette planche

    1. 01Le triangle de la maladieUne épidémie végétale exige trois choses réunies au même endroit et au même moment : un agent pathogène capable d'attaquer (présent et virulent), un hôte capable d'être attaqué (une plante sensible à cet agent précis), et un environnement qui autorise la rencontre (température, eau libre sur les organes, lumière, conduite culturale).
    2. 02Champignons, spores, parasites obligatoiresUn champignon n'a pas de chlorophylle : il ne fabrique rien et prélève une matière déjà fabriquée, dans du bois mort, des débris ou une plante vivante.
    3. 03La rouille orangée : biologie et cycleLes symptômes décrits par Barat en 1955 n'ont pas changé : sur la face inférieure de la feuille, des taches jaunâtres de 1 à 2 mm, dispersées puis coalescentes, translucides à contre-jour comme des taches d'huile sur du papier, couvertes d'une poudre orange vif d'urédospores qui reste sur les doigts.
    4. 04Ceylan, 1869-1890 : la naissance de la phytopathologieEn 1869, Donald Reid, superintendant du domaine de Galloola, remarque des feuilles qui jaunissent.
    5. 05Le tour du monde d'un champignon, 1872-2020Rouille orangée
    6. 06Races, gènes SH et le catalogue d'OeirasPuisque le champignon existe en races, il faut savoir lesquelles, où, et lesquelles ouvrent quoi.
    7. 07La résistance : Kent, S.795, l'hybride de Timor et sa descendanceScolyte des baies
    8. 08Le Big Rust, 2008-2013, pays par paysBaisse de production attribuée à l'épidémie de rouille, par pays, entre 2008 et 2013.
    9. 09Les nuits moins froidesTrachéomycose
    10. 10L'érosion des résistances, 2017-2024Honduras, janvier 2017 : l'IHCAFE reçoit des signalements de rouille sur Lempira, le Catimor (HdT 832/1 × Caturra) massivement replanté après 2012 et devenu une part importante du verger national.
    11. 11Diagnostic, surveillance et alerteAnthracnose des baies (CBD)
    12. 12Le scolyte des baies, l'ennemi capitalHypothenemus hampei (Stephanoderes coffeae chez Vayssière, qui défend ce nom en note et a perdu) est un coléoptère africain.
    13. 13La trachéomycose : de l'Oubangui à l'OugandaNématodes
    14. 14L'anthracnose des baies, Kenya 1922 et 1971Barat décrit l'anthracnose sous le nom de Glomerella cingulata, dont la forme asexuée s'appelle Colletotrichum coffeanum.
    15. 15Nématodes, punaises, mineuses, cochenilles, foreursPunaises Antestiopsis
    16. 16Maladies de sol, de fruits, et ce qui n'est pas vivantLes pourridiés portent les noms de couleur que les planteurs ont donnés à ce qu'ils voyaient sur les racines déterrées : champignon blanc (Leptoporus lignosus), pourriture brune (Phellinus lamaensis), champignon noir (Rosellinia bunodes, mort apoplectique).
    17. 17La pharmacopée d'hier et d'aujourd'huiMineuse des feuilles
    18. 18Les moyens de lutte comparésLe principe de la lutte intégrée, diffusé dans l'agriculture mondiale à partir des années 1960 en réaction aux traitements au calendrier, tient en une phrase : on ne traite pas parce qu'un ravageur est présent, mais parce qu'il dépasse le niveau où il coûte plus que le traitement, et on préserve les auxiliaires qui font l'essentiel du travail gratuitement.
    19. 19Aujourd'hui : 2023-2026Honduras. L'incidence nationale moyenne de rouille, relevée par l'IHCAFE, est passée de 7,57 % à 8,44 % en mars 2026.
    20. 20Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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