PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche XIII · section 13 sur 16

    L'empreinte carbone d'une tasse

    En bas de page, six rectangles numérotés montrent à plat le relief des chemises de cuivre dont on habille le cylindre d'une dépulpeuse : bossages ovales plus ou moins serrés, plus ou moins hauts. La légende attribue chaque modèle à une espèce ou à un calibre, l'arabica ordinaire, le liberica, le robusta, le maragogype. Le même fruit n'ayant pas la même taille selon l'espèce, la peau ne s'arrache pas avec le même grain.
    Six types de chemises de cuivre pour cylindres de dépulpeuses, page de All About Coffee

    Chronologie

    Mark Maslin et Carmen Nab (University College London) chiffrent l'empreinte du café au kilo de vert. Un arabica conventionnel du Brésil ou du Vietnam, consommé au Royaume-Uni, pèse 15,33 kg d'équivalent CO2 par kilo de café vert.

    Le même kilo produit en conditions dites durables tombe à 3,51 kg, soit une réduction possible de 77 %. Ces conditions ont un contenu précis : agroforesterie, engrais réduits, fret maritime, séchage solaire. Ce n'est donc pas une étiquette, c'est une liste de pratiques.

    Ramené à la tasse, sur la base de 18 g de café vert, l'écart se lit mieux. Un espresso conventionnel pèse environ 0,28 kg de CO2e, un espresso durable 0,06 kg.

    Le lait change l'ordre de grandeur. Le latte passe à 0,55 kg (0,33 en durable), le cappuccino à 0,41 (0,20), le flat white à 0,34 (0,13). Quand il y en a, le lait pèse plus que le café lui-même.

    Dans le café seul, la culture domine, et d'abord les engrais azotés, devant le transport et la torréfaction. Rapporté à 9,5 milliards de kilos produits par an, et à une production que ces auteurs voient tripler d'ici 2050, l'enjeu est agricole avant d'être domestique : ce qui se joue au comptoir pèse moins que ce qui se joue au champ.

    Maslin & Nab (UCL), The Conversation, 04/01/2021

    Ce qui relie l'empreinte carbone au reste de cette planche est le tas derrière le moulin. Une même pulpe y donne trois résultats opposés, selon ce qu'on en fait.

    Laissée fermenter à l'air libre, elle émet du méthane, gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO2 sur vingt ans. Le tas n'est pas neutre : il chauffe.

    Méthanisée en digesteur, la même pulpe fournit un combustible qui remplace le bois ou le gaz du séchage. Le méthane part alors dans le brûleur au lieu de partir dans l'air.

    Compostée, elle rend à la parcelle un azote qui n'aura pas à être acheté sous forme d'engrais de synthèse. Or ces engrais sont le principal poste des émissions à la ferme.

    La valorisation des sous-produits n'est donc pas un chapitre à part de l'empreinte du café. C'est l'un de ses leviers principaux, et l'un des rares qui rapportent quelque chose au producteur.

    ICO 2024, p. 15-16, 57-59 ; Maslin & Nab 2021 ; raisonnement LC ch. 20

    Dans cette planche

    1. 01Le bilan de masse, de la cerise au grain buUne cerise mûre pèse 1,5 à 2 g. Selon le ratio donné par René Coste et toujours en usage, il faut 5 à 7 kg de cerises d'arabica pour un kilo de café marchand, 5 kg pour le canephora et 12 kg…
    2. 02Trois siècles à boire l'enveloppe : qishr, kisher et café de la SultaneLa partie de la cerise que l'Occident a jetée pendant un siècle et demi, la région qui a fait du café une boisson n'a jamais cessé de la boire.
    3. 031922 : la pulpe comme engrais, alcool et combustibleLe chapitre de chimie de Ukers montre que la valorisation de la pulpe n'a rien de neuf.
    4. 04La pulpe : composition, toxicité et ce qu'on peut lui faireCe qui reste, en grammes, de mille grammes de cerises cueillies, à chaque étape de la chaîne.
    5. 05La cascara, du déchet au « novel food »Le mot espagnol cáscara désigne l'écorce ou l'enveloppe.
    6. 06Le mucilage et les eaux de lavageSous la pulpe, le mucilage : environ 22 kg pour 100 kg de cerises, une couche de pectines et de sucres que la voie lavée dissout par fermentation puis rince à grande eau, que la voie sèche conserve et que les procédés honey gardent en partie (voir le traitement).
    7. 07Traiter l'eau : lagunage, zones humides, biodigesteurs, BECOLSUBQuatre familles de réponses existent, de la plus rustique à la plus radicale.
    8. 08Parche et coques : combustible, biochar, papier, gobeletSous le mucilage, l'endocarpe, l'enveloppe dure couleur paille qui donne son nom au café parche ; 35 à 39 % du poids de la cerise séchée, retirée au déparchage juste avant l'export.
    9. 09La pellicule argentée : le plus petit poste, le plus industrialiséSous la parche, collée à la graine, se trouve le tégument séminal, plus fin qu'une pelure d'oignon.
    10. 10Le marc : composition, phytotoxicité, usages domestiquesLe marc n'appartient plus à la cerise mais à cette histoire.
    11. 11Le marc dans les villes : biocarburant, bûches, cosmétique, charbon actifL'histoire de Bio-bean résume la difficulté.
    12. 12Les capsulesLa capsule ajoute un déchet que la cerise n'avait pas prévu :
    13. 13L'empreinte carbone d'une tasseMark Maslin et Carmen Nab (University College London) chiffrent l'empreinte du café au kilo de vert.
    14. 14Du linéaire au cercle : ce qui bloque et ce qui marcheSi tout cela est connu, chiffré, testé et parfois commercialisé, pourquoi 86 % du poids de la récolte mondiale part-il encore en tas ? D'abord la structure : la pulpe sort humide, en volume,…
    15. 15Aujourd'hui (2023-2026)Le gisement grossit, et il faut plusieurs chiffres pour le cerner, parce qu'aucun ne recouvre exactement le même périmètre.
    16. 16Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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