PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche XVII · section 12 sur 18

    Les ersatz de guerre : 1914, 1939, 1977

    Photographie d'une grande boîte de comptoir en tôle jaune à couvercle et fermoir, dont les faces portent le nom de la maison Broekema en lettres bleu foncé et les mots café et thé.
    Grande boîte de magasin Broekema, café et thé
    • L'Allemagne était avant 1914 le premier pays consommateur d'Europe, Hambourg redistribuant le café vers la Scandinavie, la Finlande et la Russie
    • pendant le blocus, écrit Ukers, les Allemands se rabattent sur les substituts, et les prix élevés d'après-guerre en prolongent l'usage, les importations de 1920 (90,6 millions de livres) restant loin des 371 millions de 1913. On torréfie ce qu'on trouve : glands, châtaignes, faînes, seigle, orge, lupin
    • la fabrique de Malzkaffee Kathreiner, fondée à Munich en 1892, est l'une des plus grandes. Le mot Muckefuck désigne ce café d'orge et de chicorée
    • on lui prête une origine dans le « mocca faux » des Français de 1870, mais le Duden le fait venir d'un dialecte rhénan où il désignait la pourriture brune du bois, deux étymologies qu'aucune source ne départage. Sous le régime national-socialiste apparaît le Kaffee-Surrogat-Extrakt contrôlé par l'État
    • après 1945, Caro-Kaffee (1954), premier ersatz instantané, mêle orge, malt, chicorée et seigle. Aux États-Unis, Postum connaît sa plus grande popularité pendant le rationnement de la Seconde Guerre mondiale.
    Ukers 1922, ch. XXII, p. 289 ; de.wikipedia.org/wiki/Ersatzkaffee et de.wikipedia.org/wiki/Zichorienkaffee, consultés le 7 septembre 2026 ; en.wikipedia.org/wiki/Postum

    La République démocratique allemande offre le cas le mieux daté, et la chaîne des causes y est complète, du gel à la tasse.

    Le gel brésilien de 1976 fait bondir le coût des importations de café, d'environ 150 à 700 millions de marks-devises par an. Le café s'achète en monnaie étrangère, et c'est exactement ce dont le pays manque.

    Le 26 juillet 1977, le Politburo du SED décide le Kaffee-Mix : 51 % de café torréfié, le reste en pois, seigle, orge ou pulpe de betterave. Il est vendu 4 marks les 125 grammes, quand la variété bon marché Kosta, supprimée au passage, valait 7,50. Le buveur paie donc moins cher un produit à moitié café, et il n'a plus le choix.

    Le surnom vient tout de suite. Le peuple le baptise Erichs Krönung, d'après la marque Jacobs Krönung, ou Edescho, pour « Erichs Devisenschoner », l'économiseur de devises d'Erich Honecker.

    La défaite est technique avant d'être politique. La farine de pois gonfle sous la pression et la chaleur, et elle bouche les filtres des machines de café. La colère monte au point d'alerter la Stasi, et la production cesse après plus d'un an.

    La sortie de crise tient en deux gestes, tous deux destinés à faire entrer du café sans dépenser de devises. Dès septembre 1977, le régime lève les limites sur le café reçu en colis d'Allemagne de l'Ouest : ce sont les familles qui importent le café, et non plus l'État.

    Puis le pays se cherche une source qu'il paiera en marchandises. En 1980 et 1986, il signe avec le Vietnam des accords échangeant machines et centrale hydroélectrique contre la moitié de la récolte vietnamienne pendant vingt ans. C'est là l'origine de l'essor du canephora vietnamien.

    de.wikipedia.org/wiki/Kaffeekrise_in_der_DDR, consulté le 7 septembre 2026

    Dans cette planche

    1. 01Ce qui rend la fraude possibleLa seconde condition est l'écart de prix. Le café vaut cher, les pois, le seigle et la racine de chicorée ne valent presque rien et poussent dans n'importe quel champ d'Europe du Nord.
    2. 02La chicorée, de Brunswick au blocus continentalLe substitut est presque aussi vieux que le café :
    3. 03L'inventaire des substitutsLa liste de Walsh pour le café moulu se lit comme une commande de maraîcher.
    4. 04Teindre, polir, faire suer : la fraude sur le grain vertLe Rio brésilien de qualité médiocre n'a pas la couleur que l'acheteur attend.
    5. 05Les grains factices moulésAu sommet du genre, on ne substitue plus un café à un autre, on fabrique le grain.
    6. 06Le moulu : la formule des mille livresThurber consigne en 1881 une formule de mélange couramment vendu sous le nom de café aux États-Unis.
    7. 07Le glaçage et ses brevetsLe glaçage enrobe le café torréfié encore chaud d'une préparation qui fait pellicule en refroidissant : amidons, colles, mousse d'Irlande, gélatine, ichtyocolle.
    8. 08Les chimistes : Accum, Hassall, le microscope et le fourFriedrich Accum publie à Londres en 1820 un livre au titre sans détour : A Treatise on Adulterations of Food and Culinary Poisons.
    9. 09Les lois, pays par paysIl fallait bien qu'un pays légifère le premier, et c'est la Grande-Bretagne, sous la pression du Lancet.
    10. 10Le succédané devient une industrie : Postum et les « cereal-fakers »La loi américaine assainit l'étiquette, pas la réclame.
    11. 11Le goût fabriqué par l'habitudeLe livre de Marco avance une hypothèse et la tient pour ce qu'elle est.
    12. 12Les ersatz de guerre : 1914, 1939, 1977La République démocratique allemande offre le cas le mieux daté, et la chaîne des causes y est complète, du gel à la tasse.
    13. 13Le soluble et les mélanges d'aujourd'huiLe café soluble industriel date des années 1935-1938, et il pèse beaucoup plus lourd qu'on ne l'imagine en France.
    14. 14La fraude moderne : l'espèce, l'origine, la cuveQuand un grain se paie au nom, c'est le nom qu'on fabrique.
    15. 15Les cafés d'animaux, ou la rente sur le récitLe kopi luwak n'est pas seul : cinq animaux servent aujourd'hui le même argument de vente.
    16. 16Les outils de détection d'aujourd'huiLa chromatographie a remplacé le microscope.
    17. 17Aujourd'huiEn 2025-2026, la falsification a repris ses deux formes historiques, sous la pression du prix.
    18. 18Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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