PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche XXI · section 07 sur 16

    Le préchauffage, la porosité, et deux croyances à trier

    Deux tasses de verre à double paroi avec anse, remplies de café noir, posées sur un guéridon blanc rond.
    Deux verres à double paroi remplis de café noir

    Le préchauffage est constamment recommandé et presque jamais chiffré. Une seule norme le mentionne, l'ISO 6668 sur la préparation des échantillons de café vert, et elle se contente de noter que réchauffer la tasse pendant que l'eau bout peut être souhaitable ou nécessaire. C'est une note, pas une exigence, et elle ne donne aucune valeur.

    Un cabinet d'ingénierie a publié un essai comparé qui, à défaut d'être une référence, obéit exactement au raisonnement du chapitre précédent. Trois tasses reçoivent trois onces d'espresso, avec relevé sur vingt-trois minutes. Le gobelet carton de 17,4 grammes part de 81,6 degrés et finit à 38,9 : il démarre le plus haut parce qu'il ne prend presque rien au café, et il finit le plus bas parce qu'il n'isole rien.

    La céramique de 553 grammes part de 78,6 et finit à 41,7 : elle démarre le plus bas parce que sa masse thermique dépasse plusieurs fois celle du café. Le polystyrène part à 80,5 et finit à 46,6, parce qu'il est léger et isolant à la fois.

    Le même travail calcule qu'un rinçage à l'eau chaude ne peut amener la tasse de céramique qu'à 57,4 degrés, contre 77,4 pour le carton. La masse céramique est telle qu'elle ne se laisse pas préchauffer facilement, ce qui est le revers exact de son avantage. Aucune mesure publiée et revue par des pairs de l'écart en tasse entre service froid et service préchauffé n'a été trouvée, et les chiffres qui circulent viennent de sites commerciaux, sans protocole.

    Quant à la porosité et au transfert de goût d'un café au suivant, la formulation commerciale est presque toujours fausse. Ce n'est pas le corps de la tasse qui touche le café, c'est la glaçure, qui est une couche de verre. Tant qu'elle est continue, même une faïence très poreuse ne laisse rien pénétrer. Le problème apparaît quand la glaçure se fendille, défaut qu'on appelle tressaillage : un réseau de microfissures ouvre alors des capillaires vers le corps, et c'est là que s'installent taches et résidus. Aucune mesure instrumentale d'un report d'arôme dans une tasse tressaillée n'a été trouvée. L'affirmation est plausible et non mesurée.

    Là où la réglementation tranche, en revanche, c'est le relargage. La directive européenne de 1984 sur les objets céramiques au contact des aliments fixe, pour un objet creux de moins de trois litres, des limites de migration de 4,0 milligrammes par litre de plomb et 0,3 de cadmium. Une glaçure conforme est une barrière vérifiée, pas une promesse.

    ISO 6668:2008, clause 8.5 ; Glew Engineering, « Thermal Analysis of Espresso Cup Materials », parties 1 et 2 ; ASTM C373-18, méthode de mesure de l'absorption d'eau ; directive 84/500/CEE modifiée par la directive 2005/31/CE

    Dans cette planche

    1. 01Trois choses qu'il faut cesser de confondreLe sujet du récipient est saturé d'affirmations.
    2. 02La tasse sans anse, et l'étui qui prend le statutLes premiers récipients à café décrits dans les sources ne sont pas des tasses au sens européen.
    3. 03La sini éthiopienne, et une route de céramique plus vieille que le caféLa cérémonie éthiopienne sert le café dans de petites tasses sans anse, appelées sini, posées sur un plateau.
    4. 04L'Europe fait l'inverse : elle ajoute une anse et supprime l'étuiLe geste européen est exactement symétrique du geste ottoman.
    5. 05La tazzina, et ce que les textes disent vraimentLa tasse à espresso est le récipient à café le plus souvent présenté comme normalisé.
    6. 06La matière : la question qu'on pose au comptoir est la mauvaiseOn demande toujours quelle matière garde la chaleur.
    7. 07Le préchauffage, la porosité, et deux croyances à trierLe préchauffage est constamment recommandé et presque jamais chiffré.
    8. 08La forme : la seule mesure solide du dossier, et son contre-exempleVoici l'expérience autour de laquelle tourne tout ce domaine.
    9. 09La couleur, le poids, l'épaisseur du bord : trois croyances très inégalesLe métier tient pour acquises trois propositions.
    10. 10Le bol de cupping, seul récipient du café à être normaliséLe café se boit dans à peu près n'importe quoi.
    11. 11Les formes contemporaines : ce qu'on achète est une hypothèse bien dessinéeDepuis une quinzaine d'années, des fabricants vendent la forme du récipient comme un réglage de dégustation et non comme un choix de table.
    12. 12L'Asie, et les récipients faits pour le nezTout ce qui précède regarde vers l'Occident, et c'est un angle mort.
    13. 13Le gobelet, qui est un objet en plastiqueLe gobelet est le récipient le plus répandu du café et le moins décrit.
    14. 14La plus grande enquête jamais faite, et pourquoi elle ne tranche pasIl fallait bien qu'une étude finisse par poser la question au grand nombre.
    15. 15Ce qu'on peut dire en fin de compte, et ce qu'on ne peut pasQuatre choses tiennent debout au terme de cette planche, et elles ne sont pas celles qu'on attendait en commençant.
    16. 16Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
    © 2026 Marco De Sousa Rosa · PXL RoastersTextes sous CC BY-NC-SA 4.0 · outils tous droits réservés · images : voir la provenanceAccueil · Colophon