PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche VI · section 07 sur 20

    Kouilou, Niaouli, Conilon : la lignée guinéenne et atlantique

    Baies de canephora
    Baies de Coffea canephora. Photographie, Wikimedia Commons, voir la provenance.

    Le nom Kouilou vient d'une rivière côtière du sud du Gabon et du Congo, là où l'espèce pousse spontanément. Le café porte le nom du lieu où on l'a trouvé.

    En Côte d'Ivoire, les « Kouilou » plantés depuis la fin du XIXe siècle ne sortent d'aucun programme : ce sont des formes spontanées prélevées dans les forêts voisines. Deux caféiers découverts en Indénié, en 1905 et 1907, entrent à la station de Bingerville en 1914. L'un devient le Petit Indénié, l'autre le Gros Indénié, à grain plus large.

    Au Dahomey, le jardin d'essai de Niaouli, fondé en 1904, fixe en 1923 une forme botaniquement très proche, le Niaouli. Le partage a tenu : les génotypes ivoiriens restent de type Kouilou, ceux du Togo et du Bénin de type Niaouli.

    Le Kouilou est planté avec succès dès les années 1920 à Madagascar, et il y a laissé une trace : un document de formation professionnelle sur l'acidité cite encore « le Kouillou de Madagascar » parmi les canephoras riches en acide chlorogénique.

    Coste donne la masse que pesait alors cette lignée. En 1955, il compte plus de 200 000 tonnes de canephora dans le monde. Sur ce total, 175 000 tonnes reviennent à l'Afrique et à Madagascar, soit 95 % de tout ce qui n'était pas arabica. À cette date, le canephora est une plante africaine.

    Gomez et al. 2009 (Kouilou ivoirien comme forme spontanée) ; Persée 1935 et 1939 via la fiche Niaouli de l'atlas ; document de formation professionnelle, Tout savoir sur l'acidité ; Coste 1955, p. 30

    Le Conilon, c'est le Kouilou qui a traversé l'Atlantique. Le nom lui-même est une déformation phonétique de Kouilou, prononcé à la brésilienne.

    Il est introduit dans l'État de l'Espírito Santo en 1912. Le tableau de Kawuki indique une provenance « Congo / Indonésie » et précise ce qu'on cherchait alors : la résistance à la rouille et la tolérance à la sécheresse.

    Puis il reste marginal pendant soixante ans. Ce qui le sort de l'ombre, ce sont deux catastrophes : la rouille, arrivée au Brésil en 1970, et le gel de 1975. Les deux ruinent les arabicas de basse altitude, et l'État pousse à replanter en canephora. Le canephora brésilien est né d'un désastre arabica.

    Suit un demi-siècle de sélection, et le rythme mérite d'être suivi. L'Emcapa, devenue Incaper, diffuse en 1993 les premières variétés clonales : Emcapa 8111, 8121 et 8131. Ce sont trois groupes de clones compatibles entre eux, à maturation précoce, intermédiaire et tardive, ce qui permet d'étaler la récolte d'avril à août au lieu de tout ramasser d'un coup.

    Ensuite, en 2000, le Robustão Capixaba, tolérant à la sécheresse. En 2013, Diamante, Jequitibá et Centenária, qui font 42 % de mieux que les Emcapa, avec 88,75 sacs à l'hectare pour Jequitibá et 79,01 points au protocole du CQI. En 2016, Marilândia, qui monte à 135 sacs à l'hectare en irrigué à haute technicité. Et en 2019, Conquista, multipliée par graines, donc accessible à l'agriculture familiale qui n'a pas d'atelier de bouturage.

    Ce que ces dates cachent, c'est le temps. Ces variétés sortent de vingt ans d'essais sur plus de 2 000 clones, et le cycle complet de l'Incaper dure douze ans. Douze ans entre l'idée et le plant qu'on vend au producteur.

    L'Embrapa de Rondônia a suivi une autre piste : les « robustas amazoniens », réunis dans la série BRS. Ce sont des croisements naturels entre Conilon et Canephora, c'est-à-dire des rencontres que personne n'a dirigées et que le sélectionneur s'est contenté de repérer.

    Le BRS 2314 a été noté jusqu'à 87,2 points et classé Fine Robusta, la mention que le protocole du CQI réserve aux meilleurs canephoras. Ce qui n'était pas censé arriver à un canephora : l'espèce avait été retenue, un siècle durant, pour sa vigueur, sa résistance et son rendement.

    Kawuki et al. 2026, tableau 1 et § 2.6, citant Ferrão et al. 2019 ; Ferrão et al. 2020 via les fiches Emcapa, Jequitibá et Marilândia de l'atlas ; WCR 2025, p. 105 (BRS 2314) ; McCook 2019 (rouille au Brésil, 1970) ; WCR, « History of Robusta », varieties.worldcoffeeresearch.org, 7 septembre 2026 (année 1912, origine du nom)

    Le résultat se compte. La Conab attend pour 2025 une récolte de 18,7 millions de sacs de conilon-robusta. C'est la plus forte jamais enregistrée en année basse du cycle biennal, c'est-à-dire l'année creuse de l'alternance qui fait porter beaucoup un caféier, puis peu l'année suivante. Le record tombe donc sur la mauvaise moitié du cycle.

    La récolte est très concentrée. L'Espírito Santo en fournit à lui seul 13,1 à 13,8 millions de sacs, soit 69 à 70 % du total, devant Bahia (2,5 millions) et Rondônia (2,28 millions).

    L'USDA situe la production brésilienne de canephora à un record en 2025-26, puis à 24,4 millions de sacs en 2026-27, l'Espírito Santo fournissant toujours environ 70 % du total.

    Conab, estimations 2025, via StoneX (mai 2025) et Cultivar (2025) ; USDA, Coffee: World Markets and Trade, juin 2026, via Daily Coffee News, 24 juin 2026 ; niveau : institut statistique relayé par la presse spécialisée

    Dans cette planche

    1. 01Une espèce, pas une variétéDans le commerce, le mot robusta désigne toute la production de Coffea canephora.
    2. 02Découverte et baptême, 1880-1900Presque en même temps, et sans lien avec Pierre, le botaniste belge Émile Laurent repère au Congo un caféier sauvage vigoureux.
    3. 03Java, 1900-1919 : la rouille fait le lit du canephoraLa rouille orangée a détruit les arabicas de Ceylan à partir de 1869 et atteint Sumatra en 1876 ; dans les Indes néerlandaises, elle chasse l'arabica de tous les districts situés sous 3 500 pieds, soit un peu plus de 1 000 mètres.
    4. 04Le génome : diploïde, allogame, parent de l'arabicaLe canephora est diploïde, avec 2n = 22 chromosomes et un nombre de base x = 11.
    5. 05Deux groupes, puis huit : la géographie génétiqueLa structure de l'espèce a été lue deux fois : d'abord au champ, à l'œil, puis dans l'ADN.
    6. 06Sélectionner un allogame : cinq stratégies en un siècle
    7. 07Kouilou, Niaouli, Conilon : la lignée guinéenne et atlantiqueLe nom Kouilou vient d'une rivière côtière du sud du Gabon et du Congo, là où l'espèce pousse spontanément.
    8. 08L'Ouganda : l'espèce sur son terrain natifLe croissant du lac Victoria est l'habitat d'origine du canephora ougandais, et ce n'est pas une figure de style : du canephora sauvage y pousse encore, dans les forêts du bassin du lac et dans les réserves de Kibaale et de Zoka-Adjumani, sur 150 à 400 hectares estimés.
    9. 09La trachéomycose, 1927-1993La maladie qui a redessiné le canephora africain s'appelle coffee wilt disease, ou trachéomycose.
    10. 10Agronomie : ce que l'espèce demandeLe manuel ougandais fixe les conditions du canephora, poste par poste.
    11. 11Multiplier, irriguer, recéper : les options du planteurLe plant. Deux matériels se vendent en pépinière certifiée.
    12. 12Récolte et traitement : le Kiboko et le lavéDeux récoltes par an, la principale et la « fly crop », décalées d'une région à l'autre (voir le tableau en marge).
    13. 13Un siècle de parts de marchéLa montée du canephora se lit par période, et chaque palier tient à un régime de marché.
    14. 14Le Vietnam depuis 1990Le décollage tient à une politique. Le Đổi Mới de 1986 ouvre le marché, autorise l'entreprise privée et la privatisation des terres.
    15. 15Les robustas fins et le protocole CQIL'idée qu'un canephora puisse être bon n'est pas neuve.
    16. 16Le prix : le record de 2024-2025Le canephora est coté à Londres, sur l'ICE, par contrats de dix tonnes.
    17. 17L'hybride de Timor : ce que le canephora donne à l'arabicaSur une plantation de la moitié portugaise de Timor, aujourd'hui Timor-Leste, un arabica et un canephora se sont croisés spontanément.
    18. 18Ce qui a changé, 2023-2026Quatre faits datés résument l'état de l'espèce.
    19. 19Planches d’archivesGravures et photographies de l’ouvrage de William Ukers, All About Coffee (1922), tombé dans le domaine public.
    20. 20Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
    © 2026 Marco De Sousa Rosa · PXL RoastersTextes sous CC BY-NC-SA 4.0 · outils tous droits réservés · images : voir la provenanceAccueil · Colophon