PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche XVI · section 17 sur 22

    Le café en musique et en littérature

    Gravure coloriée d'un vendeur de café ambulant : un homme debout en costume ottoman porte d'une main un plateau suspendu garni de petites tasses et de l'autre une cafetière à long bec.
    Vendeur de café turc et son plateau de tassesGraveur non identifié ; Wellcome Collection, Londres · CC BY 4.0

    La pièce maîtresse est la Cantate du café de Bach, numéro 211 des cantates profanes, publiée à Leipzig en 1732 sous le titre Schweigt stille, plaudert nicht, « taisez-vous, ne bavardez pas », sur un texte de Picander. Schlendrian, dont le nom veut dire à peu près Traîne-savate, tente de détourner sa fille Lieschen du café en lui interdisant les noces, la promenade et les rubans d'or ; elle cède sur tout et sur rien.

    Son air est resté : « Ah, que le café a bon goût, plus délicieux que mille baisers, plus doux que le vin de muscat ». Le père ne gagne qu'en la menaçant de la priver de mari, et la fille fait alors savoir qu'aucun prétendant ne sera reçu s'il ne fait porter au contrat qu'elle pourra faire du café quand elle voudra. Ukers y voit une protestation contre la campagne menée alors en Allemagne pour interdire le café aux femmes au motif qu'il rendait stérile.

    Ukers 1922, ch. XXXIII, p. 587-614 ; J.-S. Bach, BWV 211, Leipzig, 1732 ; sur la thèse de Pauli et la réfutation de Dufour, LC ch. 7

    La chanson de 1711, intitulée simplement Coffee, a été mise en musique par M. H. Colet, professeur d'harmonie au Conservatoire. Elle n'a pas circulé comme une partition mais comme un placard, c'est-à-dire une grande feuille imprimée destinée à être affichée, et c'est aux murs des cafés qu'on la lisait.

    Deux mentions y figurent, et ce sont elles qui comptent. L'approbation et la signature du lieutenant de police de Voyer d'Argenson, d'abord, sans lesquelles rien ne s'affichait. Le nom et l'adresse d'un marchand, ensuite : un nommé Vilain, rue des Lombards.

    Une chanson autorisée, placardée là où se tiennent les buveurs, et portant l'adresse du vendeur. Ukers en tire l'observation qui compte : les ressorts de la réclame étaient connus et employés à Paris en 1711.

    Le théâtre a suivi. James Miller donne The Coffee House à Drury Lane en 1737, avec en frontispice une gravure de l'intérieur de la maison de café de Dick.

    La pièce fut condamnée à la première, et par ceux-là mêmes qu'elle portait sur scène. Les Templiers fréquentaient Dick's, la tenancière et sa fille étaient leur coqueluche, et ils ont reconnu la salle. Une satire de café se jouait devant son modèle.

    Ukers 1922, ch. XXXII, p. 541-586, citant James Miller, The Coffee House (1737), et John Timbs

    En 1750, Carlo Goldoni écrit La Bottega del Caffè, une comédie naturaliste de la Venise bourgeoise. Le décor est un café vénitien, probablement le Florian, et le sujet est le commérage et le jeu.

    Son personnage central, Don Marzio, calomniateur bavard, passe pour l'un des meilleurs caractères jamais dessinés pour la scène. Pietro Longhi a peint Goldoni lui-même en visiteur d'un café, sollicité par une mendiante.

    Mais c'est dans une autre de ses pièces que Goldoni nous a laissé le document le plus précieux. Dans sa Sposa persiana, il fait dire à l'esclave Curcuma une véritable leçon de préparation, en vers.

    Elle tient en trois règles. Le café d'Arabie est toujours le meilleur. Il doit être moulu frais au moment de l'usage. Et l'on chauffe jusqu'à ce que la mousse monte, puis on écarte du feu, « et cela au moins sept fois ».

    Les deux premières sont encore enseignées aujourd'hui. La troisième décrit la méthode turque, où l'on fait monter et retomber l'écume plusieurs fois de suite pour concentrer la boisson sans la faire bouillir vraiment.

    Ukers 1922, ch. XXXII, p. 541-586, citant Chatfield-Taylor

    Restent les buveurs. Pope a donné le distique le plus cité, « le café, qui rend le politique avisé et lui fait voir à travers toute chose de ses yeux mi-clos », et La Boucle de cheveux enlevée est née des commérages de maison de café. Voltaire aurait bu cinquante tasses par jour dans sa vieillesse. Balzac en avait fait sa nourriture : selon Frederick Lawton, il se couchait à six heures du soir, dormait jusqu'à minuit, puis écrivait près de douze heures d'affilée en buvant du café, et son Traité des excitants modernes décrit les idées qui se mettent en marche comme les bataillons de la Grande Armée, la cavalerie légère des comparaisons, l'artillerie de la logique.

    Ukers 1922, ch. XXXII, p. 541-586, citant Carruthers, Life of Pope, Frederick Lawton, Balzac, et le Traité des excitants modernes

    Dans cette planche

    1. 01La cérémonie arabe : la pièce du café et ses gestesLa maison arabe des voyageurs du XIXe siècle est bâtie autour du kahwah, c'est-à-dire la salle du café.
    2. 02Le cercle bédouin, les quatre gorgées, la règle de l'eauChez les nomades de Doughty, le café oriente la tente elle-même.
    3. 03Le café turc : la salle, le prix, l'étiquetteLe caffinet somptueux des voyageurs romantiques n'existait plus en 1922, et Ukers doute même qu'il ait jamais existé.
    4. 04Ramadan, Karagöz et le calendrier du caféLe café est une affaire d'heures. Stamboul, hors du Ramadan, est déserte la nuit, et c'est juste après le crépuscule que les cafés sont à leur meilleur.
    5. 05Damas, Le Caire, Alger : l'eau, la fumée et le conteurLe texte le plus précis que reproduit Ukers a été écrit en 1836, pour accompagner une planche de Bartlett et Purser.
    6. 06Venise : le premier caffè d'Europe et la place comme salonEn Europe, le café a d'abord été vendu par des marchands de limonade.
    7. 07Vienne : le mélange, le journal et le mot pour commanderLégende · lors du siège de 1683, Franz Georg Kolschitzky, Polonais ayant vécu chez les Turcs, traverse les lignes ennemies le 13 août en uniforme turc.
    8. 08Paris : du Procope au boulevard, et le vocabulaire du garçonAvant le Procope, il y a des maisons de café à la turque, de bas étage, où les gens de condition ne veulent pas être vus.
    9. 09Londres : l'université à un penny, et ce qui l'a remplacéeLa maison de café londonienne du XVIIe siècle avait un tarif et un règlement.
    10. 10Berlin, la Saxe et le KaffeeklatschL'Allemagne a inventé la fonction sociale de l'après-midi qu'on appelle Kaffeeklatsch, et Ukers en décrit la version populaire du dimanche : la famille marche jusqu'à un jardin de banlieue où le café se vend au pot.
    11. 11Amsterdam et Athènes : le verre d'eau et le kaimakiLes Provinces-Unies ont adopté la maison de café sans jamais la persécuter, et la première ouvre au Korten Voorhout, à La Haye.
    12. 12Le Nord et l'Est : bouilloires de cuivre, citron et cognac flambéEn Norvège, la méthode par ébullition l'emporte, c'est-à-dire qu'on fait bouillir la mouture dans l'eau au lieu de l'y faire passer.
    13. 13Italie, Espagne, Portugal, BelgiqueL'Italie de 1922 n'est pas encore le pays de l'espresso.
    14. 14Les États-Unis : la prohibition, le coffee room et la tasse gratuiteAux colonies, la bière et le cidre ont d'abord cédé au thé, puis le thé au café.
    15. 15La Nouvelle-Orléans, le Brésil, Cuba, le Mexique, l'AustralieLe café créole de La Nouvelle-Orléans, dit aussi café du marché français, n'est pas une boisson mais un extrait concentré.
    16. 16Le café en peinture, en gravure et en caricaturePour décrire comment on buvait le café aux XVIIe et XVIIIe siècles, Ukers n'a presque rien d'autre que des images.
    17. 17Le café en musique et en littératureLa pièce maîtresse est la Cantate du café de Bach, numéro 211 des cantates profanes, publiée à Leipzig en 1732 sous le titre Schweigt stille, plaudert nicht, « taisez-vous, ne bavardez pas », sur un texte de Picander.
    18. 18L'orfèvrerie, la porcelaine et le mobilier du serviceLa cafetière européenne a une origine et une date de rupture.
    19. 19Comment se fabrique une manière : le goût est une habitudeUkers pose lui-même le problème sans le résoudre.
    20. 20Ce qui a changé depuis 1922La géographie de la consommation s'est déplacée vers le nord.
    21. 21Planches d’archivesGravures et photographies de l’ouvrage de William Ukers, All About Coffee (1922), tombé dans le domaine public.
    22. 22Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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