PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche VII · section 14 sur 20

    Dégazage, repos, fraîcheur

    Le CO2 formé reste en grande partie piégé sous pression dans le grain ; quantité et pression dépendent du profil, et les cuissons rapides et foncées en produisent plus et le libèrent plus vite. Smrke et coll. (ZHAW, 2018) ont mesuré par gravimétrie résolue en temps que le CO2 s'échappe beaucoup plus vite que les arômes (le méthanethiol étant le plus lent) : après deux semaines, trois des quatre marqueurs d'arôme restent près de 50 % de leur valeur initiale quand le CO2 est presque parti, ce qui explique la fenêtre de 7 à 21 jours après cuisson souvent conseillée pour l'espresso, où le gaz gêne l'extraction sous pression et fabrique la crema.

    Le CO2 ne réagit pas avec le grain ; il chasse l'oxygène du sachet à valve unidirectionnelle et protège. Les huiles migrent vers la surface par capillarité en jours ou en mois, plus vite en cuisson foncée et sur les décaféinés, et s'y oxydent en rance ; des gouttelettes microscopiques apparaissent dès le lendemain. Cinq ennemis : le temps, la chaleur, l'humidité, l'oxygène, la lumière UV.

    Les protocoles de dégustation exigent au moins 8 heures de repos (formation professionnelle), et la mesure de couleur entre 30 minutes et 4 heures (SCAA 2015) ; la revue Roast note que le temps de repos idéal dépend du traitement du vert (« The waiting is the hardest part »).

    Gagné 2021, § 8.1-8.4, p. 159-161, d'après Smrke et al., J. Agric. Food Chem., 2018, et Schenker et al. 2000 ; Clive Coffee, Is your coffee too fresh ? (consulté 07/09/2026) ; document de formation professionnelle, guide de dégustation, p. 3 ; SCAA Standard 2015 ; The Book of Roast vol. 2, sommaire

    Refroidir vite, et un désaccord sur le statut de la trempe

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    La planche décrit le bac, le ventilateur et le bras brasseur, et ne donne aucun seuil. Münchow en donne un, avec la conséquence gustative qui le justifie, et il ouvre au passage un désaccord sur la seule technique qui permette d'aller plus vite.

    À gauche une image au microscope électronique à balayage de la coupe d'un grain torréfié montrant un réseau de cavités, à droite la même image où chaque pore est entouré d'une ellipse rouge, avec une barre d'échelle de cent micromètres.
    Micrographie électronique d'un grain torréfié et repérage de ses poresLindsey Z.R., Williams J.R. et coll. · CC BY 4.0

    Sous trente degrés en moins de cinq minutes

    Le café doit descendre sous 30 °C en moins de cinq minutes après la vidange, faute de quoi il aura un goût de cuit au four et perdra de l'acidité. La raison est celle qui commande toute cette planche : un grain qui sort du tambour est encore chaud à cœur, les réactions y continuent, et la fin de la cuisson n'est pas la vidange mais le moment où la température tombe assez bas pour que plus rien n'avance. Cinq minutes de refroidissement lent, c'est une prolongation de profil que personne n'a tracée et que la courbe enregistrée ne montre pas.

    Münchow recommande le thermomètre infrarouge pour vérifier, pour deux raisons qu'il vaut la peine de séparer : la précision, et l'hygiène, puisqu'un instrument qui mesure à distance ne touche pas le café. Il faut dire aussi ce que ce seuil n'est pas : il n'est appuyé, dans son ouvrage, par aucune mesure ni aucune référence. C'est une consigne de praticien, cohérente avec le reste et invérifiable en l'état.

    La trempe : condamnée en soi, ou dévoyée par l'usage

    La planche range la trempe à l'eau parmi les mauvaises pratiques, en rappelant qu'en 1922 déjà l'arrosage destiné à récupérer trois à quatre pour cent de poids était désapprouvé par les meilleurs torréfacteurs. Münchow tient une position sensiblement différente, et il faut la donner en entier parce qu'elle ne porte pas sur les mêmes faits.

    En théorie, écrit-il, la trempe est inoffensive si la quantité d'eau est maîtrisée : l'eau se vaporise au contact du grain brûlant et part avec le flux d'air, sans laisser le grain plus humide qu'il ne l'était. Le problème est d'usage. L'industrie applique un rapport qui laisse le grain à 5 pour cent d'humidité, contre 1 à 1,5 en spécialité, et vend au prix du café l'eau qu'elle a ajoutée. Il ajoute avoir vu la trempe employée avec un soin extrême sur des grains de haute qualité, sans dégradation notable.

    La différence avec la planche n'est donc pas sur les faits, elle est sur le statut de la pratique : condamnée en soi chez l'une, dévoyée chez l'autre. Et Münchow propose le seul test qui permette de trancher au cas par cas, ce qui est plus utile qu'une position de principe : mesurer l'humidité du grain torréfié. Un café trempé honnêtement se situe là où se situent les autres ; un café trempé pour le poids se trahit au premier analyseur d'humidité. Cette planche n'a donc pas à choisir entre les deux jugements, elle peut donner le critère.

    Le Book of Roast complique encore le tableau, et de façon instructive : l'arrosage après cuisson était courant aux dix-septième et dix-huitième siècles, bien avant qu'on imagine s'en servir pour frauder sur le poids. La fraude s'est greffée sur un geste qui la précédait de deux siècles, ce qui explique en partie sa persistance : il n'a jamais fallu l'inventer, seulement en abuser.

    \n Morten Münchow, Roasting Foundation, CoffeeMind, p. 18 pour le seuil de refroidissement, le thermomètre infrarouge, la trempe et l'humidité laissée par l'usage industriel, p. 19 pour la mesure de l'humidité du grain torréfié comme test ; The Book of Roast, Roast Magazine, JC Publishing, 2017, p. 27 et 28, pour l'arrosage après cuisson aux dix-septième et dix-huitième siècles ; Ukers, All About Coffee, 1922, pour la désapprobation de l'arrosage destiné à récupérer du poids.\n

    Dans cette planche

    1. 01Ce que la torréfaction fait, et ce qu'elle ne fait pasUn grain vert contient des précurseurs, non des arômes.
    2. 02Du brasero au cylindre, 1200-1800Selon la reconstitution d'Ukers, les premières graines et coques séchées sont grillées entre 1200 et 1300 dans des plats d'argile cuite ou de pierre, sur feu ouvert.
    3. 03L'industrialisation, 1824-1864Richard Evans obtient en 1824 le premier brevet anglais de torréfacteur commercial, et son appareil contient déjà trois idées qui ne bougeront plus.
    4. 04Le gaz, la sphère et la « torréfaction rapide », 1868-1922Le gaz change le métier, et pour une raison qu'il faut avoir en tête : avec du charbon, on règle la chaleur en attendant ; avec du gaz, on la règle en tournant un robinet.
    5. 05La physique : comment la chaleur entre dans le grainTrois modes de transfert coexistent. La conduction, par contact du grain avec le métal chaud du tambour et de grain à grain ; la convection, par l'air chaud qui traverse la masse ; le rayonnement, de la paroi et de la flamme.
    6. 06Cinq étapes, deux cracksLes étapes sont une simplification pédagogique.
    7. 07La chimie, étape par étapeLes deux familles de réactions sont celles de la cuisine.
    8. 08Les technologies, une par unePrincipe : un cylindre horizontal, souvent perforé, tourne au-dessus d'une flamme, au charbon, au coke, puis au gaz.
    9. 09Les constructeurs, un par unUkers cite la maison en 1922 pour son torréfacteur rapide Ideal-Rapid, chauffé au coke ou au gaz, et pour sa version manuelle Favour.
    10. 10Les outilsL'humidité du vert, 10 à 12 %, se mesure par capacité ou par étuve.
    11. 11Le profil : charge, temps, taux de montée, ratio de développement, chuteUn profil se décrit par quelques nombres.La chargemasse de vert et température de tambour au chargement, qui décident de la vigueur du séchage ; Ukers notait déjà qu'on ne dépasse pas 90 % de la capacité nominale et qu'une charge trop faible chauffe trop vite.Le temps total8 à 12 minutes pour un échantillon, 10 à 14 minutes pour un café de spécialité selon l'auteur du livre, rarement plus de 20 ; 25 à 45 minutes dans les cylindres à charbon du XIXe siècle.
    12. 12Couleurs et échellesLe degré se lit à la couleur, et il n'existe aucun standard partagé d'un torréfacteur à l'autre.
    13. 13Les défauts de cuissonUn fait mérite d'ouvrir cette section, parce qu'il est plus surprenant qu'il n'en a l'air : les défauts que décrivait Ukers en 1922 sont exactement ceux qu'on décrit aujourd'hui.
    14. 14Dégazage, repos, fraîcheurLe CO2 formé reste en grande partie piégé sous pression dans le grain ; quantité et pression dépendent du profil, et les cuissons rapides et foncées en produisent plus et le libèrent plus vite.
    15. 15Espresso, filtre, décaféinéUn « profil espresso » n'est pas nécessairement plus foncé : les torréfacteurs interrogés par Perfect Daily Grind en 2019 gardent souvent la même température et le même temps après le premie…
    16. 16Industriel contre artisanal : temps, énergie, émissionsSchwartzberg chiffre d'abord le secteur : 6,7 milliards de kg de café torréfiés par an, surtout en fournées.
    17. 17Torréfier à l'origineLes pays producteurs ont toujours torréfié pour eux-mêmes, très foncé selon Ukers, à la poêle ou au petit cylindre.
    18. 18Aujourd'huiLe fait dominant de ces trois dernières années tient en un mot : l'électrification.
    19. 19Planches d’archivesGravures et photographies de l’ouvrage de William Ukers, All About Coffee (1922), tombé dans le domaine public.
    20. 20Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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