PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche X · section 19 sur 20

    Aujourd'hui : 2023-2026

    Planche photographique d'une racine de caféier déterrée et dressée verticalement, l'écorce boursouflée et rugueuse sur toute sa longueur sous l'effet des nématodes, les radicelles latérales réduites à des moignons secs.
    Planche VI : racine de caféier attaquée par les nématodes et le pourridié blanc
    GèneOrigineExemple
    SH1, SH2, SH4, SH5arabica éthiopienlandraces, Geisha (partielle)
    SH3C. libericaS.26, S.288, S.795 (Inde)
    SH6 à SH9C. canephorahybride de Timor, Catimor, Sarchimor, Castillo
    Gène T, R, k (CBD)HdT, Rume Sudan, K7Ruiru 11, Batian
    Silva et al. 2022 ; Agronomy Journals 2019 ; Current Agriculture Research Journal 2021

    Honduras. L'incidence nationale moyenne de rouille, relevée par l'IHCAFE, est passée de 7,57 % à 8,44 % en mars 2026. Une moyenne nationale dit peu de chose, parce qu'elle mélange des fermes indemnes et des fermes ravagées.

    Le relevé d'avril 2025 est plus parlant. 16,67 % des fermes échantillonnées étaient en incidence moyenne (5-10 %), 7,80 % en forte (10-15 %) et 21,63 % en très forte (plus de 15 %). Les foyers se tenaient à Intibucá, Santa Bárbara, Comayagua et Yoro.

    La production monte pourtant, ce qui n'a rien de contradictoire : la rouille ampute un rendement, elle ne l'annule pas, et d'autres leviers jouent en sens inverse. Le pays attend 5,53 millions de sacs de 60 kg en 2025/26, soit 6,3 % de plus, puis 6,03 millions en 2026/27. Le verger compte 330 000 ha récoltés et 2,1 milliards d'arbres en production. Les raisons avancées sont la nutrition, la taille, la maturation des plantations renouvelées et l'adoption de variétés comme Parainema.

    Ailleurs, le tableau tient en deux lignes. La Colombie a 84 % de son verger en variétés résistantes (2021), mais Cenicafé y suit de nouvelles races locales. Le Pérou a trouvé en 2024 deux races nouvelles capables de franchir les Catimor. La résistance gagne du terrain, l'adversaire aussi.

    Le coût de la rouille pour la filière mondiale est estimé entre 1 et 2 milliards de dollars par an (Wellman, 2021). L'écart du simple au double dit à lui seul ce que vaut l'estimation.

    USDA FAS, Coffee Annual Honduras HO2026-0002 (mai 2026) ; Daily Coffee News, 19/05/2026 ; USDA FAS, Coffee Annual Honduras (mai 2025) ; STiR 12/05/2021 ; Agronomy 14 (2024) ; BSPP 2022, p. 7

    Sélection. Le rapport annuel 2025 de World Coffee Research, publié le 14 mai 2026, décrit un réseau élargi. Innovea couvre désormais l'arabica et le canephora, dans onze pays qui produisent plus de 40 % du café mondial, le Vietnam et le Ghana ayant été ajoutés en 2025. Le magazine TIME l'a retenu parmi les meilleures inventions de 2025.

    Trois résultats concrets en sortent. D'abord des marqueurs génétiques à bas coût pour la rouille, mis au point avec Cenicafé et l'USDA. Ensuite des sources de semences établies ou renforcées au Pérou, au Guatemala, au Honduras et en Ouganda. Une variété améliorée ne sert à rien tant que sa graine n'est pas disponible près de la ferme. Enfin, pour les dix ans de l'essai multilocal IMLVT, une étude. L'essai compare 31 variétés d'arabica dans plus d'une douzaine de pays. Le résultat : la résistance à la rouille dépend à la fois du génotype et de l'environnement.

    Ce dernier point n'est pas une subtilité de laboratoire. Il signifie qu'une variété classée résistante dans un pays peut décevoir dans un autre, et qu'un catalogue ne dispense jamais de l'essai local.

    Le programme d'hybrides F1 de WCR donne la mesure du temps que demande l'exercice. 43 croisements créés en 2015, observés au champ de 2017 à 2022 au Salvador, au Costa Rica et au Rwanda. Quatre finalistes en sont sortis, tous des Sarchimor × Geisha.

    Leurs résultats tiennent en quatre lignes. 28 % de rendement en plus que les témoins. Plus de 84 points SCA en moyenne pour trois d'entre eux. Une immunité à la rouille, avec des tasses au-dessus de 90 points. Et une première récolte à deux ans.

    Depuis juillet 2024, ils sont plantés à 10 000 exemplaires sur dix parcelles pré-commerciales au Costa Rica, au Guatemala et au Pérou : Aquiares, Los Volcanes, Alsacia, CENFROCAFE. L'évaluation court jusqu'en 2031. Du croisement au verdict, il se sera donc écoulé de 2015 à 2031.

    C'est pourquoi l'objectif affiché de ramener un cycle de sélection de trente à huit ans se lit comme un objectif d'organisation, pas comme un résultat mesuré.

    Reste ce que le catalogue de 2025 valide déjà. Centroamericano (T5296 × Rume Sudan, diffusé vers 2010) et Starmaya y sont classés hautement résistants et très bons en tasse. La résistance et la tasse dans le même arbre : c'est ce qu'on cherchait depuis 1927.

    World Coffee Research, 2025 Annual Report (14/05/2026) ; WCR, « Next-generation F1 hybrid varieties » (page programme) ; Sprudge, 30/07/2024 ; WCR 2025, fiches Centroamericano et Starmaya ; LC ch. 16

    La clause est logistique. Les graines d'un F1 ségrègent, c'est-à-dire que les plants qui en sortent ne ressemblent plus au parent. Il faut donc cloner l'hybride par embryogenèse somatique. Cela suppose des laboratoires, des pépinières spécialisées, et du capital chez le producteur, qui doit acheter ses plants au lieu de les produire.

    Starmaya contourne l'obstacle. Le Cirad et ECOM, entre 2017 et 2019, emploient un parent mâle-stérile, CIR-SM01, croisé avec Marsellesa dans un champ semencier. Un parent incapable de s'autoféconder garantit que toute graine récoltée sur lui est bien un hybride, et cela sans pollinisation manuelle.

    Le résultat est la première graine F1 d'arabica produite en masse, à environ 0,07 dollar l'unité, la moitié du prix d'une plantule d'embryogenèse. La limite est connue : le parent mâle-stérile n'est pas assez fixé, et environ 15 % des plants ségrègent quand même.

    Au Nicaragua, un cas montre à quoi tient l'adoption sur le terrain. La fondation NICAFRANCE, à La Cumplida, Matagalpa, compte plus de 1 500 ha avec les fermes voisines. Elle renouvelle depuis 2015 en agroforesterie avec des hybrides Cirad-ECOM, et elle convertit au biologique. Le motif n'est pas la conviction : les producteurs ne peuvent plus payer les intrants.

    Les autres fronts avancent chacun de leur côté. Chez les champignons du bois, Peck (2024) montre que la trachéomycose emprunte des gènes à d'autres Fusarium. Chez les insectes, la mineuse brésilienne est surveillée pour sa résistance aux nouvelles molécules (2025). Et Hawaï, dernier venu dans la géographie du scolyte (2010) et de la rouille (2020), sert de laboratoire à une lutte intégrée chiffrée en dollars.

    Reste la phrase qui commande le reste : une solution qui n'est pas accessible à tous les producteurs n'est pas une solution générale. La génétique de 2025 est très supérieure à celle de 1975. Le canal qui doit la mettre entre les mains d'exploitations de deux hectares, lui, est plus faible.

    Georget et al., « Starmaya: The First Arabica F1 Coffee Hybrid Produced Using Genetic Male Sterility », Frontiers in Plant Science 10 (2019), 1344 ; Cirad, communiqué du 19/12/2019 ; BSPP 2022, p. 13-15 ; Peck et al., PLOS Biology (2024) ; LC ch. 16

    Dans cette planche

    1. 01Le triangle de la maladieUne épidémie végétale exige trois choses réunies au même endroit et au même moment : un agent pathogène capable d'attaquer (présent et virulent), un hôte capable d'être attaqué (une plante sensible à cet agent précis), et un environnement qui autorise la rencontre (température, eau libre sur les organes, lumière, conduite culturale).
    2. 02Champignons, spores, parasites obligatoiresUn champignon n'a pas de chlorophylle : il ne fabrique rien et prélève une matière déjà fabriquée, dans du bois mort, des débris ou une plante vivante.
    3. 03La rouille orangée : biologie et cycleLes symptômes décrits par Barat en 1955 n'ont pas changé : sur la face inférieure de la feuille, des taches jaunâtres de 1 à 2 mm, dispersées puis coalescentes, translucides à contre-jour comme des taches d'huile sur du papier, couvertes d'une poudre orange vif d'urédospores qui reste sur les doigts.
    4. 04Ceylan, 1869-1890 : la naissance de la phytopathologieEn 1869, Donald Reid, superintendant du domaine de Galloola, remarque des feuilles qui jaunissent.
    5. 05Le tour du monde d'un champignon, 1872-2020Rouille orangée
    6. 06Races, gènes SH et le catalogue d'OeirasPuisque le champignon existe en races, il faut savoir lesquelles, où, et lesquelles ouvrent quoi.
    7. 07La résistance : Kent, S.795, l'hybride de Timor et sa descendanceScolyte des baies
    8. 08Le Big Rust, 2008-2013, pays par paysBaisse de production attribuée à l'épidémie de rouille, par pays, entre 2008 et 2013.
    9. 09Les nuits moins froidesTrachéomycose
    10. 10L'érosion des résistances, 2017-2024Honduras, janvier 2017 : l'IHCAFE reçoit des signalements de rouille sur Lempira, le Catimor (HdT 832/1 × Caturra) massivement replanté après 2012 et devenu une part importante du verger national.
    11. 11Diagnostic, surveillance et alerteAnthracnose des baies (CBD)
    12. 12Le scolyte des baies, l'ennemi capitalHypothenemus hampei (Stephanoderes coffeae chez Vayssière, qui défend ce nom en note et a perdu) est un coléoptère africain.
    13. 13La trachéomycose : de l'Oubangui à l'OugandaNématodes
    14. 14L'anthracnose des baies, Kenya 1922 et 1971Barat décrit l'anthracnose sous le nom de Glomerella cingulata, dont la forme asexuée s'appelle Colletotrichum coffeanum.
    15. 15Nématodes, punaises, mineuses, cochenilles, foreursPunaises Antestiopsis
    16. 16Maladies de sol, de fruits, et ce qui n'est pas vivantLes pourridiés portent les noms de couleur que les planteurs ont donnés à ce qu'ils voyaient sur les racines déterrées : champignon blanc (Leptoporus lignosus), pourriture brune (Phellinus lamaensis), champignon noir (Rosellinia bunodes, mort apoplectique).
    17. 17La pharmacopée d'hier et d'aujourd'huiMineuse des feuilles
    18. 18Les moyens de lutte comparésLe principe de la lutte intégrée, diffusé dans l'agriculture mondiale à partir des années 1960 en réaction aux traitements au calendrier, tient en une phrase : on ne traite pas parce qu'un ravageur est présent, mais parce qu'il dépasse le niveau où il coûte plus que le traitement, et on préserve les auxiliaires qui font l'essentiel du travail gratuitement.
    19. 19Aujourd'hui : 2023-2026Honduras. L'incidence nationale moyenne de rouille, relevée par l'IHCAFE, est passée de 7,57 % à 8,44 % en mars 2026.
    20. 20Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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