PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche XI · section 09 sur 18

    Les négociants, les coopératives et les institutions d'origine

    Planche numérotée de vingt et une boîtes de fer-blanc et paquets de café de marques américaines.
    Différents types de contenants pour le café en 1922
    Prix minimum Fairtrade ($/lb FOB)2011août 2023déc. 2026
    Arabica lavé1,401,802,00
    Arabica naturel1,351,751,95
    Robusta lavé1,051,251,35
    Robusta naturel1,011,201,30
    Prime Fairtrade0,200,200,20
    Différentiel bio0,300,400,40
    Fairtrade International, Q&A mars 2023 ; Daily Coffee News, 4 août 2026

    Entre celui qui exporte et celui qui torréfie, il y a un métier dont le public n'a jamais entendu parler et sans lequel rien n'arriverait : le négoce. Une poignée de maisons financent la récolte, la stockent, la couvrent contre les variations de prix et la transportent. Le syndicat allemand de 1873 et le comité de sept de 1908, rencontrés plus haut, en sont les ancêtres directs.

    Les noms d'aujourd'hui, et la ville depuis laquelle chacun travaille :

    • Neumann Kaffee GruppeHambourg
    • VolcafeWinterthur, dans le groupe ED&F Man
    • ofiSingapour, c'est l'ancien Olam
    • SucafinaGenève
    • Louis Dreyfus Companyentre Rotterdam et Genève
    • ECOMPully

    Relisez la liste des villes : aucune ne se trouve dans un pays producteur.

    Combien pèsent-ils exactement ? On l'a longtemps ignoré, faute de chiffres nominatifs, c'est-à-dire de volumes rattachés à une maison précise plutôt qu'à un pays entier.

    Une analyse de Trase en donne pour la première fois. Trase est une organisation fondée par le Stockholm Environment Institute et Global Canopy. Elle a publié ces chiffres en septembre 2026, à partir des données douanières de 2020 : c'est ce passage par la douane qui permet de descendre du pays à l'entreprise.

    À l'export, voici les parts des volumes mondiaux :

    • ofi et Olam7,6 %, en tête
    • Louis Dreyfus4,1 %
    • Neumann3,4 %
    • Sucafina3,0 %

    À l'import, l'ordre change, et un torréfacteur se glisse parmi les négociants :

    • Neumann6,8 %
    • Nestlé5,5 %
    • Olam4,6 %

    Et voici les deux chiffres à retenir. Les dix premières entreprises contrôlent 35 % des exportations mondiales, les trente premières 55 %. L'étude BASIC de 2018 estimait déjà qu'en 2013 les cinq plus grands négociants géraient près de 40 % des échanges de café vert.

    Trase, rapport sur les exportations et importations de café par entreprise, résumé par Daily Coffee News, 2 sept. 2026 (consulté le 7 sept. 2026) ; BASIC, Étude sur la durabilité de la filière café, synthèse (oct. 2018), p. 7

    Le négociant est le seul acteur qui voit la chaîne entière, du différentiel négocié à l'origine au prix rendu torréfacteur ; il est aussi le seul, avec les grands torréfacteurs, à utiliser massivement la couverture sur le contrat C. Ce que La Roque décrivait du courtier de Bayt al-Faqih vaut pour lui : il vend une information, et cette information n'est complète que chez lui. Ce n'est pas une accusation, c'est la description d'une fonction sans laquelle des millions de sacs ne trouveraient pas d'acheteur ; c'est aussi la raison pour laquelle la répartition de la valeur en amont du port est l'endroit le moins documenté de la filière.

    LC ch. 6 et 18 (analyse) ; ITC 2021, ch. 6 (marchés à terme et couverture)

    Entre le producteur et le port, deux modèles d'organisation ont tenté de reprendre une part du pouvoir de fixer les termes. Le premier est la coopérative, qui mutualise le dépulpage, le séchage, le tri, l'exportation et parfois le crédit ; elle permet de vendre en conteneur plutôt qu'en sacs, d'obtenir une certification (Fairtrade ne certifie que des organisations de petits producteurs, pas des individus), de négocier un différentiel et de garder la première transformation, donc la qualité et le prix qui va avec.

    Ses limites sont documentées par l'étude BASIC : gouvernance, trésorerie insuffisante pour payer comptant à la récolte face à des intermédiaires qui, eux, paient tout de suite, dépendance à quelques acheteurs, et coût du renouvellement des audits. Le second modèle est l'institution nationale. La Federación Nacional de Cafeteros de Colombia, fondée en 1927, financée par une contribution sur chaque livre exportée versée au Fondo Nacional del Café, publie chaque jour un prix interne de référence et garantit l'achat de tout café de qualité standard à ce prix par ses coopératives : au 4 septembre 2026, 2 080 000 pesos la charge de 125 kg de café parche, ajustés selon la distance au point d'achat, soit 16 640 pesos le kilo de parche.

    C'est cette intervention publique qui explique, selon BASIC, que le producteur colombien captait 16 % du prix consommateur en 2017 contre 10 % au Pérou et en Éthiopie.

    BASIC 2018, p. 9-11, 20-21 ; Federación Nacional de Cafeteros, precio interno de referencia du 4 sept. 2026 (federaciondecafeteros.org, consulté le 7 sept. 2026) ; Fairtrade International, standard petits producteurs

    L'Éthiopie a choisi une autre voie en avril 2008 avec l'Ethiopia Commodity Exchange, créée sous l'impulsion de l'économiste Eleni Gebre Medhin : une bourse physique nationale par laquelle la plupart du café devait passer, avec classement par entrepôt et cotation par catégorie. L'avantage attendu était un prix de marché transparent pour des centaines de milliers de petits producteurs ; l'inconvénient constaté par les acheteurs de spécialité fut la perte de la traçabilité, le café d'une station de lavage étant fondu dans une catégorie régionale.

    Les réformes ultérieures ont rouvert la vente directe pour les exportateurs intégrés verticalement ; l'équilibre entre transparence de prix et identité du lot n'a pas de solution unique. Qui gagne dans une bourse nationale : le vendeur anonyme d'un café standard, qui obtient le prix de sa catégorie sans négocier. Qui perd : le producteur dont le lot valait plus que sa catégorie.

    Ethiopia Commodity Exchange (2008), d'après la notice de référence consultée le 7 sept. 2026 ; LC ch. 18 (analyse de la traçabilité)

    Dans cette planche

    1. 01Avant la bourse : Moka, les courtiers et le droit de ne pas venirLe premier marché du café dont on possède une description précise est celui de Bayt al-Faqih, dans la plaine yéménite, visité par les marchands français de Saint-Malo en 1712 et décrit par Jean de La Roque en 1716.
    2. 02Le siècle des rois : Arnold, le syndicat et le krach de 1880-1881Le XIXe siècle tient dans une seule série de prix : celle du Rio « fair to prime » à New York, donnée par Thurber et reprise par Walsh.
    3. 03La bourse et ses paniques : New York 1882, Le Havre, Hambourg, LondresL'Europe suit, place par place.
    4. 04La valorisation brésilienne et les contrôles de guerre, 1906-1944Le mécanisme qui va gouverner tout le XXe siècle du café naît d'une récolte trop belle.
    5. 05L'Accord international du café, 1962-1989, et sa ruptureAprès la Seconde Guerre mondiale, l'instrument change d'échelle : ce ne sont plus un État et ses banquiers, mais producteurs et consommateurs ensemble.
    6. 06La crise de 2001Le 21 août 2002, le directeur exécutif de l'Organisation internationale du café, Néstor Osorio, se présente au Sommet mondial du développement durable de Johannesburg.
    7. 07Le contrat C, la couverture et les optionsIl faut maintenant dire ce qu'est un contrat à terme, sans quoi la suite de cette planche reste du chinois.
    8. 08Le dollar, le real, et qui vend quandLe café est coté en dollars, et le producteur est payé dans sa monnaie.
    9. 09Les négociants, les coopératives et les institutions d'origineEntre celui qui exporte et celui qui torréfie, il y a un métier dont le public n'a jamais entendu parler et sans lequel rien n'arriverait : le négoce.
    10. 10Les torréfacteurs industrielsÀ l'autre bout de la chaîne, chez ceux qui torréfient et qui vendent, la concentration est plus forte encore qu'au négoce.
    11. 11La répartition de la valeur : ce qu'on peut mesurerOn aimerait savoir, sur longue durée, qui a gagné quoi.
    12. 12Prix minimums, revenu vital et certificationsLe seul prix plancher opposable de la filière est celui de Fairtrade International.
    13. 13Le direct trade, les microlots et les enchèresLe « direct trade » n'a ni définition partagée ni audit.
    14. 14Le climat, l'EUDR et le coût de la conformitéSur le climat, les travaux disent tous la même chose dans la direction, et rarement la même chose dans l'ampleur.
    15. 15Les outils de lecture du marchéLire le marché du café suppose de savoir qui publie quoi, et quand.
    16. 16Aujourd'hui (2023-2026)Le cycle où nous sommes a commencé par un creux.
    17. 17Planches d’archivesGravures et photographies de l’ouvrage de William Ukers, All About Coffee (1922), tombé dans le domaine public.
    18. 18Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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