Ce que le grain vert contient

Un grain vert ne sent presque rien et ne contient aucun des arômes du café torréfié. Il contient leurs précurseurs, un stock de matières premières que la chaleur transformera. Le saccharose d'abord, de 7,3 à 11,4 % du poids sec chez l'arabica ; il ne se retrouve pas dans la tasse, il est le carburant des réactions de torréfaction. Les acides chlorogéniques (CGA) ensuite, des polyphénols dont le 5-caféoylquinique domine : 13,6 mg par fruit chez l'arabica, 16,9 mg chez le canephora, qui en compense l'écart en accumulant moins de sucre.
Les lipides, de 7 à 17 % du poids sec, dont environ un cinquième de diterpènes (cafestol, kahwéol) ; l'écart de teneur entre les deux espèces dépasse 30 %. La caféine enfin, 0,9 à 1,5 % chez l'arabica selon la fourchette large de la littérature (0,85 à 1,15 % dans le jeu d'échantillons de la synthèse de 2026), environ le double chez le canephora, fabriquée par trois méthyltransférases (XMT, MXMT, DXMT) dont le canephora possède trois copies très exprimées et l'arabica six moins exprimées.
Yang et al., Agriculture (2026), p. 3-5 ; LC ch. 16b et 17Le vert ne s'arrête pas là. S'y ajoutent la trigonelline, un alcaloïde qui pèse à peu près autant que la caféine, environ 1 % du poids sec. Puis des protéines et des acides aminés libres. Puis des polysaccharides, arabinogalactanes et galactomannanes. Puis des acides organiques déjà présents dans le fruit : citrique, malique, phosphorique.
Chacun a un emploi dans la suite, et c'est à cela qu'on les reconnaît. Les acides aminés fournissent l'azote sans lequel la réaction de Maillard ne peut pas s'amorcer, puisque cette réaction est par définition la rencontre d'un sucre et d'un composé azoté. Les polysaccharides, eux, feront la trame des mélanoïdines, ces grosses molécules brunes qui colorent la tasse. La trigonelline, elle, est surtout promise à la destruction par la chaleur.
Cette liste se lit comme un plafond, pas comme un inventaire. Tout ce qui sortira de la tasse est déjà présent ici, à l'état de matière première. La ferme, le climat, la variété et la fermentation constituent ce stock ; la torréfaction ne fait que le consommer. Un torréfacteur ne peut donc pas ajouter ce que le grain n'a pas.
La synthèse de 2026 pose d'ailleurs la même frontière. Elle traite explicitement la torréfaction comme l'étape qui consomme les précurseurs accumulés en amont, et s'arrête là.
Yang et al. 2026, p. 12 ; Moreira et al., Food & Function 3 (2012), sur les mélanoïdines ; Royal Society of Chemistry, Coffee: Production, Quality and Chemistry (2019), ch. Trigonelline and Derivatives ; LC ch. 16bDans cette planche
- 01Ce que le grain vert contientUn grain vert ne sent presque rien et ne contient aucun des arômes du café torréfié.
- 02Ce que la chaleur en faitDeux familles de réactions gouvernent la torréfaction, et ce sont celles de la croûte de pain et du caramel.
- 03Cinq saveurs, et le toucherLa langue distingue cinq saveurs, pas quatre : le sucré, le salé, l'acide, l'amer, et l'umami.
- 04Le nez, deux foisPresque tout ce qu'on croit goûter, on le sent.
- 05Nommer : du vocabulaire de négoce à la roueLe vocabulaire moderne naît avec Ted Lingle, directeur exécutif de la Specialty Coffee Association of America.
- 06L'acidité, six acides et une confusionL'acidité est la saveur qui sépare un café complexe d'un café plat, et celle que les torréfacteurs déguisent en « vivacité » pour ne pas effrayer.
- 07Combien d'acide citrique dans un café ? Six réponsesPuisqu'on vient de nommer six acides, une question simple : combien y en a-t-il ? Six sources publiées répondent, et la comparaison est instructive pour qui veut lire de la littérature scien…
- 08Le cupping, d'où vient le gesteJusqu'à la fin du XIXe siècle, presque tous les cafés achetés et vendus aux États-Unis étaient jugés sur l'apparence du grain vert ou torréfié.
- 09Le protocoleLe protocole que la SCAA publie en 2004 fixe des chiffres que le monde entier adopte.
- 10La grille de 2004 et ce que valent 80 pointsLa grille de la SCAA, approuvée par son comité des standards techniques en 2003 et publiée en 2004 avec le protocole, note dix attributs sur une échelle de 6 à 10 par quarts de point : fragrance/arôme, saveur, arrière-goût, acidité, corps, équilibre, uniformité, propreté de tasse, douceur et impression générale.
- 11Cinq formulaires, cinq philosophiesIl n'existe pas une grille de notation mais plusieurs, et la seule façon de s'y retrouver est de se demander, pour chacune, à quelle question elle répond.
- 12Quand la chimie discrimine, et ce qu'elle discrimine vraimentOn aimerait qu'une analyse chimique puisse dire à la place du dégustateur si un café est bon.
- 13Le Q GraderLe Coffee Quality Institute, organisme à but non lucratif créé par la SCAA, lance en 2004 le programme Q Grader.
- 14Les défauts de tasse et leur causeLe défaut le mieux élucidé est le rio, ce goût médicinal, phénolique ou iodé.
- 15Ce que chaque maillon changeLa synthèse de 2026 permet de dire, maillon par maillon, ce qui est établi.
- 16L'extraction : Lockhart, 18 à 22 %, et ce qu'on en a faitCe qui arrive dans la tasse dépend de deux nombres qu'il ne faut pas confondre.
- 17Les instruments : ce que chacun mesure, et ce qu'il rateLe réfractomètre part d'un principe optique simple : la lumière est déviée quand elle traverse un liquide, et l'angle de cette déviation dépend de ce qu'il y a dedans.
- 18Aujourd'huiLa grille de 2004 n'est plus le standard. La SCA a d'abord interrogé 1 600 dégustateurs dans le monde.
- 19Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.