PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche VI · section 08 sur 20

    L'Ouganda : l'espèce sur son terrain natif

    Photographie d'un caféier robusta de plantation à Java, tronc unique bien dégagé au premier plan, ramure étalée sous l'ombrage des grands arbres qui ferment le fond du cliché.
    Caféier Coffea robusta à Java, photographie de 1930
    Clone (NARO-Kituza)DiffusionRendement annoncé
    Elite (graines)19952 000 kg/ha, sensible à la CWD
    6 vieux clonesavant 20092 500 kg/ha, sensibles à la CWD
    KR120092 200 kg/ha
    KR220092 600 kg/ha
    KR320094 900 kg/ha
    KR420092 300 kg/ha
    KR520092 900 kg/ha
    KR620092 600 kg/ha
    KR720093 000 kg/ha
    KR820173 100 kg/ha
    KR920173 900 kg/ha
    KR1020174 800 kg/ha
    UCDA 2019, tableau 1, p. 6 : tous les KR sont donnés résistants à la rouille et à la trachéomycose, tolérants au red blister

    Le croissant du lac Victoria est l'habitat d'origine du canephora ougandais, et ce n'est pas une figure de style : du canephora sauvage y pousse encore, dans les forêts du bassin du lac et dans les réserves de Kibaale et de Zoka-Adjumani, sur 150 à 400 hectares estimés. Le pays cultive une plante qui est chez elle.

    La production commerciale commence au début des années 1920, après les introductions javanaises de 1910 et le travail pionnier de la station de Kawanda. Un grand programme de plantation suit dans les années 1950.

    La courbe qui suit raconte une histoire politique autant qu'agricole. Le pays dépasse 2 millions de sacs en 1960 et atteint 3,7 millions en 1972-73. Puis il retombe à 2,1 millions en 1991 : arbres vieillis, marché défaillant, conduite négligée. La libéralisation de 1991 relance la filière, qui touche 4,2 millions de sacs en 1996-97.

    Aujourd'hui, 1,7 million de ménages cultivent le café, qui pèse 20 à 30 % des recettes d'exportation du pays. Sur 104 districts caféiers, 60 ne font que du canephora, 13 que de l'arabica, et 38 les deux.

    Le canephora représente environ 80 % de la production, cultivé entre 900 et 1 500 mètres, à 1 200 mètres en moyenne. Retenez cette altitude : elle est inhabituelle pour un canephora, et c'est elle qui permet à l'Ouganda de vendre un canephora d'altitude, avec une prime.

    UCDA, Robusta Coffee Handbook, 2019, § 1.0-1.3, p. 3-4, et § 2.2, p. 9 ; Kawuki et al. 2026, § 2.4 et tableau 1

    Les variétés recommandées racontent l'histoire récente du pays, parce que chacune a été retenue contre la maladie qui menaçait au moment de sa diffusion.

    L'« Elite », recommandée en 1995, est un mélange de graines de pollinisation libre. Elle rend 2 000 kg/ha, mais elle succombe à la rouille, au red blister et à la trachéomycose, cette mycose qui bouche les vaisseaux de l'arbre. Les six vieux clones (1s/2, 1s/3, 1s/6, 223/32, 257/53, 258s/24) montent à 2 500 kg/ha et restent eux aussi sensibles à la trachéomycose. Le matériel disponible produisait donc, mais il mourait.

    Depuis 2009, le National Coffee Research Institute de Kituza (NaCORI, qui dépend de la NARO) a diffusé dix clones NARO-Kituza Robusta. KR1 à KR7 en 2009, KR8 à KR10 en 2017. Tous sont résistants à la rouille et à la trachéomycose, tolérants au red blister, à gros grains et de bonne tasse. Les rendements annoncés vont de 2 200 kg/ha pour KR1 à 4 900 kg/ha pour KR3. En 2019, le NaCORI constituait encore le stock de plants des trois derniers, qui n'étaient donc pas encore multipliables en grand.

    La feuille de route nationale visait 20 millions de sacs en 2025, à partir de 4,6. Pour y parvenir, il fallait multiplier le rendement par trois ou quatre et faire passer la part des exploitants commerciaux de 10 à 65 % d'ici 2040.

    Le réel est en dessous de l'objectif, mais au-dessus de tout ce que le pays avait connu. L'Ouganda a exporté 7,7 millions de sacs en 2024-25, soit 462 000 tonnes, pour 2,2 milliards de dollars. C'est le double de l'année précédente.

    UCDA 2019, § 1.1 et 1.4, p. 3-6, tableau 1 ; Ecofin Agency, « Uganda doubles export earnings to $2.2 billion in 2024/2025 », 2025 ; niveau : manuel officiel et presse économique

    Dans cette planche

    1. 01Une espèce, pas une variétéDans le commerce, le mot robusta désigne toute la production de Coffea canephora.
    2. 02Découverte et baptême, 1880-1900Presque en même temps, et sans lien avec Pierre, le botaniste belge Émile Laurent repère au Congo un caféier sauvage vigoureux.
    3. 03Java, 1900-1919 : la rouille fait le lit du canephoraLa rouille orangée a détruit les arabicas de Ceylan à partir de 1869 et atteint Sumatra en 1876 ; dans les Indes néerlandaises, elle chasse l'arabica de tous les districts situés sous 3 500 pieds, soit un peu plus de 1 000 mètres.
    4. 04Le génome : diploïde, allogame, parent de l'arabicaLe canephora est diploïde, avec 2n = 22 chromosomes et un nombre de base x = 11.
    5. 05Deux groupes, puis huit : la géographie génétiqueLa structure de l'espèce a été lue deux fois : d'abord au champ, à l'œil, puis dans l'ADN.
    6. 06Sélectionner un allogame : cinq stratégies en un siècle
    7. 07Kouilou, Niaouli, Conilon : la lignée guinéenne et atlantiqueLe nom Kouilou vient d'une rivière côtière du sud du Gabon et du Congo, là où l'espèce pousse spontanément.
    8. 08L'Ouganda : l'espèce sur son terrain natifLe croissant du lac Victoria est l'habitat d'origine du canephora ougandais, et ce n'est pas une figure de style : du canephora sauvage y pousse encore, dans les forêts du bassin du lac et dans les réserves de Kibaale et de Zoka-Adjumani, sur 150 à 400 hectares estimés.
    9. 09La trachéomycose, 1927-1993La maladie qui a redessiné le canephora africain s'appelle coffee wilt disease, ou trachéomycose.
    10. 10Agronomie : ce que l'espèce demandeLe manuel ougandais fixe les conditions du canephora, poste par poste.
    11. 11Multiplier, irriguer, recéper : les options du planteurLe plant. Deux matériels se vendent en pépinière certifiée.
    12. 12Récolte et traitement : le Kiboko et le lavéDeux récoltes par an, la principale et la « fly crop », décalées d'une région à l'autre (voir le tableau en marge).
    13. 13Un siècle de parts de marchéLa montée du canephora se lit par période, et chaque palier tient à un régime de marché.
    14. 14Le Vietnam depuis 1990Le décollage tient à une politique. Le Đổi Mới de 1986 ouvre le marché, autorise l'entreprise privée et la privatisation des terres.
    15. 15Les robustas fins et le protocole CQIL'idée qu'un canephora puisse être bon n'est pas neuve.
    16. 16Le prix : le record de 2024-2025Le canephora est coté à Londres, sur l'ICE, par contrats de dix tonnes.
    17. 17L'hybride de Timor : ce que le canephora donne à l'arabicaSur une plantation de la moitié portugaise de Timor, aujourd'hui Timor-Leste, un arabica et un canephora se sont croisés spontanément.
    18. 18Ce qui a changé, 2023-2026Quatre faits datés résument l'état de l'espèce.
    19. 19Planches d’archivesGravures et photographies de l’ouvrage de William Ukers, All About Coffee (1922), tombé dans le domaine public.
    20. 20Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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