Deux groupes, puis huit : la géographie génétique

| Période | Part du canephora | Source |
|---|---|---|
| 1919, Indes néerl. | 84 % des surfaces | Ukers 1922, p. 371 |
| 1955 | moins d'un dixième du monde ; plus de 200 000 t | Coste 1955, p. 22-30 |
| 1963-1989 | 27,5 % (moyenne) | ICO via DCN 2014 |
| 1990 | 27,5 % | ICO ; USITC |
| 2013 | 38,9 % (56,5 M sacs) | ICO via DCN 2014 |
| années 2010 | environ 40 % | Kawuki 2026 |
| 2025-26 | 46,6 % (83,3 M sur 178,8) | USDA, 18 déc. 2025 |
| 2026-27 (proj.) | 44 % (de 189,7 M) | USDA, juin 2026 |
La structure de l'espèce a été lue deux fois : d'abord au champ, à l'œil, puis dans l'ADN. Les deux lectures se recoupent, ce qui est plutôt rassurant.
Dans les années 1980, Berthaud propose de distinguer deux grands ensembles, nommés d'après les régions où poussent les populations sauvages. D'un côté la Haute-Guinée : le groupe « guinéen ». De l'autre la Basse-Guinée et le bassin du Congo : le groupe « congolais ».
En 2000, Montagnon subdivise le groupe congolais en quatre. SG1, sur la côte atlantique de l'Afrique centrale, d'où vient le Conilon brésilien. SG2, dans le bassin du Congo, qui est le Robusta au sens strict, celui qu'on plante dans le monde entier. B, pour le reste du bassin. Et C, pour la République centrafricaine et le Cameroun.
Puis les marqueurs génétiques prennent le relais, et ils ajoutent une explication que le champ ne pouvait pas donner. Les microsatellites, chez Gomez en 2009 et Cubry en 2013, rattachent cette structure aux refuges forestiers des glaciations : quand la forêt s'est fragmentée, les populations se sont isolées, et elles ont divergé chacune dans son coin. Les migrations humaines récentes ont fait le reste.
La puce de 8 580 SNP de Mérot-L'Anthoëne, en 2019, affine encore le tableau. Un SNP est une position du génome où une seule lettre d'ADN change d'un arbre à l'autre. En lire 8 580 d'un coup sépare des populations que les marqueurs précédents confondaient.
Les sous-groupes sont désignés par des lettres, et chacun tient à une région.
- AGabon, Congo et ouest de la RDC.
- ERDC.
- CCameroun.
- BEst de la République centrafricaine.
- OOuganda.
- GAngola.
- RSud de la RDC.
Les deux grands groupes ont des phénotypes opposés que les sélectionneurs exploitent. Le congolais est haut, à longs entre-nœuds, peu ramifié, tardif, résistant à la rouille, à gros grains et à caféine intermédiaire, mais sensible à la sécheresse ; le guinéen est court, à entre-nœuds serrés, précoce, résistant à la sécheresse, à petits grains riches en caféine. Le Conilon se comporte comme un intermédiaire, ce qui a fait supposer une hybridation ancienne entre les deux.
Les populations ougandaises forment un groupe à part, établi par Musoli (2009) et confirmé par Kiwuka (2021) : sur 18 marqueurs, elles ne se rangent dans aucun des groupes connus. Deux formes y coexistent, le Nganda, au port étalé et aux tiges faibles, considéré comme issu des forêts locales, et l'Erecta, au port dressé, aux tiges fortes et aux grosses cerises, que la littérature fait descendre de graines javanaises reçues en 1910.
Kawuki et al. 2026, introduction et § 2.4 ; Musoli et al., Genome, 2009 (doi 10.1139/G09-037) ; Kiwuka et al., PLoS ONE, 16 (2), e0245965, 2021En Côte d'Ivoire, le CNRA a bâti sur cette opposition une méthode, la sélection récurrente réciproque. Le principe : croiser systématiquement le guinéen et le congolais, retenir les meilleures descendances hybrides, puis repartir d'elles pour le tour suivant. On ne cherche pas le bon arbre, on cherche les bons parents.
Le gain a été mesuré. Leroy et ses coauteurs (1997) relèvent des rendements de 16 à 140 % supérieurs à la moyenne de deux clones commerciaux. Montagnon (2003) chiffre l'héritabilité au sens strict du rendement entre 0,25 et 0,45 sur quatre ans, c'est-à-dire la part du rendement qui se transmet vraiment à la descendance. Une valeur moyenne : le progrès est réel, mais il se gagne génération après génération.
C'est le seul programme au monde qui ait organisé la rencontre des deux moitiés de l'espèce. Le projet ROBUST du Cirad le prolonge, en visant cette fois le changement climatique, par l'agroforesterie et par la diversité des ressources génétiques.
Kawuki et al. 2026, § 2.5 et 2.7.2, citant Leroy et al. 1997 et Montagnon et al. 2003Dans cette planche
- 01Une espèce, pas une variétéDans le commerce, le mot robusta désigne toute la production de Coffea canephora.
- 02Découverte et baptême, 1880-1900Presque en même temps, et sans lien avec Pierre, le botaniste belge Émile Laurent repère au Congo un caféier sauvage vigoureux.
- 03Java, 1900-1919 : la rouille fait le lit du canephoraLa rouille orangée a détruit les arabicas de Ceylan à partir de 1869 et atteint Sumatra en 1876 ; dans les Indes néerlandaises, elle chasse l'arabica de tous les districts situés sous 3 500 pieds, soit un peu plus de 1 000 mètres.
- 04Le génome : diploïde, allogame, parent de l'arabicaLe canephora est diploïde, avec 2n = 22 chromosomes et un nombre de base x = 11.
- 05Deux groupes, puis huit : la géographie génétiqueLa structure de l'espèce a été lue deux fois : d'abord au champ, à l'œil, puis dans l'ADN.
- 06Sélectionner un allogame : cinq stratégies en un siècle
- 07Kouilou, Niaouli, Conilon : la lignée guinéenne et atlantiqueLe nom Kouilou vient d'une rivière côtière du sud du Gabon et du Congo, là où l'espèce pousse spontanément.
- 08L'Ouganda : l'espèce sur son terrain natifLe croissant du lac Victoria est l'habitat d'origine du canephora ougandais, et ce n'est pas une figure de style : du canephora sauvage y pousse encore, dans les forêts du bassin du lac et dans les réserves de Kibaale et de Zoka-Adjumani, sur 150 à 400 hectares estimés.
- 09La trachéomycose, 1927-1993La maladie qui a redessiné le canephora africain s'appelle coffee wilt disease, ou trachéomycose.
- 10Agronomie : ce que l'espèce demandeLe manuel ougandais fixe les conditions du canephora, poste par poste.
- 11Multiplier, irriguer, recéper : les options du planteurLe plant. Deux matériels se vendent en pépinière certifiée.
- 12Récolte et traitement : le Kiboko et le lavéDeux récoltes par an, la principale et la « fly crop », décalées d'une région à l'autre (voir le tableau en marge).
- 13Un siècle de parts de marchéLa montée du canephora se lit par période, et chaque palier tient à un régime de marché.
- 14Le Vietnam depuis 1990Le décollage tient à une politique. Le Đổi Mới de 1986 ouvre le marché, autorise l'entreprise privée et la privatisation des terres.
- 15Les robustas fins et le protocole CQIL'idée qu'un canephora puisse être bon n'est pas neuve.
- 16Le prix : le record de 2024-2025Le canephora est coté à Londres, sur l'ICE, par contrats de dix tonnes.
- 17L'hybride de Timor : ce que le canephora donne à l'arabicaSur une plantation de la moitié portugaise de Timor, aujourd'hui Timor-Leste, un arabica et un canephora se sont croisés spontanément.
- 18Ce qui a changé, 2023-2026Quatre faits datés résument l'état de l'espèce.
- 19Planches d’archivesGravures et photographies de l’ouvrage de William Ukers, All About Coffee (1922), tombé dans le domaine public.
- 20Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.