PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche VIII · section 15 sur 19

    Ce que chaque maillon change

    Photographie prise dans une vitrine de musée montrant des gobelets à café de porcelaine de Pinxton avec leurs soucoupes, décorés de bandeaux rouges, verts et dorés, accompagnés de leurs cartels imprimés.
    Gobelets à café de la porcelaine de PinxtonDerby Museum and Art Gallery ; photographie Roger · CC BY-SA 2.0

    La synthèse de 2026 permet de dire, maillon par maillon, ce qui est établi. L'origine d'abord : sur 176 arabicas analysés en métabolomique, c'est l'origine géographique qui structure le plus les profils, devant le traitement, l'altitude et la variété. Le même article rapporte pourtant, quelques pages plus haut, que le post-récolte compterait pour environ 60 % du profil en tasse ; les deux chiffres ne sont pas réconciliés, et la lecture la plus défendable est qu'ils ne mesurent pas la même chose, l'un la variance entre trois traitements d'un même lot, l'autre la variance entre cafés du monde entier.

    Un traitement déplace un café ; l'origine décide d'où il part. La variété fixe le stock : plus de caféine et de CGA et moins de sucre chez le canephora, donc plus d'amertume et moins de matière à caraméliser ; et l'introgression de canephora dans les arabicas résistants s'accompagne d'une « pénalité qualité » mesurable dans le génome, seul endroit de la chaîne où une perte de tasse se rattache à un morceau d'ADN identifiable. Une même variété n'a pas la même tasse partout : un Geisha déçoit parfois, un Caturra à 1 400 m surprend.

    Yang et al. 2026, p. 3, 12-13 ; LC ch. 17

    L'altitude est un indice réel et un prédicteur insuffisant. Des cafés de 1 950 à 2 100 m l'emportent sur des cafés de 1 600 à 1 680 m en apparence, en arôme et en qualité globale, parce que chaque tranche de 100 m au-dessus de 900 m ajoute une dizaine de jours à la maturation ; mais la caféine et les CGA baissent avec l'altitude en Éthiopie et montent au Costa Rica, selon le cultivar, le climat local et l'orientation de la pente ; et au-delà de 2 000 m le stress froid déclenche une peroxydation des lipides qui fragilise le grain au stockage.

    Le paramètre réel est la température : la chaleur accélère la maturation et appauvrit les précurseurs, fait monter le butane-2,3-diol et le butane-1,3-diol avec les notes terreuses et vertes, quand le froid favorise l'éthanol, l'acétone, l'acidité et le fruit. L'ombrage est une correction thermique, pas une vertu : 30 à 50 % améliorent la tasse en zone chaude et basse, plus de 60 % font chuter floraison, rendement et CGA, et en altitude fraîche (Oporapa, Colombie) l'ombre dégrade parfum, acidité, corps et préférence.

    L'engrais se goûte : les formes ammoniacales de l'azote inhibent des enzymes du goût, le chlorure de potassium dégrade la tasse par accumulation de chlorure quand le sulfate et le nitrate sont neutres.

    Yang et al. 2026, p. 7-12 ; LC ch. 17

    Le traitement fait trois chimies, pas trois degrés d'une échelle. La voie sèche laisse plus d'analogues de CGA, donc plus d'amertume et d'astringence après cuisson, à côté du fruit qu'on lui vend ; la voie lavée donne plus de caféine, plus d'amertume et plus de corps, à rebours de la réputation de légèreté ; le honey produit des phénolamides qui lui sont propres, dont le N-caféoyltryptophane.

    La fermentation, opération de nettoyage pendant un siècle et demi, refaçonne le stock de précurseurs par les enzymes des levures et des bactéries lactiques, cellulases, pectinases, amylases, protéases, lipases ; la pectinase ramène une fermentation de 36-72 heures à 24 heures ; et les auteurs la qualifient de « boîte noire », faute de savoir comment température, pH et oxygène dirigent la succession microbienne. La torréfaction, enfin, n'est traitée dans aucune revue de la chaîne : la science publiée du goût s'arrête au grain vert, là où le métier de torréfacteur commence.

    L'eau, qui décide de l'extraction des acides et du rendu de l'acidité par sa dureté et son alcalinité, a sa planche (l'eau), et la mouture, qui règle la surface offerte et l'uniformité de l'extraction, celle des préparations.

    Yang et al. 2026, p. 12-14 ; LC ch. 16b et 17

    Dans cette planche

    1. 01Ce que le grain vert contientUn grain vert ne sent presque rien et ne contient aucun des arômes du café torréfié.
    2. 02Ce que la chaleur en faitDeux familles de réactions gouvernent la torréfaction, et ce sont celles de la croûte de pain et du caramel.
    3. 03Cinq saveurs, et le toucherLa langue distingue cinq saveurs, pas quatre : le sucré, le salé, l'acide, l'amer, et l'umami.
    4. 04Le nez, deux foisPresque tout ce qu'on croit goûter, on le sent.
    5. 05Nommer : du vocabulaire de négoce à la roueLe vocabulaire moderne naît avec Ted Lingle, directeur exécutif de la Specialty Coffee Association of America.
    6. 06L'acidité, six acides et une confusionL'acidité est la saveur qui sépare un café complexe d'un café plat, et celle que les torréfacteurs déguisent en « vivacité » pour ne pas effrayer.
    7. 07Combien d'acide citrique dans un café ? Six réponsesPuisqu'on vient de nommer six acides, une question simple : combien y en a-t-il ? Six sources publiées répondent, et la comparaison est instructive pour qui veut lire de la littérature scien…
    8. 08Le cupping, d'où vient le gesteJusqu'à la fin du XIXe siècle, presque tous les cafés achetés et vendus aux États-Unis étaient jugés sur l'apparence du grain vert ou torréfié.
    9. 09Le protocoleLe protocole que la SCAA publie en 2004 fixe des chiffres que le monde entier adopte.
    10. 10La grille de 2004 et ce que valent 80 pointsLa grille de la SCAA, approuvée par son comité des standards techniques en 2003 et publiée en 2004 avec le protocole, note dix attributs sur une échelle de 6 à 10 par quarts de point : fragrance/arôme, saveur, arrière-goût, acidité, corps, équilibre, uniformité, propreté de tasse, douceur et impression générale.
    11. 11Cinq formulaires, cinq philosophiesIl n'existe pas une grille de notation mais plusieurs, et la seule façon de s'y retrouver est de se demander, pour chacune, à quelle question elle répond.
    12. 12Quand la chimie discrimine, et ce qu'elle discrimine vraimentOn aimerait qu'une analyse chimique puisse dire à la place du dégustateur si un café est bon.
    13. 13Le Q GraderLe Coffee Quality Institute, organisme à but non lucratif créé par la SCAA, lance en 2004 le programme Q Grader.
    14. 14Les défauts de tasse et leur causeLe défaut le mieux élucidé est le rio, ce goût médicinal, phénolique ou iodé.
    15. 15Ce que chaque maillon changeLa synthèse de 2026 permet de dire, maillon par maillon, ce qui est établi.
    16. 16L'extraction : Lockhart, 18 à 22 %, et ce qu'on en a faitCe qui arrive dans la tasse dépend de deux nombres qu'il ne faut pas confondre.
    17. 17Les instruments : ce que chacun mesure, et ce qu'il rateLe réfractomètre part d'un principe optique simple : la lumière est déviée quand elle traverse un liquide, et l'angle de cette déviation dépend de ce qu'il y a dedans.
    18. 18Aujourd'huiLa grille de 2004 n'est plus le standard. La SCA a d'abord interrogé 1 600 dégustateurs dans le monde.
    19. 19Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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