La pharmacopée d'hier et d'aujourd'hui

Mineuse des feuilles
L'arsenal de 1955 : sulfure de carbone injecté dans les galeries des foreurs, arséniate de soude sur les souches contre la trachéomycose, chloropicrine et dichloropropène (DD) comme fumigants du sol contre les nématodes, et contre les insectes la gamme des organochlorés et organophosphorés de l'époque, DDT, HCH et lindane, chlordane, aldrine, dieldrine, parathion, HETP/TEPP, paradichlorobenzène. Presque tout est interdit aujourd'hui : DDT retiré dans la plupart des pays depuis les années 1970, aldrine, dieldrine et chlordane parmi les douze premiers polluants organiques persistants de la Convention de Stockholm (2001), lindane ajouté en 2009, endosulfan en 2011, parathion, chloropicrine et arsenicaux sortis de l'agriculture légale.
Survivent la bouillie bordelaise, le pyrèthre et, un temps, la roténone, retirée depuis dans l'Union européenne. Vayssière signalait déjà que le HCH élimine les hyménoptères entomophages et les pollinisateurs, c'est-à-dire exactement les auxiliaires dont il venait de chiffrer l'efficacité, et il recommandait le produit dans la même page : il avait le fait sans avoir la thèse, sept ans avant Printemps silencieux (1962).
Coste 1955, p. 219, 311-313 ; Convention de Stockholm, annexes A et B ; LC ch. 15Contre la rouille, trois groupes de fongicides : le cuivre, de contact, qui forme une barrière sur la feuille (au Brésil, quatre à cinq applications à trente jours d'intervalle, recommandées sous 5 % d'incidence) ; les triazoles, systémiques, qui agissent de l'intérieur sur les premiers stades de l'infection (cyproconazole, époxiconazole, flutriafol, tébuconazole, triadiménol) ; et les mélanges triazole + strobilurine, mésostémiques (azoxystrobine, pyraclostrobine, picoxystrobine, trifloxystrobine), réservés aux incidences plus fortes.
Environ 60 % des produits homologués contre la rouille au Brésil contiennent un triazole. La bouillie bordelaise, bien moins efficace que les autres cuivres et « de valeur douteuse » (Merle et al., 2020), reste attractive en Amérique centrale parce qu'autorisée en agriculture biologique. Le mélange en cuve d'hydroxyde de cuivre avec cyproconazole ou pyraclostrobine réduit l'efficacité ; la résistance aux fongicides est une inquiétude montante.
Les applications commencent au début de la saison des pluies et dépendent de la charge en fruits. En canephora, l'UCDA juge la lutte chimique non rentable et la déconseille. Contre le scolyte, le manuel ougandais cite encore fénitrothion 50 % EC (6 ml pour 4,5 l à la nouaison, puis 120-150 jours après si nécessaire), cyperméthrine, deltaméthrine, chlorpyrifos, et une association imidaclopride + tébuconazole qui vise l'insecte et le champignon ambrosia dont il se nourrit.
Côté biologique contre la rouille, l'hyperparasite Lecanicillium lecanii (ex-Verticillium), observé naturellement sur les lésions, est étudié depuis les années 1980 sans avoir tenu ses promesses au champ, faute d'être installé avant l'arrivée du pathogène et de survivre à ses périodes de latence ; Calonectria hemileiae, Trichoderma harzianum, des Bacillus, l'acarien Ricoseius loxocheles et l'escargot Bradybaena similaris qui mangent les spores sont à l'essai ; des mycorhizes ont été associées à moins d'infections. Le soufre-chaux à 0,5 % contre les acariens et l'azadirachtine (neem, 0,025-0,1 g/l) contre la mineuse complètent la panoplie biologique brésilienne.
BSPP 2022, p. 16-20 (Zambolim 2016 ; Merle et al. 2020 ; Vélez et Rosillo 1995) ; Agronomy 12 (2022), « Coffee Leaf Rust in Brazil » ; Crop Protection (2019), mélanges cuivre + triazole ; UCDA 2019, p. 77 et 86 ; Frontiers in Sustainable Food Systems 5 (2021)Dans cette planche
- 01Le triangle de la maladieUne épidémie végétale exige trois choses réunies au même endroit et au même moment : un agent pathogène capable d'attaquer (présent et virulent), un hôte capable d'être attaqué (une plante sensible à cet agent précis), et un environnement qui autorise la rencontre (température, eau libre sur les organes, lumière, conduite culturale).
- 02Champignons, spores, parasites obligatoiresUn champignon n'a pas de chlorophylle : il ne fabrique rien et prélève une matière déjà fabriquée, dans du bois mort, des débris ou une plante vivante.
- 03La rouille orangée : biologie et cycleLes symptômes décrits par Barat en 1955 n'ont pas changé : sur la face inférieure de la feuille, des taches jaunâtres de 1 à 2 mm, dispersées puis coalescentes, translucides à contre-jour comme des taches d'huile sur du papier, couvertes d'une poudre orange vif d'urédospores qui reste sur les doigts.
- 04Ceylan, 1869-1890 : la naissance de la phytopathologieEn 1869, Donald Reid, superintendant du domaine de Galloola, remarque des feuilles qui jaunissent.
- 05Le tour du monde d'un champignon, 1872-2020Rouille orangée
- 06Races, gènes SH et le catalogue d'OeirasPuisque le champignon existe en races, il faut savoir lesquelles, où, et lesquelles ouvrent quoi.
- 07La résistance : Kent, S.795, l'hybride de Timor et sa descendanceScolyte des baies
- 08Le Big Rust, 2008-2013, pays par paysBaisse de production attribuée à l'épidémie de rouille, par pays, entre 2008 et 2013.
- 09Les nuits moins froidesTrachéomycose
- 10L'érosion des résistances, 2017-2024Honduras, janvier 2017 : l'IHCAFE reçoit des signalements de rouille sur Lempira, le Catimor (HdT 832/1 × Caturra) massivement replanté après 2012 et devenu une part importante du verger national.
- 11Diagnostic, surveillance et alerteAnthracnose des baies (CBD)
- 12Le scolyte des baies, l'ennemi capitalHypothenemus hampei (Stephanoderes coffeae chez Vayssière, qui défend ce nom en note et a perdu) est un coléoptère africain.
- 13La trachéomycose : de l'Oubangui à l'OugandaNématodes
- 14L'anthracnose des baies, Kenya 1922 et 1971Barat décrit l'anthracnose sous le nom de Glomerella cingulata, dont la forme asexuée s'appelle Colletotrichum coffeanum.
- 15Nématodes, punaises, mineuses, cochenilles, foreursPunaises Antestiopsis
- 16Maladies de sol, de fruits, et ce qui n'est pas vivantLes pourridiés portent les noms de couleur que les planteurs ont donnés à ce qu'ils voyaient sur les racines déterrées : champignon blanc (Leptoporus lignosus), pourriture brune (Phellinus lamaensis), champignon noir (Rosellinia bunodes, mort apoplectique).
- 17La pharmacopée d'hier et d'aujourd'huiMineuse des feuilles
- 18Les moyens de lutte comparésLe principe de la lutte intégrée, diffusé dans l'agriculture mondiale à partir des années 1960 en réaction aux traitements au calendrier, tient en une phrase : on ne traite pas parce qu'un ravageur est présent, mais parce qu'il dépasse le niveau où il coûte plus que le traitement, et on préserve les auxiliaires qui font l'essentiel du travail gratuitement.
- 19Aujourd'hui : 2023-2026Honduras. L'incidence nationale moyenne de rouille, relevée par l'IHCAFE, est passée de 7,57 % à 8,44 % en mars 2026.
- 20Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.