Le séchage, un plancher et un plafond

| Voie lavée, Yunnan 2019 | Valeur |
|---|---|
| Fermentation, dépulpé | 36-48 h, prolongée 84 h |
| Fermentation, démucilaginé | 12 h, prolongée 72 h |
| Température de masse | 15 °C → 11-13 °C |
| pH | 6,0-6,5 → 4,0 |
| Trempage | 24 h |
| Séchage | sous 12 % d'humidité |
Des essais brésiliens comparent un séchage solaire, huit à dix jours pour arriver autour de 11 % d'humidité, et un séchage mécanique qui fait le même travail en 24 heures. La condition est de tenir la température de la masse sous 40 °C.
Le dispositif est entièrement pensé pour que l'air atteigne tout le café, et pas seulement le dessus du tas : colonnes de sept centimètres alternées avec des vides, flux d'air inversé toutes les dix minutes, phase statique jusqu'à environ 30 % d'humidité puis phase dynamique.
La grandeur qui compte n'est pas le taux d'humidité mais l'activité de l'eau. C'est la part de l'eau qui reste réellement disponible pour un micro-organisme, notée de 0 à 1. Un grain peut contenir de l'eau sans qu'elle soit utilisable, et c'est cette eau-là que les moisissures vont chercher. Tous les traitements testés descendent sous 0,6, et sous 0,5 la croissance microbienne est empêchée.
Le reste des mesures découle de là. Le séchage mécanique réduit de 38 à 44 % les champignons filamenteux. L'ochratoxine A reste partout sous 2,5 µg/kg. Les lots mécaniques notent 80 à 81 points contre moins de 80 en solaire, avec des phénols totaux de 3,24 contre 2,20 g d'équivalent acide gallique pour 100 g. La première fonction d'un séchage réussi est sanitaire, et la note en tasse suit.
Abreu, Lorenço, Machado, Silva, de Azevedo et Carvalho, Foods 14(9):1463 (2025), niveau solideCibles : l'ICO donne 8 à 12,5 % d'humidité, la pratique commerciale vise 10 à 12 %, et le stockage demande une activité de l'eau sous 0,65. Sur parche, la température maximale est de 40 °C, 42 tolérés par certains. Au-delà, l'embryon est endommagé et la parche fendue.
La borne basse, elle, s'oublie toujours. Sous 10 % d'humidité, à activité de l'eau proche de 0,4, le café n'est pas mieux protégé : il est plat et éventé. Trop sec n'est donc pas plus sûr, c'est seulement moins bon.
Deux accidents symétriques encadrent la fenêtre. Sécher trop vite produit le case hardening : la surface se referme, le cœur reste humide, l'eau ne sort plus. La facture arrive plus tard, en fentes au décorticage ou à la torréfaction. Sécher trop lentement en humidité élevée produit l'accident inverse, moisissures, poches acides et stinkers.
ICO ; Yang et al. 2026, p. 15-16 ; Abreu et al. 2025 ; LC ch. 17bDans cette planche
- 01À quoi sert un processLe café est une drupe, c'est-à-dire un fruit à noyau, de dix à quinze millimètres.
- 02Trois siècles de gestes
- 03La voie lavée, mesurée une foisOn dépulpe la cerise le jour de la récolte entre un tambour et une contre-pièce réglés pour arracher peau et chair sans écraser la graine.
- 04Savoir quand c'est fini : le FermaestroCenicafé, le centre de recherche du café colombien, a mis au point un cône tronqué percé qu'on remplit de café en fermentation et qu'on plonge dans la cuve : tant que le mucilage enrobe les …
- 05Le démucilaginage mécaniqueLe principe remplace la fermentation par la friction : le café en parche passe dans une machine qui arrache le mucilage par abrasion, avec très peu d'eau.
- 06Le Kenya et le trempageDépulpage, fermentation de 24 à 72 heures, lavage, puis un trempage supplémentaire de 12 à 24 heures en eau propre : on parle de double fermentation, ce qui est abusif, la seconde phase étant surtout un trempage.
- 07La voie sèche, la plus ancienne et la plus difficileOn ne dépulpe pas : on étale la cerise entière et on la sèche avec sa peau, sa chair et son sucre jusqu'à ce que l'ensemble devienne une coque cassante qu'on décortiquera plus tard.
- 08Honey : les couleurs ne sont normées nulle partOn dépulpe comme pour un lavé, mais on ne fait pas fermenter en cuve et on ne lave pas : on sèche directement avec tout ou partie du mucilage, dont le sucre brunit lentement, d'où le nom de miel.
- 09Wet hulled, giling basahEn Indonésie, on dépulpe, on fait fermenter brièvement, on sèche partiellement en parche, puis on décortique alors que le café est encore franchement humide, ce qu'aucun autre pays ne fait ; le grain nu, mou, gonflé, finit de sécher à l'air libre.
- 10Le moussonné, un accident devenu exigenceSur la côte de Malabar, on prend du café déjà sec, trié en grades A ou AA, et on l'étale en couches de dix à quinze centimètres.
- 11Le séchage, un plancher et un plafondDes essais brésiliens comparent un séchage solaire, huit à dix jours pour arriver autour de 11 % d'humidité, et un séchage mécanique qui fait le même travail en 24 heures.
- 12Anaérobie et SIAF : personne ne chasse l'airUne cuve fermée, polyéthylène ou inox, avec un barboteur ou une valve unidirectionnelle : le gaz carbonique sort, l'air n'entre pas.
- 13La macération carboniqueEmpruntée à la vinification du Beaujolais, portée au café par Saša Šestić avec un lot colombien au championnat du monde de barista 2015, qu'il a remporté.
- 14La micro-oxygénation, MOXL'auteur de ce site est l'un des concepteurs de ce procédé, ce qui doit être dit avant de le décrire.
- 15Choisir ses micro-organismes : levures sélectionnéesAu lieu de piloter les conditions et de laisser venir la flore du lieu, on introduit une souche sélectionnée en quantité suffisante pour qu'elle supplante la flore indigène et impose sa cinétique, comme un boulanger ou un brasseur.
- 16Choc thermique et bioréacteursDeux fermes colombiennes ont poussé le pilotage plus loin que quiconque.
- 17Co-fermentation et infusion : ce qui entre dans le grainUn inventaire publié début 2023 recense ce qu'on met dans les cuves : fruits, pomme, raisin, fraise, orange, baies locales ; acides organiques ou minéraux, citrique, malique, tartrique et jusqu'au phosphorique ; houblon ; épices, gingembre, chili aji, cannelle ; et mosto, jus ou pulpe de café recyclée.
- 18Lactique, koji et les autres pistesLa fermentation lactique n'est pas une catégorie : c'est un sous-cas de l'anaérobie où l'on favorise délibérément les bactéries lactiques, Leuconostoc mesenteroides et Lactiplantibacillus plantarum, au détriment des levures et des bactéries acétiques, par une cuve scellée, des durées longues au-delà de 80 heures, des températures abaissées pour freiner les champignons, éventuellement une inoculation ou une saumure à 2-3 %.
- 19D'où viennent les micro-organismes de la cuveToute cette planche décrit ce qu'on fait fermenter et comment.
- 20Rétablir les proportionsTout ce qui précède à partir des cuves fermées concerne une fraction infime du café produit : des microlots de quelques sacs, vendus à des torréfacteurs de spécialité, présentés en concours.
- 21Aujourd'huiEn 2025-2026, le vocabulaire des process est le plus sophistiqué de toute l'histoire du café : anaérobie, macération carbonique, choc thermique, co-fermentation, micro-oxygénation.
- 22Planches d’archivesGravures et photographies de l’ouvrage de William Ukers, All About Coffee (1922), tombé dans le domaine public.
- 23Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.