L'espresso, de Moriondo à la E61

Angelo Moriondo, cafetier de Turin, brevette le 16 mai 1884 (n° 33/256) un appareil à vapeur pour café « instantané ». Il produit en volume, pas à la tasse, et n'a pas de suite commerciale.
Le pas décisif revient à Luigi Bezzera, mécanicien milanais. Il dépose le 19 décembre 1901 la demande d'un système qui sert une tasse à la fois, avec des groupes et des porte-filtres. Le brevet n° 153/94 lui est accordé le 5 juin 1902. Servir une tasse à la fois change le commerce autant que la technique, puisque chaque client reçoit un café fait pour lui, à l'instant.
- Desiderio Pavoni achète les droits en 1903 et fonde La Pavoni. Il ajoute une soupape de décharge et une lance vapeur
- puis obtient en 1907 un brevet italien d'amélioration du « système Bezzera ». La Tipo Gigante paraît à l'Exposition de Milan en 1906. Victoria Arduino et La Cimbali naissent dans la décennie
- 1927La Marzocco
- 1939où Giuseppe Bambi brevette la chaudière horizontale
Toutes ces machines à chaudière partagent la même limite. C'est la vapeur qui pousse l'eau, à 1,5-2 bars seulement, et l'eau arrive donc trop chaude sur la mouture. La tasse est vite faite, mais brûlée, et sans crème.
Wikipedia, Espresso machine (7 sept. 2026) ; Perfect Daily Grind, A history of the espresso machine (juin 2024) ; Ukers 1922, chronologie 1907Achille Gaggia sépare la pression de la température, et c'est à ce moment que l'espresso devient ce qu'on connaît. Son brevet de 1938 porte sur un piston. Sa machine à levier de 1948, développée après 1945, comprime un ressort que le barista arme en tirant le levier.
Le ressort pousse alors l'eau à 8 à 10 bars, sur une eau restée sous l'ébullition. La pression ne vient plus de la chaleur, donc on peut monter l'une sans monter l'autre. De là vient l'expression « tirer un shot », qui décrit littéralement le geste. De là vient aussi une mousse inconnue jusque-là, la crème, que Gaggia dut vendre comme une qualité.
En 1961, la Faema E61 remplace le bras par une mécanique, le E venant de l'éclipse solaire visible en Italie cette année-là. Une pompe électrique volumétrique tient 9 bars constants, sans qu'il faille tirer quoi que ce soit. Un échangeur de chaleur prélève l'eau d'infusion dans un serpentin qui traverse la chaudière vapeur, de sorte qu'un seul foyer alimente les deux usages. Son groupe thermosiphon, toujours copié, devient le standard des bars.
Illy et Viani ont codifié la définition italienne de l'espresso.
- Dose6,5 ± 1,5 g de mouture par tasse.
- Eau90 ± 5 °C.
- Pression9 ± 2 bars.
- Temps30 ± 5 secondes.
- Volume25 à 30 mL.
La norme de bar moderne a doublé la dose : 18 à 20 g pour 36 à 40 g de boisson, un ratio de 1:2 en 25 à 30 s. Un dernier chiffre remet les choses en place. Une tasse d'espresso est faite de plus de neuf dixièmes d'eau, ce qui fait de l'eau la variable la plus négligée du comptoir.
Wikipedia, Espresso machine ; Perfect Daily Grind 2024 ; Coffeeness, History of the Espresso Machine ; Illy et Viani, Espresso Coffee: The Science of Quality, 2e éd. (2005) ; LC ch. 00a pour la proportion d'eauDans cette planche
- 01Ce qu'on extrait, et comment on le mesureUn grain torréfié ne cède à l'eau que 30 à 32 % de sa masse ; le reste, cellulose des parois cellulaires en tête, est insoluble.
- 02Sept siècles d'ustensiles
- 03La décoction : ibrik, cezve, café turcLa méthode la plus ancienne est aussi la seule où le marc reste dans la tasse.
- 04L'infusion : sac de toile, piston, tasse de dégustationUne idée que nous trouvons évidente a mis un siècle à s'imposer : ne pas faire bouillir le café.
- 05La percolation par gravité, de De Belloy au V60Ukers distingue trois mots que les brevets ont confondus.
- 06Les filtres : papier, métal, tissuLe filtre décide de ce qui arrive dans la tasse.
- 07Percolateurs à pompe et cafetières électriquesLe percolateur à pompe n'est pas une percolation, dit Ukers, et le nom trompe.
- 08Le siphon : pression de vapeur puis vide
- 09La pression de la vapeur : Rabaut, Loysel, mokaEn 1822, Rabaut a une idée simple et retourne littéralement la cafetière française : au lieu de laisser l'eau descendre par gravité, il utilise la pression de la vapeur pour la forcer vers l…
- 10L'espresso, de Moriondo à la E61Angelo Moriondo, cafetier de Turin, brevette le 16 mai 1884 (n° 33/256) un appareil à vapeur pour café « instantané ».
- 11L'espresso aujourd'hui : machines, geste, profilageLe profilage a rendu la pression variable, c'est-à-dire qu'elle ne vaut plus 9 bars du début à la fin de l'extraction mais suit une courbe choisie.
- 12La mouture : moulins, fines, rétentionAvant de préparer le café, il faut le réduire en poudre, et l'histoire de cet outil-là court sur des siècles sans jamais vraiment se décider.
- 13Le laitLa lance vapeur entre dans le bar avec Pavoni, vers 1905.
- 14Le café froid et le nitroLe goutte-à-goutte à froid dit « de Kyoto » ou « café hollandais » fait tomber l'eau goutte à goutte sur la mouture pendant des heures.
- 15Mesurer : balance, réfractomètre, thermomètre, tamisLe barista de 2026 pèse tout. La balance à 0,1 g avec chronomètre et affichage du débit (Acaia Pearl S) fixe dose, ratio, rythme des versements et poids final de boisson ; Gagné fait piloter deux balances en parallèle par une application pour enregistrer débit versé et débit égoutté.
- 16Aujourd'huiCe que les sources ne permettent pas d'affirmer.
- 17Planches d’archivesGravures et photographies de l’ouvrage de William Ukers, All About Coffee (1922), tombé dans le domaine public.
- 18Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.