PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche VI · section 01 sur 20

    Une espèce, pas une variété

    Robusta en fleur, Preanger, Java
    Robusta en fleur, Preanger, Java

    Dans le commerce, le mot robusta désigne toute la production de Coffea canephora. En botanique, il ne nomme que l'un de ses groupes, celui du bassin du Congo. Le mot commercial recouvre donc bien plus que le mot botanique.

    L'imprécision date de la naissance même du nom, parce que le commerce a baptisé la plante avant que la botanique ait tranché. En 1922 déjà, Ukers range sous « robusta group » une demi-douzaine de formes différentes. Les stations de Java les exportaient ensemble, sous une étiquette qui disait l'embarras : « robusta-achtigen », les « pareilles au robusta ».

    Le pharmacognoste américain Viehoever ne concluait pas autrement : « l'origine botanique n'est pas tout à fait éclaircie », et la classification des variétés du groupe « mérite d'autres études ».

    Coste met de l'ordre en 1955. Il range canephora, arabica et congensis dans une même sous-section, les Erythrocoffea, une sous-section rassemblant des espèces tenues pour proches parentes. Et il note que le canephora cultivé se présente sous trois noms : Robusta, Kouillou et Niaouli.

    Entre arabica et canephora, il y a une barrière d'espèce, c'est-à-dire que les deux ne se croisent pas librement. Elle tient à un décompte fait par Piza au Brésil en 1929 : 44 chromosomes chez l'un, 22 chez l'autre. L'arabica en porte deux fois plus.

    Ukers 1922, ch. XV, p. 253-254 et ch. XXII, p. 371 ; Coste 1955, p. 20-22 et 331 ; LC ch. 4

    Ce que le vocabulaire courant rabat en une opposition de qualité (le fin et le fort, le cher et le bon marché) recouvre donc une différence de plante. Passer du Bourbon au Typica, c'est changer de modèle à l'intérieur d'une espèce ; passer de l'arabica au canephora, c'est changer d'espèce, de nombre de chromosomes, de mode de reproduction et de composition du grain. La suite de cette planche tient à cette distinction, et l'atlas la respecte : la carte des variétés traite le canephora comme une espèce, avec ses groupes congolais, guinéen et ougandais, le Conilon et les clones nationaux.

    LC ch. 4 et ch. 22 (glossaire, entrées « Canephora » et « Robusta »)

    Dans cette planche

    1. 01Une espèce, pas une variétéDans le commerce, le mot robusta désigne toute la production de Coffea canephora.
    2. 02Découverte et baptême, 1880-1900Presque en même temps, et sans lien avec Pierre, le botaniste belge Émile Laurent repère au Congo un caféier sauvage vigoureux.
    3. 03Java, 1900-1919 : la rouille fait le lit du canephoraLa rouille orangée a détruit les arabicas de Ceylan à partir de 1869 et atteint Sumatra en 1876 ; dans les Indes néerlandaises, elle chasse l'arabica de tous les districts situés sous 3 500 pieds, soit un peu plus de 1 000 mètres.
    4. 04Le génome : diploïde, allogame, parent de l'arabicaLe canephora est diploïde, avec 2n = 22 chromosomes et un nombre de base x = 11.
    5. 05Deux groupes, puis huit : la géographie génétiqueLa structure de l'espèce a été lue deux fois : d'abord au champ, à l'œil, puis dans l'ADN.
    6. 06Sélectionner un allogame : cinq stratégies en un siècle
    7. 07Kouilou, Niaouli, Conilon : la lignée guinéenne et atlantiqueLe nom Kouilou vient d'une rivière côtière du sud du Gabon et du Congo, là où l'espèce pousse spontanément.
    8. 08L'Ouganda : l'espèce sur son terrain natifLe croissant du lac Victoria est l'habitat d'origine du canephora ougandais, et ce n'est pas une figure de style : du canephora sauvage y pousse encore, dans les forêts du bassin du lac et dans les réserves de Kibaale et de Zoka-Adjumani, sur 150 à 400 hectares estimés.
    9. 09La trachéomycose, 1927-1993La maladie qui a redessiné le canephora africain s'appelle coffee wilt disease, ou trachéomycose.
    10. 10Agronomie : ce que l'espèce demandeLe manuel ougandais fixe les conditions du canephora, poste par poste.
    11. 11Multiplier, irriguer, recéper : les options du planteurLe plant. Deux matériels se vendent en pépinière certifiée.
    12. 12Récolte et traitement : le Kiboko et le lavéDeux récoltes par an, la principale et la « fly crop », décalées d'une région à l'autre (voir le tableau en marge).
    13. 13Un siècle de parts de marchéLa montée du canephora se lit par période, et chaque palier tient à un régime de marché.
    14. 14Le Vietnam depuis 1990Le décollage tient à une politique. Le Đổi Mới de 1986 ouvre le marché, autorise l'entreprise privée et la privatisation des terres.
    15. 15Les robustas fins et le protocole CQIL'idée qu'un canephora puisse être bon n'est pas neuve.
    16. 16Le prix : le record de 2024-2025Le canephora est coté à Londres, sur l'ICE, par contrats de dix tonnes.
    17. 17L'hybride de Timor : ce que le canephora donne à l'arabicaSur une plantation de la moitié portugaise de Timor, aujourd'hui Timor-Leste, un arabica et un canephora se sont croisés spontanément.
    18. 18Ce qui a changé, 2023-2026Quatre faits datés résument l'état de l'espèce.
    19. 19Planches d’archivesGravures et photographies de l’ouvrage de William Ukers, All About Coffee (1922), tombé dans le domaine public.
    20. 20Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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