PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche X · section 14 sur 20

    L'anthracnose des baies, Kenya 1922 et 1971

    Planche gravée montrant en très fort grossissement deux galles de radicelle ouvertes en coupe, la chair du renflement criblée de logettes où sont lovés les vers, avec à côté les radicelles déformées vues de l'extérieur et des coupes circulaires du tissu envahi.
    Planche II : galles de nématodes sur les radicelles du caféier, Rio de Janeiro 1887
    AgentPratylenchus coffeae, Meloidogyne spp. (incognita, exigua), Radopholus
    Cycledans les racines, sans symptôme spécifique ; jaunissement, dépérissement
    Conditionssols replantés, pépinières contaminées
    Dispersionsol, plants, eau
    PertesJava : 95 % d'arabicas en 6 mois ; jusqu'à 60 % avec porte-greffes excelsa
    Luttegreffage sur canephora (Nemaya : 78 % de plants résistants ; Apoatã), mycorhizes, variétés Sarchimor partiellement résistantes ; fumigants interdits
    Coste 1955, p. 235-239 ; Bertrand et al. 2000 ; Plants 9 (2020)

    Barat décrit l'anthracnose sous le nom de Glomerella cingulata, dont la forme asexuée s'appelle Colletotrichum coffeanum. Le champignon n'épargne aucun organe : feuilles, rameaux, fleurs, fruits. Il aboutit au die-back, c'est-à-dire la mort descendante des rameaux, qui commence à l'extrémité et gagne vers le tronc. Une forme s'en prend surtout aux baies, et c'est celle-là qui porte un nom propre, le coffee berry disease (CBD).

    La découverte de Rayner au Kenya change la lecture de la maladie. Le champignon est déjà installé à l'état latent dans l'écorce d'arbres qui paraissent sains. Il n'attend qu'un affaiblissement de la plante pour se déclarer.

    La liste des facteurs déclenchants devient alors lisible, car aucun n'est le champignon lui-même : manque d'ombrage et surproduction épuisante, érosion, mauvaises herbes, vent, et chez l'arabica les défoliations de rouille. Soigner l'arbre est ici une mesure sanitaire au même titre qu'un traitement.

    En 1955, on tenait donc le mécanisme juste avec une identification fausse. L'agent du CBD n'est pas Colletotrichum coffeanum mais une espèce distincte, Colletotrichum kahawae, décrite seulement en 1993.

    Coste 1955, p. 220-222 (Barat) ; Waller et al., Mycological Research 97 (1993) ; LC ch. 15

    Le CBD est signalé en 1922 sur de jeunes plantations des pentes du mont Elgon, à Sotik, dans l'ouest du Kenya. Il ne franchit la vallée du Rift, par l'est, qu'en 1939. En 1951, il couvre toutes les zones caféières kényanes.

    Du Kenya, il gagne ensuite le reste du continent.

    • 1930Angola
    • 1937Congo
    • 1955-57Cameroun
    • 1959Ouganda
    • 1964Tanzanie
    • 1971Éthiopie
    • 1985Malawi

    Le CBD est resté confiné à l'Afrique. C'est la raison de la quarantaine stricte imposée au matériel végétal africain vers les Amériques. Les caféiers américains n'ont jamais rencontré ce champignon. Personne ne veut être celui qui l'y aura porté.

    L'épidémie kényane de 1967-68 déclenche la réponse génétique. La Coffee Research Foundation lance en 1971 un programme de sélection. La résistance disponible tenait alors en trois gènes d'origines distinctes. Le gène T vient de l'hybride de Timor. Le gène R vient de Rume Sudan, une accession sauvage du plateau de Boma collectée en 1941. Le gène k vient de K7.

    Les trois sont assemblés dans Ruiru 11 (1985). C'est un hybride F1 composite : la mère est un Catimor, le père un multicroisement de SL28, SL34, Rume Sudan, N39 et K7. Le prix à payer est la pollinisation manuelle, dont la variété dépend, parce que les graines d'un F1 ne redonnent pas le même arbre.

    Batian (2010) lève cette contrainte : variété haute, multipliée par graines, elle vise en plus la tasse des SL. Le catalogue WCR note Ruiru 11 hautement résistant à la rouille et résistant au CBD, Batian résistant au CBD.

    Ailleurs, on a cherché la tolérance dans le fond éthiopien plutôt que dans le croisement. Java et Geisha ont été retenues au Cameroun et en Tanzanie pour leur tolérance au CBD. La lutte chimique, elle, n'a pas changé : cuivre et fongicides systémiques en saison des pluies, sur les baies vertes, c'est-à-dire au moment et sur l'organe où le champignon frappe.

    Journal of Plant Diseases and Protection (2023), « Coffee berry disease: a century-old anthracnose » ; Current Agriculture Research Journal 9 (2021) ; WCR 2025, fiches Ruiru 11 et Batian ; site/data.js

    Dans cette planche

    1. 01Le triangle de la maladieUne épidémie végétale exige trois choses réunies au même endroit et au même moment : un agent pathogène capable d'attaquer (présent et virulent), un hôte capable d'être attaqué (une plante sensible à cet agent précis), et un environnement qui autorise la rencontre (température, eau libre sur les organes, lumière, conduite culturale).
    2. 02Champignons, spores, parasites obligatoiresUn champignon n'a pas de chlorophylle : il ne fabrique rien et prélève une matière déjà fabriquée, dans du bois mort, des débris ou une plante vivante.
    3. 03La rouille orangée : biologie et cycleLes symptômes décrits par Barat en 1955 n'ont pas changé : sur la face inférieure de la feuille, des taches jaunâtres de 1 à 2 mm, dispersées puis coalescentes, translucides à contre-jour comme des taches d'huile sur du papier, couvertes d'une poudre orange vif d'urédospores qui reste sur les doigts.
    4. 04Ceylan, 1869-1890 : la naissance de la phytopathologieEn 1869, Donald Reid, superintendant du domaine de Galloola, remarque des feuilles qui jaunissent.
    5. 05Le tour du monde d'un champignon, 1872-2020Rouille orangée
    6. 06Races, gènes SH et le catalogue d'OeirasPuisque le champignon existe en races, il faut savoir lesquelles, où, et lesquelles ouvrent quoi.
    7. 07La résistance : Kent, S.795, l'hybride de Timor et sa descendanceScolyte des baies
    8. 08Le Big Rust, 2008-2013, pays par paysBaisse de production attribuée à l'épidémie de rouille, par pays, entre 2008 et 2013.
    9. 09Les nuits moins froidesTrachéomycose
    10. 10L'érosion des résistances, 2017-2024Honduras, janvier 2017 : l'IHCAFE reçoit des signalements de rouille sur Lempira, le Catimor (HdT 832/1 × Caturra) massivement replanté après 2012 et devenu une part importante du verger national.
    11. 11Diagnostic, surveillance et alerteAnthracnose des baies (CBD)
    12. 12Le scolyte des baies, l'ennemi capitalHypothenemus hampei (Stephanoderes coffeae chez Vayssière, qui défend ce nom en note et a perdu) est un coléoptère africain.
    13. 13La trachéomycose : de l'Oubangui à l'OugandaNématodes
    14. 14L'anthracnose des baies, Kenya 1922 et 1971Barat décrit l'anthracnose sous le nom de Glomerella cingulata, dont la forme asexuée s'appelle Colletotrichum coffeanum.
    15. 15Nématodes, punaises, mineuses, cochenilles, foreursPunaises Antestiopsis
    16. 16Maladies de sol, de fruits, et ce qui n'est pas vivantLes pourridiés portent les noms de couleur que les planteurs ont donnés à ce qu'ils voyaient sur les racines déterrées : champignon blanc (Leptoporus lignosus), pourriture brune (Phellinus lamaensis), champignon noir (Rosellinia bunodes, mort apoplectique).
    17. 17La pharmacopée d'hier et d'aujourd'huiMineuse des feuilles
    18. 18Les moyens de lutte comparésLe principe de la lutte intégrée, diffusé dans l'agriculture mondiale à partir des années 1960 en réaction aux traitements au calendrier, tient en une phrase : on ne traite pas parce qu'un ravageur est présent, mais parce qu'il dépasse le niveau où il coûte plus que le traitement, et on préserve les auxiliaires qui font l'essentiel du travail gratuitement.
    19. 19Aujourd'hui : 2023-2026Honduras. L'incidence nationale moyenne de rouille, relevée par l'IHCAFE, est passée de 7,57 % à 8,44 % en mars 2026.
    20. 20Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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