Les torréfacteurs industriels

| Certification | Depuis | Plancher | Prime / différentiel | Qui est certifié | Échelle (dernier chiffre) |
|---|---|---|---|---|---|
| Fairtrade | 1988 | 2,00 $/lb arabica lavé (déc. 2026) | 0,20 $/lb + 0,40 $/lb bio | coopératives de petits producteurs | prix révisés sur 57 coopératives, 13 pays (2026) |
| Rainforest Alliance (+ UTZ 2018) | 1987 | aucun | différentiel de durabilité négocié (2020) | fermes et groupes, toutes tailles | 1,9 M ha, 29 pays (rapport 2024) |
| Bio (UE) | 1991 / 2018 | aucun | 0,40 $/lb via Fairtrade ; sinon négocié | toute exploitation, 3 ans de conversion | ~890 000 ha de caféiers (2017) |
| 4C | 2006 | aucun | aucun | groupes producteurs, 94 % de petits | 29,1 M sacs, 300 000 producteurs (2024) |
À l'autre bout de la chaîne, chez ceux qui torréfient et qui vendent, la concentration est plus forte encore qu'au négoce.
En 2015, les quatre premiers torréfacteurs réalisaient environ 40 % du chiffre d'affaires mondial du café consommé à domicile. La même année, la fusion des activités café de Mondelez avec Douwe Egberts a créé le numéro deux mondial, JDE.
En France, le mouvement est plus net encore. En 2008, trois multinationales concentraient 70 % des ventes à domicile : Kraft Foods, Nestlé et Sara Lee. En 2017, elles en font 80 %, et ce ne sont plus tout à fait les mêmes : Nestlé, JDE et Lavazza.
Le nombre d'acteurs dominants n'a donc pas bougé, mais leur emprise a gagné dix points en neuf ans.
Les marques de distributeurs, elles, pesaient 30,6 % des volumes en grande surface. Ce chiffre ne contredit pas le précédent : il se compte en volumes, quand les 80 % se comptent en ventes.
Hors domicile, Starbucks représentait à lui seul 21 % du marché mondial estimé. Ce qui explique qu'en 2018, Nestlé ait payé 7,15 milliards de dollars à Starbucks pour le simple droit de vendre ses produits en épicerie et en restauration hors d'Amérique du Nord. L'affaire s'est révélée bonne : les ventes de cette licence atteignaient 3,6 milliards de francs suisses en 2022.
Le dernier mouvement date d'hier. Le 25 août 2025, Keurig Dr Pepper annonce le rachat de JDE Peet's.
JDE Peet's porte Jacobs, L'Or, Douwe Egberts et Peet's, et pèse 9,9 milliards d'euros de ventes en 2025. Le prix offert est de 31,85 euros par action, ce qui donne une valeur d'entreprise, c'est-à-dire le prix des actions augmenté de la dette, d'environ 23 milliards de dollars.
L'acheteur annonce dans le même mouvement son intention de scinder ensuite un groupe café mondial. Le café qu'il rachète n'est donc pas destiné à rester où il arrive.
Au 1er avril 2026, l'offre avait réuni 96,22 % des titres. À ce niveau, l'opération n'est plus un projet, elle est faite.
Conséquence concrète, et elle vaut qu'on s'y arrête : le café de Jacobs, de Maxwell House et de Peet's se décide désormais depuis Burlington, dans le Massachusetts.
BASIC 2018, p. 6-7 (d'après Euromonitor) ; World Coffee Portal, 2023, et Fortune, 7 mai 2018 (Nestlé-Starbucks) ; Keurig Dr Pepper, communiqués du 25 août 2025 et du 1er avril 2026 ; CNBC, 25 août 2025 (consultés le 7 sept. 2026)La valeur ajoutée s'est déplacée avec le format, et la France en donne le cas le plus net.
Le café portionné, c'est-à-dire les capsules et les dosettes, représentait 48 % du café consommé à domicile en 2012, puis 58 % en 2017. Cela pèse 1,2 milliard d'euros en grande distribution, auxquels s'ajoutent environ 800 millions de ventes Nespresso en boutique et en ligne. C'est ce qui fait de la France le premier marché mondial du café portionné par habitant.
Le déplacement se lit dans un second chiffre. La valeur ajoutée créée en France par le café torréfié a plus que doublé entre 1994 et 2017, de 1,2 à 2,6 milliards d'euros.
Fabriquer et transporter ces nouveaux formats coûte plus cher, c'est vrai. Mais pas à la même échelle : ce surcoût est estimé à 310 millions. La dépense supplémentaire n'explique donc qu'une petite part du gain.
La même logique se lit chez Nestlé. Le groupe rapporte pour 2025 une croissance de son café à un chiffre moyen, tirée par les prix, c'est-à-dire par ce qu'il facture plutôt que par les quantités vendues. Le Nescafé soluble en est le premier contributeur. La catégorie des boissons en poudre et liquides, qui loge Nescafé, Nespresso et la licence Starbucks, a progressé de 7,3 % en organique. Ce dernier mot signifie hors acquisitions et hors effet de change.
BASIC 2018, p. 6, 9 ; Nestlé, Full-year results 2025 (nestle.com, consulté le 7 sept. 2026)Dans cette planche
- 01Avant la bourse : Moka, les courtiers et le droit de ne pas venirLe premier marché du café dont on possède une description précise est celui de Bayt al-Faqih, dans la plaine yéménite, visité par les marchands français de Saint-Malo en 1712 et décrit par Jean de La Roque en 1716.
- 02Le siècle des rois : Arnold, le syndicat et le krach de 1880-1881Le XIXe siècle tient dans une seule série de prix : celle du Rio « fair to prime » à New York, donnée par Thurber et reprise par Walsh.
- 03La bourse et ses paniques : New York 1882, Le Havre, Hambourg, LondresL'Europe suit, place par place.
- 04La valorisation brésilienne et les contrôles de guerre, 1906-1944Le mécanisme qui va gouverner tout le XXe siècle du café naît d'une récolte trop belle.
- 05L'Accord international du café, 1962-1989, et sa ruptureAprès la Seconde Guerre mondiale, l'instrument change d'échelle : ce ne sont plus un État et ses banquiers, mais producteurs et consommateurs ensemble.
- 06La crise de 2001Le 21 août 2002, le directeur exécutif de l'Organisation internationale du café, Néstor Osorio, se présente au Sommet mondial du développement durable de Johannesburg.
- 07Le contrat C, la couverture et les optionsIl faut maintenant dire ce qu'est un contrat à terme, sans quoi la suite de cette planche reste du chinois.
- 08Le dollar, le real, et qui vend quandLe café est coté en dollars, et le producteur est payé dans sa monnaie.
- 09Les négociants, les coopératives et les institutions d'origineEntre celui qui exporte et celui qui torréfie, il y a un métier dont le public n'a jamais entendu parler et sans lequel rien n'arriverait : le négoce.
- 10Les torréfacteurs industrielsÀ l'autre bout de la chaîne, chez ceux qui torréfient et qui vendent, la concentration est plus forte encore qu'au négoce.
- 11La répartition de la valeur : ce qu'on peut mesurerOn aimerait savoir, sur longue durée, qui a gagné quoi.
- 12Prix minimums, revenu vital et certificationsLe seul prix plancher opposable de la filière est celui de Fairtrade International.
- 13Le direct trade, les microlots et les enchèresLe « direct trade » n'a ni définition partagée ni audit.
- 14Le climat, l'EUDR et le coût de la conformitéSur le climat, les travaux disent tous la même chose dans la direction, et rarement la même chose dans l'ampleur.
- 15Les outils de lecture du marchéLire le marché du café suppose de savoir qui publie quoi, et quand.
- 16Aujourd'hui (2023-2026)Le cycle où nous sommes a commencé par un creux.
- 17Planches d’archivesGravures et photographies de l’ouvrage de William Ukers, All About Coffee (1922), tombé dans le domaine public.
- 18Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.