Les technologies, une par une

| Degré | Sortie | Perte | Humidité | L* |
|---|---|---|---|---|
| Clair (cannelle, city) | début à fin du 1er crack | 10-13 % | 2,8 % | 28-30 |
| Moyen (full city, viennois) | avant ou début du 2e crack | 14-16 % | 2,0 % | 24 |
| Foncé (français) | pendant le 2e crack | 17-20 % | 1,7 % | 20-21 |
| Très foncé (italien) | fin du 2e crack | jusqu'à 22 % | 1,4 % | 18 |
- Tambour à chauffe directe
Principe : un cylindre horizontal, souvent perforé, tourne au-dessus d'une flamme, au charbon, au coke, puis au gaz. La chaleur entre par deux chemins, la conduction contre la paroi et l'air aspiré à travers le tambour. Des pales intérieures soulèvent le café et le font retomber.
Lignée : Evans 1824, Carter 1846, Burns 1864 pour le déchargement sans retirer du feu, puis la flamme directe avec Tupholme 1887 et Henneman 1888.
Ce qu'il fait bien : le contrôle fin par le torréfacteur, la lenteur, jusqu'à 18 minutes, qui laisse le temps aux réactions, la robustesse, et la « tradition » qu'attend une partie du marché.
Ce qu'il fait mal : le roussissement (scorching) quand la paroi est trop chaude ou le tambour trop lent, c'est-à-dire quand le brassage ne suffit plus à éloigner le grain du métal. Puis les dépôts d'huile et de carbone sur la chambre, qui donnent un goût de fumée aux fournées suivantes. Enfin une forte inertie thermique, et environ 75 % de la chaleur perdue à la cheminée.
Énergie mesurée : 1 245 kJ par kg de vert pour une cuisson claire-moyenne de 613 s dans un tambour moderne de 250 kg à post-combustion catalytique. 1 675 kJ/kg pour un tambour Probat type R avec catalyseur. Et jusqu'à 4 060 kJ/kg avec post-combustion thermique.
- Tambour à chauffe indirecte
- Principela flamme ne touche jamais le tambour ; un échangeur ou une chambre de combustion séparée chauffe l'air qui est ensuite envoyé à travers le café, ou la paroi est chauffée par des gaz canalisés ; le cylindre est souvent plein et non perforé.Lignéeles fours à cylindre enfermé de Dakin (1848), le Lambert « indirect » de 1901, le principe généralisé par les constructeurs italiens (IMF depuis 1994, chambre de combustion « vortex » et brûleur unique servant aussi de post-combustion).Bienmoins de contact avec une flamme nue, moins de roussissement, meilleure homogénéité, fumées traitées à la source, jusqu'à 30 % d'énergie récupérée par recirculation selon le constructeur.Malréponse plus lente aux changements de flamme, machines plus lourdes et plus chères, et un rendement qui dépend entièrement de l'isolation.
- Lit fluidisé et air chaud
Principe : un fort débit d'air chaud entre par le bas de la chambre et fait flotter les grains. La chaleur passe donc presque exclusivement par convection, sans contact avec un métal chaud. Une variante, le lit à jet (spouted bed), ne fluidise qu'une colonne.
Lignée : Fullard 1919, avec un brevet d'air chaud cité par Ukers, puis le Sirocco domestique de Siemens dans les années 1970-80.
Et surtout Michael Sivetz, ingénieur chimiste passé par General Foods, Folgers et Kaiser. Il construit en 1974 son prototype à gaz dans son garage de Corvallis (Oregon). Le 11 novembre 1974, il dépose le brevet US 3 964 175 « Coffee roasting system », délivré le 22 juin 1976. L'air n'y dépasse pas 530 °F (277 °C) et la masse doit être « dense et recirculant uniformément ». Neuhaus Neotec développe en Allemagne, depuis une trentaine d'années, le RFB industriel (30 à 240 kg par fournée) sur ce même principe.
Bien : cuisson courte, avec des temps courts et des températures hautes, pas de roussissement, fournée homogène, chambre propre, chaff évacué en continu. En très gros volumes, la recirculation fait aussi baisser la consommation.
Mal : la vitesse ne fait pas les meilleurs cafés (Hoffmann), l'énergie des ventilateurs monte vite quand le rapport air/grain dépasse 10, et le lit à jet donne des fournées hétérogènes. Barista Hustle rappelle enfin que ni le principe ni la sonde n'étaient nouveaux chez Sivetz : seule leur combinaison l'était.
- Tangentiel
- Principele tambour tourne autour d'un axe horizontal, mais l'air chaud est injecté tangentiellement par le bas à travers une paroi et une pale hélicoïdale, si bien que la masse est brassée par l'air autant que par la rotation
- le contact grain-métal est réduit et la convection domine.
- c'est la machine des grands industriels européens.
Malmachine lourde, réservée à l'industrie, consommation de ventilation élevée.- Recirculation à brûleur unique (type Loring)
- Principeun seul brûleur, placé dans un cyclone, chauffe l'air de cuisson et incinère en même temps les fumées
- l'air est recyclé en boucle fermée vers le tambour au lieu d'être rejeté
- aucune post-combustion externe.
- Loring Smart Roast (Santa Rosa) revendique jusqu'à 80 % de gaz en moins et un parc dans plus de 60 pays
- IMF (Italie) applique le même principe du brûleur unique à post-combustion intégrée.
Bienconsommation et émissions divisées, chambre propre, profils très répétables.Malprix, dépendance à l'électronique, et un débat non tranché sur le « goût de la machine » (la revue Roast y consacre un article, « Can you taste the roasting system ? »).- Électrique : résistances, induction, infrarouge, halogène
Principe : la chaleur vient du courant, et non plus d'une flamme. Quatre façons de la faire entrer coexistent.
- RésistancesElles chauffent l'air ou la paroi.
- InductionLe tambour lui-même est chauffé : Aillio Bullet, 1 kg, depuis 2015-2016, R2 et R2 Pro en juillet 2024, Gemma Induction de Sweet Coffee Italia.
- Halogène et plaque chauffanteDes lampes halogènes et une plaque combinées à l'air chaud, chez Stronghold, à Séoul : le S7 est annoncé pour les États-Unis en décembre 2016, le S8X de 4,5 kg le 28 mai 2025.
- Infrarouge au gazDes brûleurs infrarouges au gaz, chez Diedrich, Idaho, qui passe au tout-électrique avec le DR3-E en avril 2024.
Les grands constructeurs ont suivi. Probat vend le P05 E (avril 2022), le P01 (août 2022) et le P12 E (janvier 2023), et annonce en novembre 2022 des essais à l'hydrogène. Giesen annonce en 2022 un 15 kg électrique. Bellwether (Californie) vend un « Shop Roaster » sans extraction, 1,5 kg, 14 900 dollars, avec 87 % d'empreinte carbone en moins revendiqués par livre.
Bien : pas de flamme, pas de raccordement gaz, donc une installation possible en boutique. Le contrôle est très fin, l'induction chauffant le tambour sans l'inertie d'un brûleur. Et les émissions locales sont nulles.
Mal : la puissance électrique requise, la capacité limitée (1 à 15 kg pour la plupart), le coût du kWh selon les pays. Le bilan carbone, surtout, dépend entièrement du réseau. Ukers écartait déjà l'électricité en 1922 pour son coût, et l'objection reste économique un siècle plus tard.
- Torréfacteurs pilotés par la sonde (profil automatique)
- Principe : la machine suit elle-même une courbe de température de grain enregistrée, en modulant chaleur et air par régulation PID
- l'opérateur choisissant un profil plutôt que conduisant la fournée.
- Ikawa (Londres) vend depuis les années 2010 des torréfacteurs d'échantillon à lit fluidisé pilotés par application (Pro V3 en 2018, Pro100 en 2021, Pro100x en 2023, Pro50X en 2025, Ikawa Go en 2026), Bellwether et Stronghold vendent des profils prêts à l'emploi
- Ikawa et Bühler s'associent en 2023.
Bienrépétabilité- partage de profils entre acheteur et producteur (campagne Ikawa-Algrano de 2020 pour équiper des caféiculteurs), formation.
Malla courbe décrit ce qui s'est passé, elle ne dit pas ce qui est bon, l'auteur du livre note avoir vu, et fait, des fournées médiocres « en respectant parfaitement le profil ».- Torréfacteurs domestiques
Principe : de la poêle à la machine de comptoir.
La torréfaction à la maison est universelle jusqu'aux années 1860. Elle recule ensuite avec le paquet d'une livre d'Arbuckle (1865), c'est-à-dire avec le café déjà torréfié vendu en paquet, et disparaît presque après la Première Guerre mondiale. Burns l'avait prédit, on l'a vu plus haut.
Elle survit pourtant par endroits : dans la France rurale jusqu'aux années 1920, et à la poêle en fonte dans les pays producteurs (photographie sur cette page, Jamaïque 2018).
Le renouveau vient du Sirocco de Siemens (années 1970-80), du brevet Sivetz (1976), puis d'une vague de brevets d'appareils domestiques entre 1986 et 1999. Arrivent ensuite les petits tambours et lits fluidisés électriques (Hottop, Behmor, Gene Café, Fresh Roast). Puis la vente de café vert par internet vers 2001, qui met la matière première à portée du particulier. Les popcorn poppers détournés en sont la version la moins chère.
Bien : la fraîcheur, le coût, l'apprentissage.
Mal : la fumée dans la cuisine, des fournées de 100 à 300 g, et l'absence de sonde fiable et de refroidissement rapide sur les modèles simples.
Conduction contre convection, et deux objets qui portent le même nom
\nDeux points de cette section demandent à être repris, et ils sont liés : le partage entre les deux modes de transfert dans un tambour, et la pièce qu'on invoque pour le corriger.
Le chiffre le plus cité du métier, et d'où il vient
La planche écrit que conduction et convection se partagent le travail dans un tambour classique. Rao écrit autre chose : les tambours classiques cuisent principalement par convection et secondairement par conduction, et il avance une répartition de 70 contre 30. Münchow va dans le même sens jusque dans le cas le plus défavorable à sa thèse, puisqu'il note que même dans une machine où la flamme lèche le tambour, la majorité du transfert vient encore de l'air chaud.
Deux précautions avant de corriger la planche, et elles pèsent lourd. D'abord, le chiffre de Rao n'est pas une mesure. C'est, il l'écrit lui-même, ce qu'un représentant d'un fabricant allemand connu lui a estimé au cours d'une conversation privée, sans que la maison ni la personne soient nommées. Ni protocole, ni machine, ni relevé. C'est pourtant le nombre le plus cité du métier, repris de manuel en article comme s'il sortait d'un laboratoire. Il faut le citer avec cette précaution, ou ne pas le citer.
Ensuite, Rao dit deux paragraphes plus loin que la conduction depuis le tambour chaud joue un rôle important pendant les premières minutes, avant que la température de l'air se rétablisse et que la convection reprenne la domination. La répartition dépend donc du moment de la cuisson. La formule de la planche, deux modes qui se partagent le travail, n'est fausse qu'à condition de la lire comme une moyenne sur toute la fournée ; elle est juste au début et fausse ensuite.
Cela donne au passage sa vraie portée à la chute de courbe du début de fournée, que la planche explique comme la rencontre du grain froid et du tambour chaud : c'est aussi le moment où le régime de chauffe change de nature, et pas seulement un artefact de sonde.
Un double tambour, ou l'autre
Le mot double tambour manque à cette planche, et il devrait y figurer avec ses deux sens, parce qu'ils sont opposés.
Chez Rao, un double tambour est fait de deux couches concentriques de métal séparées par un espace de plusieurs millimètres. La flamme chauffe le tambour extérieur, l'intérieur reste plus froid, et l'ensemble diminue le transfert par conduction vers le grain. L'interstice est un isolant, et la pièce sert à protéger le café du métal.
Dans le Book of Roast, une pièce qui porte le même nom fait l'inverse. Chez Probat, la paroi intérieure est perforée et l'extérieure pleine ; le ventilateur aspire l'air chaud dans l'espace entre les deux et le fait passer par les perforations. L'interstice est une gaine, il augmente la convection, et il protège accessoirement la paroi perforée de l'encrassement.
Un lecteur qui demandera un double tambour à son fournisseur obtiendra l'un ou l'autre sans savoir lequel, et les deux modifient le transfert thermique en sens contraire. Les deux descriptions sont exactes : ce sont deux objets différents sous un mot unique. Aucune mesure ne résoudra cela, puisqu'il ne s'agit pas d'un désaccord sur un fait mais d'une collision de vocabulaire entre constructeurs ; la seule parade est de demander lequel des deux, et où va l'air.
Le point d'accord est ailleurs et il vaut d'être noté : dans les deux sens du terme, le double tambour se voit reconnaître le même mérite pratique, réduire les brûlures de surface dues à un métal trop chaud. Le Book of Roast précise même que la pièce a été introduite pour cela, contre le tipping causé par la surchauffe localisée du cylindre perforé. Le défaut a donc une solution mécanique connue depuis un siècle, ce que la section sur les défauts ne disait pas.
\n Scott Rao, The Coffee Roaster's Companion, 2014, p. 19 pour la répartition 70/30, pour son origine et pour le rôle de la conduction dans les premières minutes, p. 22 pour le double tambour isolant et les brûlures de surface ; Morten Münchow, Roasting Foundation, CoffeeMind, p. 31 pour la part de l'air même en chauffe directe ; Jens Roelofs, Machinery, Ingenuity, Discovery, dans The Book of Roast, 2017, p. 29, pour le double tambour de Probat.\nDans cette planche
- 01Ce que la torréfaction fait, et ce qu'elle ne fait pasUn grain vert contient des précurseurs, non des arômes.
- 02Du brasero au cylindre, 1200-1800Selon la reconstitution d'Ukers, les premières graines et coques séchées sont grillées entre 1200 et 1300 dans des plats d'argile cuite ou de pierre, sur feu ouvert.
- 03L'industrialisation, 1824-1864Richard Evans obtient en 1824 le premier brevet anglais de torréfacteur commercial, et son appareil contient déjà trois idées qui ne bougeront plus.
- 04Le gaz, la sphère et la « torréfaction rapide », 1868-1922Le gaz change le métier, et pour une raison qu'il faut avoir en tête : avec du charbon, on règle la chaleur en attendant ; avec du gaz, on la règle en tournant un robinet.
- 05La physique : comment la chaleur entre dans le grainTrois modes de transfert coexistent. La conduction, par contact du grain avec le métal chaud du tambour et de grain à grain ; la convection, par l'air chaud qui traverse la masse ; le rayonnement, de la paroi et de la flamme.
- 06Cinq étapes, deux cracksLes étapes sont une simplification pédagogique.
- 07La chimie, étape par étapeLes deux familles de réactions sont celles de la cuisine.
- 08Les technologies, une par unePrincipe : un cylindre horizontal, souvent perforé, tourne au-dessus d'une flamme, au charbon, au coke, puis au gaz.
- 09Les constructeurs, un par unUkers cite la maison en 1922 pour son torréfacteur rapide Ideal-Rapid, chauffé au coke ou au gaz, et pour sa version manuelle Favour.
- 10Les outilsL'humidité du vert, 10 à 12 %, se mesure par capacité ou par étuve.
- 11Le profil : charge, temps, taux de montée, ratio de développement, chuteUn profil se décrit par quelques nombres.La chargemasse de vert et température de tambour au chargement, qui décident de la vigueur du séchage ; Ukers notait déjà qu'on ne dépasse pas 90 % de la capacité nominale et qu'une charge trop faible chauffe trop vite.Le temps total8 à 12 minutes pour un échantillon, 10 à 14 minutes pour un café de spécialité selon l'auteur du livre, rarement plus de 20 ; 25 à 45 minutes dans les cylindres à charbon du XIXe siècle.
- 12Couleurs et échellesLe degré se lit à la couleur, et il n'existe aucun standard partagé d'un torréfacteur à l'autre.
- 13Les défauts de cuissonUn fait mérite d'ouvrir cette section, parce qu'il est plus surprenant qu'il n'en a l'air : les défauts que décrivait Ukers en 1922 sont exactement ceux qu'on décrit aujourd'hui.
- 14Dégazage, repos, fraîcheurLe CO2 formé reste en grande partie piégé sous pression dans le grain ; quantité et pression dépendent du profil, et les cuissons rapides et foncées en produisent plus et le libèrent plus vite.
- 15Espresso, filtre, décaféinéUn « profil espresso » n'est pas nécessairement plus foncé : les torréfacteurs interrogés par Perfect Daily Grind en 2019 gardent souvent la même température et le même temps après le premie…
- 16Industriel contre artisanal : temps, énergie, émissionsSchwartzberg chiffre d'abord le secteur : 6,7 milliards de kg de café torréfiés par an, surtout en fournées.
- 17Torréfier à l'origineLes pays producteurs ont toujours torréfié pour eux-mêmes, très foncé selon Ukers, à la poêle ou au petit cylindre.
- 18Aujourd'huiLe fait dominant de ces trois dernières années tient en un mot : l'électrification.
- 19Planches d’archivesGravures et photographies de l’ouvrage de William Ukers, All About Coffee (1922), tombé dans le domaine public.
- 20Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.