PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche XVI · section 16 sur 22

    Le café en peinture, en gravure et en caricature

    Peinture d'un café de plein air sur une pente herbeuse au-dessus de Sarajevo : des hommes coiffés du fez sont assis sur une estrade de bois abritée de perches, d'autres accroupis dans l'herbe autour d'un plateau, les montagnes fermant l'horizon.
    Maison de café turque à Sarajevo

    Pour décrire comment on buvait le café aux XVIIe et XVIIIe siècles, Ukers n'a presque rien d'autre que des images. Il le pose d'emblée : les peintres et les graveurs de ces deux siècles sont sa principale source documentaire sur les premières manières de boire.

    Et il l'assortit aussitôt d'un avertissement, parce que la source est fragile. Un tableau n'est pas un relevé, c'est une composition, souvent satirique. Le peintre arrange la salle pour faire rire ou pour faire joli, et rien n'oblige la scène à avoir eu lieu.

    La plus ancienne image connue d'une maison de café serait la Maison de café hollandaise d'Adriaen Van Ostade, datée de 1650. On ne la connaît d'ailleurs pas directement : elle nous vient par l'eau-forte de J. Beauvarlet conservée à Munich, c'est-à-dire par une gravure faite d'après l'original.

    Hogarth, lui, fournit deux documents que l'on peut dater. Le premier est la planche de Covent Garden, dans les Quatre moments de la journée : l'horloge de St Paul y marque sept heures cinquante-cinq, et la planche est datée de 1738. Un texte d'époque donne rarement l'heure ; le peintre la donne.

    Le second est la scène VI de la Carrière du libertin, au club de White's. Des flammes y sortent des boiseries, allusion à l'incendie de 1733. Là encore, la date est glissée dans le décor plutôt que dans une légende.

    Ukers 1922, ch. XXXIII, p. 587-614

    Ce que le XVIIIe siècle français nous a laissé du café, ce n'est pas un texte, c'est un service de table, peint.

    Le Petit Déjeuner de Boucher, au Louvre, montre une salle à manger de 1744 avec le service à café du temps. Le portrait de Mme de Pompadour par Van Loo montre un serviteur présentant une demi-tasse, versée d'un pot oriental couvert. Ce pot est lui-même une étape : il avait succédé au bouilleur arabo-turc, et la forme dit le moment où l'Europe cesse de copier pour adapter.

    Le siècle suivant fait l'inverse : il retourne à l'Orient, mais par l'imagination. L'orientalisme produit toute une série de cafés turcs, peints par des artistes dont certains n'y étaient jamais allés.

    La Maison de café du Caire de Gérôme est au Metropolitan Museum. Le Café sur une route de Syrie de Marilhat est présenté au Salon de 1844. Le Café turc de Descamps date de 1855, et le Café en Asie Mineure de de Tournemine du Salon de 1859.

    Ces tableaux sont des documents, mais pas sur ce qu'ils montrent. Ils documentent ce que l'Europe voulait voir dans un café oriental, au moment précis où elle industrialisait le sien.

    Ukers 1922, ch. XXXIII, p. 587-614, citant Malcolm C. Salaman, French Color Prints of the XVIIIth Century

    La caricature anglaise a donné les images les plus vivantes des salles, et pour une raison simple : le caricaturiste cherche le détail ridicule, donc le geste, le meuble et le désordre, que le portrait officiel efface.

    Rowlandson a laissé un Chien enragé dans une maison de café et une aquarelle de la Maison de café française de Londres. T. H. Shepherd, lui, a conservé Button's, Tom's et Slaughter's dans des aquarelles de 1841 et 1857, qui sont aujourd'hui, pour ces trois salles, ce qui tient lieu de photographie.

    Charlet a lithographié l'anecdote de 1814. Napoléon trouve dans un presbytère le curé en train de tourner son brûloir à main, ce récipient que l'on fait tourner au-dessus du feu pour torréfier son café chez soi. « Sire, répond le prêtre, je fais comme vous, je brûle le fourrage colonial. »

    Toute la pointe tient dans le verbe. Brûler, à cette date, veut dire torréfier ; il veut aussi dire détruire par le feu. Le curé répond donc qu'il fait comme l'Empereur, à sa mesure, avec une poignée de grains.

    Ukers 1922, ch. XXXIII, p. 587-614

    Dans cette planche

    1. 01La cérémonie arabe : la pièce du café et ses gestesLa maison arabe des voyageurs du XIXe siècle est bâtie autour du kahwah, c'est-à-dire la salle du café.
    2. 02Le cercle bédouin, les quatre gorgées, la règle de l'eauChez les nomades de Doughty, le café oriente la tente elle-même.
    3. 03Le café turc : la salle, le prix, l'étiquetteLe caffinet somptueux des voyageurs romantiques n'existait plus en 1922, et Ukers doute même qu'il ait jamais existé.
    4. 04Ramadan, Karagöz et le calendrier du caféLe café est une affaire d'heures. Stamboul, hors du Ramadan, est déserte la nuit, et c'est juste après le crépuscule que les cafés sont à leur meilleur.
    5. 05Damas, Le Caire, Alger : l'eau, la fumée et le conteurLe texte le plus précis que reproduit Ukers a été écrit en 1836, pour accompagner une planche de Bartlett et Purser.
    6. 06Venise : le premier caffè d'Europe et la place comme salonEn Europe, le café a d'abord été vendu par des marchands de limonade.
    7. 07Vienne : le mélange, le journal et le mot pour commanderLégende · lors du siège de 1683, Franz Georg Kolschitzky, Polonais ayant vécu chez les Turcs, traverse les lignes ennemies le 13 août en uniforme turc.
    8. 08Paris : du Procope au boulevard, et le vocabulaire du garçonAvant le Procope, il y a des maisons de café à la turque, de bas étage, où les gens de condition ne veulent pas être vus.
    9. 09Londres : l'université à un penny, et ce qui l'a remplacéeLa maison de café londonienne du XVIIe siècle avait un tarif et un règlement.
    10. 10Berlin, la Saxe et le KaffeeklatschL'Allemagne a inventé la fonction sociale de l'après-midi qu'on appelle Kaffeeklatsch, et Ukers en décrit la version populaire du dimanche : la famille marche jusqu'à un jardin de banlieue où le café se vend au pot.
    11. 11Amsterdam et Athènes : le verre d'eau et le kaimakiLes Provinces-Unies ont adopté la maison de café sans jamais la persécuter, et la première ouvre au Korten Voorhout, à La Haye.
    12. 12Le Nord et l'Est : bouilloires de cuivre, citron et cognac flambéEn Norvège, la méthode par ébullition l'emporte, c'est-à-dire qu'on fait bouillir la mouture dans l'eau au lieu de l'y faire passer.
    13. 13Italie, Espagne, Portugal, BelgiqueL'Italie de 1922 n'est pas encore le pays de l'espresso.
    14. 14Les États-Unis : la prohibition, le coffee room et la tasse gratuiteAux colonies, la bière et le cidre ont d'abord cédé au thé, puis le thé au café.
    15. 15La Nouvelle-Orléans, le Brésil, Cuba, le Mexique, l'AustralieLe café créole de La Nouvelle-Orléans, dit aussi café du marché français, n'est pas une boisson mais un extrait concentré.
    16. 16Le café en peinture, en gravure et en caricaturePour décrire comment on buvait le café aux XVIIe et XVIIIe siècles, Ukers n'a presque rien d'autre que des images.
    17. 17Le café en musique et en littératureLa pièce maîtresse est la Cantate du café de Bach, numéro 211 des cantates profanes, publiée à Leipzig en 1732 sous le titre Schweigt stille, plaudert nicht, « taisez-vous, ne bavardez pas », sur un texte de Picander.
    18. 18L'orfèvrerie, la porcelaine et le mobilier du serviceLa cafetière européenne a une origine et une date de rupture.
    19. 19Comment se fabrique une manière : le goût est une habitudeUkers pose lui-même le problème sans le résoudre.
    20. 20Ce qui a changé depuis 1922La géographie de la consommation s'est déplacée vers le nord.
    21. 21Planches d’archivesGravures et photographies de l’ouvrage de William Ukers, All About Coffee (1922), tombé dans le domaine public.
    22. 22Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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