L'Accord international du café, 1962-1989, et sa rupture

| Date | Arabica à New York (¢/lb) | Événement |
|---|---|---|
| 1857 | 11,04 | Rio fair to prime (Thurber) |
| 1864 | 42,5 | guerre de Sécession, monnaie dépréciée |
| 18 sept. 1873 | 24 → 15 en une séance | panique Jay Cooke |
| sept. 1879 | 13,25 | veille du krach Arnold |
| déc. 1880 | 12,75 | faillites Risley, Arnold, Dash |
| 1er juin 1887 | 22,25 (déc.) | grand boom, record pour 32 ans |
| nov. 1898 | 4,5 | campagne baissière |
| juin 1903 | 3,55 | plus bas de l'histoire (livraison juillet 1903) |
| 1911 | 16 | valorisation : prix doublé en deux ans |
| juin 1919 | 24,65 | gelée de 1918, record |
| avr. 1977 | 339,86 | gelée noire de juillet 1975 |
| 2002 | < 48 (composite ICO) | crise, plus bas réel en 100 ans |
| 2011 | 306,25 | pic avant le Big Rust |
| mai 2019 | 87,60 | plus bas en 13 ans |
| févr. 2025 | 440,85 | record absolu ; canephora 5 849 $/t |
| 31 août 2026 | 314 | clôture KC |
Après la Seconde Guerre mondiale, l'instrument change d'échelle : ce ne sont plus un État et ses banquiers, mais producteurs et consommateurs ensemble. L'Accord international du café de 1962, signé sous l'égide des Nations unies, crée l'Organisation internationale du café (ICO, Londres) avec pour objectif « un équilibre raisonnable entre l'offre et la demande ». L'outil est le quota d'exportation : un prix cible est fixé, chaque pays exportateur reçoit une part, les quotas sont réduits quand le prix passe sous la cible et relâchés quand il la dépasse.
Les quotas sont actifs dans les années 1960, suspendus de 1972 à 1980 parce que les prix sont hauts, réintroduits en septembre 1980 et maintenus jusqu'en février 1986, rétablis ensuite, puis abandonnés en juillet 1989 faute d'accord sur leur répartition : le Brésil refuse de réduire sa part, les consommateurs veulent plus d'arabicas doux, et le contexte politique de la fin de la guerre froide retire aux États-Unis leur intérêt à soutenir les prix des pays producteurs. Les accords de 1994, 2001 et 2007 qui suivent n'ont plus de clause économique.
ICO, FAQ et International Coffee Agreement 2007 (ico.org, consulté le 7 sept. 2026) ; Herrmann, Burger et Smit, International Commodity Policy, ch. 9 ; document de formation professionnelle, Histoire et économie du café, p. 22Au milieu de la période des quotas, une gelée va régler le prix mieux que tous les accords internationaux réunis.
Les 17 et 18 juillet 1975, la gelée noire frappe le Paraná. Elle détruit, selon les estimations de l'époque, un milliard et demi de caféiers.
Le prix ne s'envole pourtant pas tout de suite, et la raison mérite d'être notée : le Brésil a des stocks. Il faut toute l'année 1976 pour que le cours passe de 1 à 2 dollars la livre. Puis trois mois pour atteindre 3 dollars. En avril 1977, le contrat de New York touche 339,86 cents la livre, un record qui tiendra jusqu'en 2024.
Un stock, c'est du temps acheté. Quand il est épuisé, le prix rattrape d'un coup tout ce qu'il n'avait pas fait.
Après 1989, les quotas disparaissent, et le marché retrouve l'amplitude du XIXe siècle. Le prix moyen des années 1980, autour de 120 cents la livre, s'effondre à 50 cents au tournant du siècle.
Covoya, A Brief History of the Price of Coffee, et Spilling the Beans, Coffee Prices 1972-2016 (presse spécialisée, consultés le 7 sept. 2026) ; ICO, The Global Coffee Crisis (2002), p. 1Dans cette planche
- 01Avant la bourse : Moka, les courtiers et le droit de ne pas venirLe premier marché du café dont on possède une description précise est celui de Bayt al-Faqih, dans la plaine yéménite, visité par les marchands français de Saint-Malo en 1712 et décrit par Jean de La Roque en 1716.
- 02Le siècle des rois : Arnold, le syndicat et le krach de 1880-1881Le XIXe siècle tient dans une seule série de prix : celle du Rio « fair to prime » à New York, donnée par Thurber et reprise par Walsh.
- 03La bourse et ses paniques : New York 1882, Le Havre, Hambourg, LondresL'Europe suit, place par place.
- 04La valorisation brésilienne et les contrôles de guerre, 1906-1944Le mécanisme qui va gouverner tout le XXe siècle du café naît d'une récolte trop belle.
- 05L'Accord international du café, 1962-1989, et sa ruptureAprès la Seconde Guerre mondiale, l'instrument change d'échelle : ce ne sont plus un État et ses banquiers, mais producteurs et consommateurs ensemble.
- 06La crise de 2001Le 21 août 2002, le directeur exécutif de l'Organisation internationale du café, Néstor Osorio, se présente au Sommet mondial du développement durable de Johannesburg.
- 07Le contrat C, la couverture et les optionsIl faut maintenant dire ce qu'est un contrat à terme, sans quoi la suite de cette planche reste du chinois.
- 08Le dollar, le real, et qui vend quandLe café est coté en dollars, et le producteur est payé dans sa monnaie.
- 09Les négociants, les coopératives et les institutions d'origineEntre celui qui exporte et celui qui torréfie, il y a un métier dont le public n'a jamais entendu parler et sans lequel rien n'arriverait : le négoce.
- 10Les torréfacteurs industrielsÀ l'autre bout de la chaîne, chez ceux qui torréfient et qui vendent, la concentration est plus forte encore qu'au négoce.
- 11La répartition de la valeur : ce qu'on peut mesurerOn aimerait savoir, sur longue durée, qui a gagné quoi.
- 12Prix minimums, revenu vital et certificationsLe seul prix plancher opposable de la filière est celui de Fairtrade International.
- 13Le direct trade, les microlots et les enchèresLe « direct trade » n'a ni définition partagée ni audit.
- 14Le climat, l'EUDR et le coût de la conformitéSur le climat, les travaux disent tous la même chose dans la direction, et rarement la même chose dans l'ampleur.
- 15Les outils de lecture du marchéLire le marché du café suppose de savoir qui publie quoi, et quand.
- 16Aujourd'hui (2023-2026)Le cycle où nous sommes a commencé par un creux.
- 17Planches d’archivesGravures et photographies de l’ouvrage de William Ukers, All About Coffee (1922), tombé dans le domaine public.
- 18Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.