PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche VIII · section 06 sur 19

    L'acidité, six acides et une confusion

    Photographie d'un gobelet à café de porcelaine et de sa soucoupe, fond crème et filets d'or, le gobelet portant un médaillon peint d'une scène de personnages à l'antique et la soucoupe une rosace centrale.
    Service à café à scènes antiques, Nymphenburg
    ProtocoleSCAA 2004Formation pro (France)
    Dose8,25 g / 150 mL (± 0,25)8,25 g / 150 mL (± 0,25)
    Bols53
    Eau125-175 ppm, 93 °C50-150 ppm, 93 °C (90-95)
    Torréfaction8-12 min, Agtron 58/63, repos 8-24 h8-12 min, Neuhaus 85-95 / 100-120, repos 8 h min.
    Infusion4 min, casse en 3 gestes, écumage4 min, casse en 3 gestes
    Saveur, arômes71 °C71 °C (8-10 min)
    Acidité, corps70-60 °C71-60 °C, 2-3 passages
    Douceur, uniformité, propretévers 37 °Cpar bol, sur 3
    Notation10 attributs, 6-10, défauts −2/−4 par bol9 critères sur 10, odeurs et arômes × 1,5
    SCAA, Cupping Protocols (2004, rév. 2015) ; document de formation professionnelle, guide de dégustation, p. 3-7

    L'acidité est la saveur qui sépare un café complexe d'un café plat, et celle que les torréfacteurs déguisent en « vivacité » pour ne pas effrayer. Les documents de formation professionnelle apprennent à reconnaître six acides. Le phosphorique, fraîcheur de bulle des cafés du Kenya (SL28). Le citrique, citron vert des lavés d'Éthiopie et d'Amérique centrale, dominant sur récolte fraîche. Le malique, pomme verte, plus rond, sur certains lavés du Burundi et de République dominicaine.

    Le lactique, onctueux, sur des natures brésiliens. L'acétique, vineux, signature des natures du Harrar, qu'on confond volontiers avec du corps. Le quinique, le seul indésirable, né de la dégradation des CGA, qui monte avec les cuissons foncées, le vieillissement, la tasse froide, et abonde chez le canephora. Le citrique et le malique viennent du fruit ; l'acétique et le lactique sont des produits de fermentation, ce qui explique qu'ils signent les natures et les fermentations longues ; le phosphorique est minéral.

    document de formation professionnelle, l'acidité dans le café, p. 2-3 ; Yeager, Batali, Guinard, Ristenpart, Critical Reviews in Food Science and Nutrition (2021), Acids in coffee: a review of sensory measurements and meta-analysis of chemical composition

    La mesure et la perception ne se recouvrent pas. Le pH d'un café filtre se situe autour de 5, celui d'un canephora un peu plus haut. Mais ce chiffre renseigne moins qu'il n'en a l'air.

    Le pH ne mesure qu'une chose, les protons libres, c'est-à-dire l'acidité déjà dissociée dans le liquide. L'acidité perçue en dépend, mais elle dépend aussi de l'acidité titrable, qui compte en plus la réserve d'acide encore liée. Elle dépend encore du sucré, qui la masque, et de l'amertume, qui la durcit. Quatre paramètres pour une seule sensation.

    La torréfaction brouille la piste un peu plus. Elle abaisse fortement les CGA et l'acide citrique. Elle fait monter le quinique et l'acétique. Elle déplace aussi les isomères de CGA, de sorte que le profil acide de sortie n'est plus celui du grain vert.

    La température ajoute son effet. Un même café goûté à 70 puis à 40 °C ne présente pas la même acidité. C'est pour cette raison que tous les protocoles imposent de repasser sur les bols en refroidissant : goûter une seule fois, c'est ne voir qu'un instant du café.

    Reste la question qui déciderait de tout. Peut-on prédire l'acidité perçue à partir d'un dosage ? La revue de Yeager et ses coauteurs (UC Davis, 2021) compile les mesures publiées et répond non. Elle ne trouve aucune relation stable entre la teneur en tel ou tel acide et l'acidité qu'un jury déclare.

    Yeager et al. 2021 ; Yang et al. 2026, p. 7 ; document de formation professionnelle, guide de dégustation, p. 6

    Dans cette planche

    1. 01Ce que le grain vert contientUn grain vert ne sent presque rien et ne contient aucun des arômes du café torréfié.
    2. 02Ce que la chaleur en faitDeux familles de réactions gouvernent la torréfaction, et ce sont celles de la croûte de pain et du caramel.
    3. 03Cinq saveurs, et le toucherLa langue distingue cinq saveurs, pas quatre : le sucré, le salé, l'acide, l'amer, et l'umami.
    4. 04Le nez, deux foisPresque tout ce qu'on croit goûter, on le sent.
    5. 05Nommer : du vocabulaire de négoce à la roueLe vocabulaire moderne naît avec Ted Lingle, directeur exécutif de la Specialty Coffee Association of America.
    6. 06L'acidité, six acides et une confusionL'acidité est la saveur qui sépare un café complexe d'un café plat, et celle que les torréfacteurs déguisent en « vivacité » pour ne pas effrayer.
    7. 07Combien d'acide citrique dans un café ? Six réponsesPuisqu'on vient de nommer six acides, une question simple : combien y en a-t-il ? Six sources publiées répondent, et la comparaison est instructive pour qui veut lire de la littérature scien…
    8. 08Le cupping, d'où vient le gesteJusqu'à la fin du XIXe siècle, presque tous les cafés achetés et vendus aux États-Unis étaient jugés sur l'apparence du grain vert ou torréfié.
    9. 09Le protocoleLe protocole que la SCAA publie en 2004 fixe des chiffres que le monde entier adopte.
    10. 10La grille de 2004 et ce que valent 80 pointsLa grille de la SCAA, approuvée par son comité des standards techniques en 2003 et publiée en 2004 avec le protocole, note dix attributs sur une échelle de 6 à 10 par quarts de point : fragrance/arôme, saveur, arrière-goût, acidité, corps, équilibre, uniformité, propreté de tasse, douceur et impression générale.
    11. 11Cinq formulaires, cinq philosophiesIl n'existe pas une grille de notation mais plusieurs, et la seule façon de s'y retrouver est de se demander, pour chacune, à quelle question elle répond.
    12. 12Quand la chimie discrimine, et ce qu'elle discrimine vraimentOn aimerait qu'une analyse chimique puisse dire à la place du dégustateur si un café est bon.
    13. 13Le Q GraderLe Coffee Quality Institute, organisme à but non lucratif créé par la SCAA, lance en 2004 le programme Q Grader.
    14. 14Les défauts de tasse et leur causeLe défaut le mieux élucidé est le rio, ce goût médicinal, phénolique ou iodé.
    15. 15Ce que chaque maillon changeLa synthèse de 2026 permet de dire, maillon par maillon, ce qui est établi.
    16. 16L'extraction : Lockhart, 18 à 22 %, et ce qu'on en a faitCe qui arrive dans la tasse dépend de deux nombres qu'il ne faut pas confondre.
    17. 17Les instruments : ce que chacun mesure, et ce qu'il rateLe réfractomètre part d'un principe optique simple : la lumière est déviée quand elle traverse un liquide, et l'angle de cette déviation dépend de ce qu'il y a dedans.
    18. 18Aujourd'huiLa grille de 2004 n'est plus le standard. La SCA a d'abord interrogé 1 600 dégustateurs dans le monde.
    19. 19Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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