PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche VI · section 09 sur 20

    La trachéomycose, 1927-1993

    Photographie rapprochée d'un rameau de robusta en fleur, les corolles blanches serrées en bouquets denses à chaque aisselle de feuille, alignées le long du bois sur toute la longueur de la branche.
    Floraison de Coffea robusta à Bingerville, Côte d'Ivoire, 1934
    Région d'OugandaRécolte principaleFly crop
    Centre, Estoct.-févr.avr.-juil.
    Masaka, Ouest, Sud-Ouestmars-juil.oct.-déc.
    Mid-Northoct.-janv.aucune
    UCDA 2019, tableau 21, p. 89 (lecture simplifiée)

    La maladie qui a redessiné le canephora africain s'appelle coffee wilt disease, ou trachéomycose. Le mot dit le mécanisme : une mycose, c'est-à-dire une maladie due à un champignon, qui s'installe dans les vaisseaux conducteurs de l'arbre. L'agent est le champignon Fusarium xylarioides, dont la forme sexuée porte le nom de Gibberella xylarioides.

    Elle est observée pour la première fois en 1927 en Oubangui-Chari, l'actuelle République centrafricaine, sur une plantation d'excelsa. Barat, dans le chapitre des maladies du traité de Coste, rapporte qu'elle avait détruit à peu près complètement 15 000 hectares d'excelsoïdes en 1942. La cause, elle, n'est confirmée qu'à la fin des années 1940 : on a vu mourir les plantations bien avant de savoir ce qui les tuait.

    Ces premières vagues effacent l'excelsa de Centrafrique et du Cameroun, puis s'étendent au canephora du Congo belge et de Côte d'Ivoire. Contre un champignon du sol, il n'y a rien à pulvériser : la seule voie est la plante elle-même. Dès les années 1950, la station de Boukoko cherche donc des sujets résistants, et en retient deux, B10 et A445.

    Puis la maladie se tait pendant des décennies. Elle réapparaît dans l'est du Congo au milieu des années 1980 et franchit la frontière ougandaise. Détectée en 1993, elle touche jusqu'à 90 % des plantations et détruit environ 56 % des canephora du pays. Environ un canephora ougandais sur deux, détruit là où l'espèce est chez elle.

    Coste 1955, p. 348 et chapitre des maladies (Barat) via LC ch. 4 ; Rutherford, Phytopathology, 96 (6), 2006, p. 663 ; Peck et Flood, « Coffee wilt disease: the forgotten threat to coffee », Plant Pathology, 2024 ; UCDA 2019, § 1.2, p. 4 et § 7.1, p. 83

    Le mécanisme est celui d'un garrot. Le champignon vit dans le sol, entre par les blessures du collet et des racines, colonise les vaisseaux et bloque la montée de l'eau : les feuilles jaunissent et s'enroulent, l'arbre se défeuille et meurt par le haut, tige après tige sur un pied multicaule ; l'écorce entaillée montre une bande noire du bas en haut, des chancres fendent le collet, les cerises mûrissent prématurément et restent accrochées, et l'arbre mort tient debout, à la différence d'un pied tué par l'armillaire.

    Il n'existe aucun remède chimique. Les spores voyagent avec le vent, l'eau de ruissellement, la terre et les plants déplacés, les coques de café utilisées en paillis, le bois mort ramassé pour le feu et les outils non désinfectés. Le manuel prescrit donc l'arrachage sur place, le brûlage, l'interdiction du paillis de coques tant que la maladie n'est pas éradiquée, la désinfection des outils à l'eau de Javel ou au feu, dix-huit mois à deux ans sans café sur la parcelle, et la replantation en clones résistants sur une parcelle neuve. C'est cette pression qui a fait de l'Ouganda le pays des dix clones KR.

    UCDA 2019, § 7.1.1 à 7.1.3, p. 83-84, figures 50-51

    La rouille, elle, existe sur tout le canephora ougandais entre 1 000 et 1 500 mètres, certains cultivars y étant plus sensibles que d'autres. Le manuel juge pourtant le traitement chimique non rentable sur canephora, contrairement à l'arabica : le fongicide coûterait plus cher que la récolte qu'il sauverait. La réponse passe donc par les clones résistants et par la conduite du verger, pas par le pulvérisateur.

    Le red blister, dû à Cercospora coffeicola, n'a été signalé que dans les basses terres d'Ouganda et de la région de Bukoba en Tanzanie. C'est une affaire de plaine, pas de coteau.

    Le cortège d'insectes est détaillé dans la planche des maladies. Retenons ici le lien avec le climat. La sécheresse prolongée et la chaleur accroissent la vulnérabilité du canephora ougandais au foreur noir des rameaux (Xylosandrus compactus) et à la trachéomycose. En Asie et au Brésil, elles aggravent les nématodes à galles. Autrement dit, une part du risque sanitaire se joue sur la pluviométrie avant de se jouer sur les traitements.

    UCDA 2019, § 7.2-7.3, p. 85-86 ; Kawuki et al. 2026, introduction

    Dans cette planche

    1. 01Une espèce, pas une variétéDans le commerce, le mot robusta désigne toute la production de Coffea canephora.
    2. 02Découverte et baptême, 1880-1900Presque en même temps, et sans lien avec Pierre, le botaniste belge Émile Laurent repère au Congo un caféier sauvage vigoureux.
    3. 03Java, 1900-1919 : la rouille fait le lit du canephoraLa rouille orangée a détruit les arabicas de Ceylan à partir de 1869 et atteint Sumatra en 1876 ; dans les Indes néerlandaises, elle chasse l'arabica de tous les districts situés sous 3 500 pieds, soit un peu plus de 1 000 mètres.
    4. 04Le génome : diploïde, allogame, parent de l'arabicaLe canephora est diploïde, avec 2n = 22 chromosomes et un nombre de base x = 11.
    5. 05Deux groupes, puis huit : la géographie génétiqueLa structure de l'espèce a été lue deux fois : d'abord au champ, à l'œil, puis dans l'ADN.
    6. 06Sélectionner un allogame : cinq stratégies en un siècle
    7. 07Kouilou, Niaouli, Conilon : la lignée guinéenne et atlantiqueLe nom Kouilou vient d'une rivière côtière du sud du Gabon et du Congo, là où l'espèce pousse spontanément.
    8. 08L'Ouganda : l'espèce sur son terrain natifLe croissant du lac Victoria est l'habitat d'origine du canephora ougandais, et ce n'est pas une figure de style : du canephora sauvage y pousse encore, dans les forêts du bassin du lac et dans les réserves de Kibaale et de Zoka-Adjumani, sur 150 à 400 hectares estimés.
    9. 09La trachéomycose, 1927-1993La maladie qui a redessiné le canephora africain s'appelle coffee wilt disease, ou trachéomycose.
    10. 10Agronomie : ce que l'espèce demandeLe manuel ougandais fixe les conditions du canephora, poste par poste.
    11. 11Multiplier, irriguer, recéper : les options du planteurLe plant. Deux matériels se vendent en pépinière certifiée.
    12. 12Récolte et traitement : le Kiboko et le lavéDeux récoltes par an, la principale et la « fly crop », décalées d'une région à l'autre (voir le tableau en marge).
    13. 13Un siècle de parts de marchéLa montée du canephora se lit par période, et chaque palier tient à un régime de marché.
    14. 14Le Vietnam depuis 1990Le décollage tient à une politique. Le Đổi Mới de 1986 ouvre le marché, autorise l'entreprise privée et la privatisation des terres.
    15. 15Les robustas fins et le protocole CQIL'idée qu'un canephora puisse être bon n'est pas neuve.
    16. 16Le prix : le record de 2024-2025Le canephora est coté à Londres, sur l'ICE, par contrats de dix tonnes.
    17. 17L'hybride de Timor : ce que le canephora donne à l'arabicaSur une plantation de la moitié portugaise de Timor, aujourd'hui Timor-Leste, un arabica et un canephora se sont croisés spontanément.
    18. 18Ce qui a changé, 2023-2026Quatre faits datés résument l'état de l'espèce.
    19. 19Planches d’archivesGravures et photographies de l’ouvrage de William Ukers, All About Coffee (1922), tombé dans le domaine public.
    20. 20Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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