PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche X · section 08 sur 20

    Le Big Rust, 2008-2013, pays par pays

    AgentHypothenemus hampei, coléoptère de 1,4-1,8 mm, monophage
    Cycle30-50 œufs, 20-45 j, 13 femelles pour 1 mâle aptère ; 3-5 générations par arbre
    Conditionsfruits de 3-4 mois, plus de 5 mm ; baies sèches au sol ou sur l'arbre ; vol l'après-midi
    Dispersionvol court ; semences et cerises (Java 1909, Brésil 1913/1926, Colombie années 1980, Hawaï 2010)
    Pertesjusqu'à 25 % (Vayssière), 50-100 % en forte infestation (UCDA) ; 20 M de familles touchées
    Lutteramassage, cueillette bimensuelle, voie humide, Brocap 15/ha, Beauveria (30-40 %), parasitoïdes, oiseaux ; endosulfan interdit 2011
    Coste 1955, p. 285-288 ; UCDA 2019, p. 76-78 ; Lee et al. 2023
    Quatre schémas en trois dimensions d'une cerise verte, montrant successivement le coléoptère posé en surface, la galerie amorcée dans la peau, la progression dans la pulpe et enfin l'insecte installé dans le grain.
    Les quatre positions du scolyte dans la cerise de caféKawabata A., Myers R. et coll. · CC BY 4.0

    Ce que le Big Rust a coûté

    Baisse de production attribuée à l'épidémie de rouille, par pays, entre 2008 et 2013. Certaines exploitations ont perdu 70 à 80 % de leur récolte.

    015314662Salvador : −57 %Salvador−57 %Mexique : −46 %Mexique−46 %Pérou : −39 %Pérou−39 %Colombie, 2008-2011 : −33 %Colombie, 2008-2011−33 %Amérique centrale, 2012-13 : −16 %Amérique centrale, 2012-13−16 %

    Le déclencheur n'est pas la chaleur du jour mais la douceur des nuits : des minimales nocturnes plus hautes raccourcissent la latence du champignon et l'étendent en altitude.

    Les chiffres
    Perte de production
    Salvador−57 %
    Mexique−46 %
    Pérou−39 %
    Colombie, 2008-2011−33 %
    Amérique centrale, 2012-13−16 %
    McCook, Coffee Is Not Forever (2019), p. 171-178 ; voir le tableau de la planche

    Entre 2007 et 2011, la Colombie perd environ un tiers de sa production, soit moins 33 %, dont moins 31 % sur la seule année 2008. Fin 2011, l'épidémie gagne l'arc qui va du Pérou au Mexique.

    Sur 2012-2013, l'Amérique centrale perd 16 % dans l'ensemble. Cette moyenne écrase les extrêmes, et la citer seule serait trompeur : Salvador moins 57 %, Mexique moins 46 %, Pérou moins 39 %, certaines exploitations jusqu'à 70 ou 80 %.

    • Le Costa Rica
    • le Honduras et le Guatemala déclarent l'urgence nationale en 2012-13. Onze pays l'ont fait entre 2010 et 2013 selon Peter Baker (CABI)
    • qui a baptisé l'épisode « Big Rust » en 2014. Les pertes se prolongent ensuite : 2013-2014 en Amérique centrale et au Mexique
    • 2014-2015au Pérou et en Équateur.

    Le coût a été chiffré par plusieurs voies, et les ordres de grandeur se rejoignent. L'USAID l'évalue à un milliard de dollars entre 2012 et 2014, touchant plus de deux millions de personnes. D'autres estimations donnent un milliard de dollars et 250 000 emplois disparus, surtout dans les fermes. PROMECAFÉ, l'organisme régional de recherche, compte pour sa part 373 585 travailleurs déplacés.

    Pourquoi l'emploi encaisse-t-il si vite ? Parce que la cueillette à la main est le moment où une région emploie le plus. Or un arbre défolié au milieu du cycle ne remplit pas ses cerises. Il n'y a donc rien à cueillir, et pas de saison. L'émigration des ménages guatémaltèques a presque doublé entre 2007 et 2016, avec un lien marqué aux ménages caféiers.

    McCook 2019, p. 171-178 ; Koutouleas et al., Plant Pathology 73 (2024) ; BSPP 2022, p. 7-9 (Baker 2014 ; Mallén 2014 ; Dupre et al. 2022) ; USAID, cité par Wikipedia, « Hemileia vastatrix » ; LC ch. 16

    Le prix mondial a fait le trajet inverse de la récolte : le contrat de référence de New York cotait trois dollars la livre début 2011 et moins de 1,50 dollar en juin 2013. En Amérique centrale, on a perdu la récolte et le prix en même temps. Avelino et ses coauteurs montrent que toutes les épidémies de forte intensité recensées en Colombie et en Amérique centrale depuis 1987 ont coïncidé avec, ou suivi, des périodes de bas prix internationaux ou d'intrants chers qui réduisaient la rentabilité, donc les fongicides achetés à temps, la fertilisation, le recépage et l'entretien de l'ombrage.

    Au Nicaragua, les producteurs à faible revenu, peu formés et sans accès aux services techniques ont subi les pertes les plus lourdes (Villarreyna et al., 2020). En Colombie, une vague de pyramides de Ponzi avait englouti un peu plus de 1 % du PIB annuel juste avant l'épidémie de 2008, dans des ménages caféiers déjà pris entre bas prix et engrais chers.

    Avelino et al., « The coffee rust crises in Colombia and Central America (2008-2013) », Food Security 7 (2015) ; BSPP 2022, p. 10 et 15 ; McCook 2019, p. 171-172 ; LC ch. 16

    Quatre hypothèses ont été avancées pour expliquer la gravité inédite de l'épisode, et la BSPP les passe en revue.La virulencedes races nouvelles ont bien été trouvées au Honduras, au Guatemala et au Costa Rica après le début des épidémies, mais les comparaisons de spores d'avant et d'après 2008 en Colombie (Rozo et al., 2012) n'ont pas confirmé une souche plus virulente ; les races nouvelles seraient une conséquence plutôt qu'une cause. Les moyens des producteurs, exposés ci-dessus.Le climatpluies excessives en Colombie en 2008, pluies anormalement faibles en saison humide et fortes en saison sèche en Amérique centrale, et amplitude thermique réduite dans les pays les plus touchés (Avelino et al., 2015) ; mais le modèle mécaniste de Bebber et al. (2016), fondé sur les réanalyses climatiques de 1990 à 2015, ne trouve pas de tendance de long terme du risque en Colombie, seulement une élévation faible mais significative du risque quotidien d'infection entre 2008 et 2011 (p = 0,027), et rejette explicitement l'hypothèse du changement climatique comme cause de l'épidémie.La dégradation des paysagesle passage du café d'ombre au plein soleil aurait réduit les ennemis naturels ; mais d'autres travaux trouvent plus de rouille sous couvert humide. La BSPP conclut qu'il n'existe pas d'explication unique.

    BSPP 2022, p. 9-12 ; Bebber, Delgado Castillo et Gurr, Phil. Trans. R. Soc. B 371 (2016) ; Avelino et al. 2015

    Le plus dérangeant est que la rouille est revenue en partie sur des variétés sélectionnées pour lui résister, celles qui portaient les gènes de Timor et sur lesquelles des programmes nationaux entiers avaient été bâtis. Les trois côtés du triangle avaient bougé sur la même décennie. McCook y ajoute un facteur institutionnel : l'effondrement des quotas de l'Accord international sur le café en 1989, la baisse durable des prix, la réduction des instituts nationaux et des services de vulgarisation.

    On avait hérité des variétés et démonté ce qui devait les renouveler. À Sasaima, en Colombie, il photographie deux plantations à quelques mètres l'une de l'autre, même altitude, mêmes nuits, mêmes spores : l'une abandonnée et défeuillée, l'autre dense et verte. Ce qui les sépare est le crédit, la trésorerie au moment de traiter, l'âge des arbres, un technicien joignable. Les fermes biologiques ont été les plus vulnérables, faute d'alternative efficace au cuivre : en 2016, PROMECAFÉ leur a conseillé de recourir temporairement aux méthodes conventionnelles.

    McCook 2019, p. 173 et 197-199 ; BSPP 2022, p. 16 ; LC ch. 16

    Dans cette planche

    1. 01Le triangle de la maladieUne épidémie végétale exige trois choses réunies au même endroit et au même moment : un agent pathogène capable d'attaquer (présent et virulent), un hôte capable d'être attaqué (une plante sensible à cet agent précis), et un environnement qui autorise la rencontre (température, eau libre sur les organes, lumière, conduite culturale).
    2. 02Champignons, spores, parasites obligatoiresUn champignon n'a pas de chlorophylle : il ne fabrique rien et prélève une matière déjà fabriquée, dans du bois mort, des débris ou une plante vivante.
    3. 03La rouille orangée : biologie et cycleLes symptômes décrits par Barat en 1955 n'ont pas changé : sur la face inférieure de la feuille, des taches jaunâtres de 1 à 2 mm, dispersées puis coalescentes, translucides à contre-jour comme des taches d'huile sur du papier, couvertes d'une poudre orange vif d'urédospores qui reste sur les doigts.
    4. 04Ceylan, 1869-1890 : la naissance de la phytopathologieEn 1869, Donald Reid, superintendant du domaine de Galloola, remarque des feuilles qui jaunissent.
    5. 05Le tour du monde d'un champignon, 1872-2020Rouille orangée
    6. 06Races, gènes SH et le catalogue d'OeirasPuisque le champignon existe en races, il faut savoir lesquelles, où, et lesquelles ouvrent quoi.
    7. 07La résistance : Kent, S.795, l'hybride de Timor et sa descendanceScolyte des baies
    8. 08Le Big Rust, 2008-2013, pays par paysBaisse de production attribuée à l'épidémie de rouille, par pays, entre 2008 et 2013.
    9. 09Les nuits moins froidesTrachéomycose
    10. 10L'érosion des résistances, 2017-2024Honduras, janvier 2017 : l'IHCAFE reçoit des signalements de rouille sur Lempira, le Catimor (HdT 832/1 × Caturra) massivement replanté après 2012 et devenu une part importante du verger national.
    11. 11Diagnostic, surveillance et alerteAnthracnose des baies (CBD)
    12. 12Le scolyte des baies, l'ennemi capitalHypothenemus hampei (Stephanoderes coffeae chez Vayssière, qui défend ce nom en note et a perdu) est un coléoptère africain.
    13. 13La trachéomycose : de l'Oubangui à l'OugandaNématodes
    14. 14L'anthracnose des baies, Kenya 1922 et 1971Barat décrit l'anthracnose sous le nom de Glomerella cingulata, dont la forme asexuée s'appelle Colletotrichum coffeanum.
    15. 15Nématodes, punaises, mineuses, cochenilles, foreursPunaises Antestiopsis
    16. 16Maladies de sol, de fruits, et ce qui n'est pas vivantLes pourridiés portent les noms de couleur que les planteurs ont donnés à ce qu'ils voyaient sur les racines déterrées : champignon blanc (Leptoporus lignosus), pourriture brune (Phellinus lamaensis), champignon noir (Rosellinia bunodes, mort apoplectique).
    17. 17La pharmacopée d'hier et d'aujourd'huiMineuse des feuilles
    18. 18Les moyens de lutte comparésLe principe de la lutte intégrée, diffusé dans l'agriculture mondiale à partir des années 1960 en réaction aux traitements au calendrier, tient en une phrase : on ne traite pas parce qu'un ravageur est présent, mais parce qu'il dépasse le niveau où il coûte plus que le traitement, et on préserve les auxiliaires qui font l'essentiel du travail gratuitement.
    19. 19Aujourd'hui : 2023-2026Honduras. L'incidence nationale moyenne de rouille, relevée par l'IHCAFE, est passée de 7,57 % à 8,44 % en mars 2026.
    20. 20Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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