PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche IX · section 01 sur 23

    À quoi sert un process

    La culture et la préparation des cafés doux
    La culture et la préparation des cafés doux
    Vue éclatée d'une cerise de café en six couches, de la peau rouge aux deux grains verts
    Vue éclatée Les six couches que les process séparent, de la peau au grain vert : exocarpe, pulpe, mucilage, parche, pellicule argentée, grain. Chaque procédé décide où l'on coupe et combien on garde : le lavé retire tout jusqu'à la parche, le nature garde tout et fait sécher le fruit entier, le honey garde le mucilage. Composition numérique de Marco De Sousa Rosa, 2026 · © PXL Roasters
    Coupe légendée d'une cerise de café
    La coupe de la cerise : peau, pulpe, couche de pectine, parchemin, tégument et grain.Y tambe · CC BY-SA 3.0

    Le café est une drupe, c'est-à-dire un fruit à noyau, de dix à quinze millimètres. Quatre couches emboîtées : une peau, une chair sucrée, une enveloppe dure couleur paille, la parche, et au centre deux graines. Ce sont ces deux graines qu'on boira. Tout le reste doit partir.

    Récoltée mûre, la cerise est gorgée d'eau et de sucre, sous un climat chaud. Autrement dit, c'est un milieu de culture idéal, et elle pourrit en un ou deux jours. Le producteur n'a donc pas d'abord un problème de goût, il a un problème de conservation : transformer une matière vivante et périssable en une graine sèche et stable. Cette graine devra attendre des mois en entrepôt, puis traverser un océan. Un process, c'est la réponse à cette contrainte.

    La disproportion entre ce qu'on récolte et ce qu'on vend est considérable. Coste chiffrait en 1955 le rapport entre cerises récoltées et café marchand entre cinq et sept pour un chez l'arabica. L'Organisation internationale du café descend plus bas encore : la cerise ne livre que 1 à 5 % de sa masse dans le café effectivement bu.

    Sur la voie lavée, environ 80 % de la masse part en sous-produits dès la transformation, le mucilage seul comptant pour quelque 22 kilos par 100 kilos de cerises. Traiter le café, c'est donc aussi, et d'abord en tonnage, produire des déchets (voir ce qu'on jette).

    Coste, Les caféiers et les cafés dans le monde (1955) ; ICO, rapport sur les sous-produits ; LC ch. 17b

    Le choix de la méthode n'a presque jamais été esthétique. Il a été dicté par ce qu'on avait sous la main : de l'eau courante ou pas, un climat sec à la récolte ou une saison des pluies, de la place pour étendre, et surtout de la trésorerie. L'Éthiopie et le Yémen ont séché le fruit entier parce qu'ils avaient du soleil, de l'air sec et pas d'eau à gaspiller ; l'Amérique centrale a lavé parce qu'elle avait des rivières, des dénivelés et un marché d'exportation qui exigeait de la régularité ; l'Indonésie a inventé un procédé qui n'existe nulle part ailleurs parce qu'il y pleut presque toute l'année ; le Brésil a industrialisé une voie intermédiaire quand il a eu les machines. Le goût est arrivé après : un effet secondaire qu'on a subi, puis nommé, puis revendiqué, et enfin piloté.

    LC ch. 17b ; Coste 1955 ; Thurber, Coffee from Plantation to Cup (1881)

    Dans cette planche

    1. 01À quoi sert un processLe café est une drupe, c'est-à-dire un fruit à noyau, de dix à quinze millimètres.
    2. 02Trois siècles de gestes
    3. 03La voie lavée, mesurée une foisOn dépulpe la cerise le jour de la récolte entre un tambour et une contre-pièce réglés pour arracher peau et chair sans écraser la graine.
    4. 04Savoir quand c'est fini : le FermaestroCenicafé, le centre de recherche du café colombien, a mis au point un cône tronqué percé qu'on remplit de café en fermentation et qu'on plonge dans la cuve : tant que le mucilage enrobe les …
    5. 05Le démucilaginage mécaniqueLe principe remplace la fermentation par la friction : le café en parche passe dans une machine qui arrache le mucilage par abrasion, avec très peu d'eau.
    6. 06Le Kenya et le trempageDépulpage, fermentation de 24 à 72 heures, lavage, puis un trempage supplémentaire de 12 à 24 heures en eau propre : on parle de double fermentation, ce qui est abusif, la seconde phase étant surtout un trempage.
    7. 07La voie sèche, la plus ancienne et la plus difficileOn ne dépulpe pas : on étale la cerise entière et on la sèche avec sa peau, sa chair et son sucre jusqu'à ce que l'ensemble devienne une coque cassante qu'on décortiquera plus tard.
    8. 08Honey : les couleurs ne sont normées nulle partOn dépulpe comme pour un lavé, mais on ne fait pas fermenter en cuve et on ne lave pas : on sèche directement avec tout ou partie du mucilage, dont le sucre brunit lentement, d'où le nom de miel.
    9. 09Wet hulled, giling basahEn Indonésie, on dépulpe, on fait fermenter brièvement, on sèche partiellement en parche, puis on décortique alors que le café est encore franchement humide, ce qu'aucun autre pays ne fait ; le grain nu, mou, gonflé, finit de sécher à l'air libre.
    10. 10Le moussonné, un accident devenu exigenceSur la côte de Malabar, on prend du café déjà sec, trié en grades A ou AA, et on l'étale en couches de dix à quinze centimètres.
    11. 11Le séchage, un plancher et un plafondDes essais brésiliens comparent un séchage solaire, huit à dix jours pour arriver autour de 11 % d'humidité, et un séchage mécanique qui fait le même travail en 24 heures.
    12. 12Anaérobie et SIAF : personne ne chasse l'airUne cuve fermée, polyéthylène ou inox, avec un barboteur ou une valve unidirectionnelle : le gaz carbonique sort, l'air n'entre pas.
    13. 13La macération carboniqueEmpruntée à la vinification du Beaujolais, portée au café par Saša Šestić avec un lot colombien au championnat du monde de barista 2015, qu'il a remporté.
    14. 14La micro-oxygénation, MOXL'auteur de ce site est l'un des concepteurs de ce procédé, ce qui doit être dit avant de le décrire.
    15. 15Choisir ses micro-organismes : levures sélectionnéesAu lieu de piloter les conditions et de laisser venir la flore du lieu, on introduit une souche sélectionnée en quantité suffisante pour qu'elle supplante la flore indigène et impose sa cinétique, comme un boulanger ou un brasseur.
    16. 16Choc thermique et bioréacteursDeux fermes colombiennes ont poussé le pilotage plus loin que quiconque.
    17. 17Co-fermentation et infusion : ce qui entre dans le grainUn inventaire publié début 2023 recense ce qu'on met dans les cuves : fruits, pomme, raisin, fraise, orange, baies locales ; acides organiques ou minéraux, citrique, malique, tartrique et jusqu'au phosphorique ; houblon ; épices, gingembre, chili aji, cannelle ; et mosto, jus ou pulpe de café recyclée.
    18. 18Lactique, koji et les autres pistesLa fermentation lactique n'est pas une catégorie : c'est un sous-cas de l'anaérobie où l'on favorise délibérément les bactéries lactiques, Leuconostoc mesenteroides et Lactiplantibacillus plantarum, au détriment des levures et des bactéries acétiques, par une cuve scellée, des durées longues au-delà de 80 heures, des températures abaissées pour freiner les champignons, éventuellement une inoculation ou une saumure à 2-3 %.
    19. 19D'où viennent les micro-organismes de la cuveToute cette planche décrit ce qu'on fait fermenter et comment.
    20. 20Rétablir les proportionsTout ce qui précède à partir des cuves fermées concerne une fraction infime du café produit : des microlots de quelques sacs, vendus à des torréfacteurs de spécialité, présentés en concours.
    21. 21Aujourd'huiEn 2025-2026, le vocabulaire des process est le plus sophistiqué de toute l'histoire du café : anaérobie, macération carbonique, choc thermique, co-fermentation, micro-oxygénation.
    22. 22Planches d’archivesGravures et photographies de l’ouvrage de William Ukers, All About Coffee (1922), tombé dans le domaine public.
    23. 23Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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