Établi, associé, ignoré : organe par organe

| Procédé soluble | Date | Principe | Pour / contre |
|---|---|---|---|
| Extraction à contre-courant | batteries dès les années 1930 | 5-8 colonnes, eau 140-180 °C sous pression, rendement 40-55 %, extrait 20-30 % MS | rendement ; composés d'hydrolyse amers |
| Concentration | évaporation sous vide, cryoconcentration, jusqu'à 40 % MS | moins d'eau à sécher | |
| Atomisation | Nescafé, Orbe, 1938 | pulvérisation dans une tour à air ≈ 250 °C, poudre à 2-4 % d'humidité | continu, bon marché ; 57 % des volatils |
| Agglomération | années 1960 | réhumidification brève, granulés, re-séchage | aspect de café moulu ; pas de gain d'arôme |
| Lyophilisation | Maxwell House 1963-64, Nescafé Gold 1965 | congélation −40/−50 °C, broyage, sublimation sous vide | 77 % des volatils, meilleure tasse ; énergie, coût, lots |
| Récupération d'arôme | Hamor et Trigg 1919 ; industriel après 1950 | volatils captés à la vapeur ou à la mouture, réinjectés | sépare le premier prix de la marque |
Cœur. La revue insérée dans le recueil de 2020 rapporte une mortalité cardiovasculaire réduite d'environ 19 % chez les consommateurs habituels, avec un maximum vers trois tasses par jour. La mortalité par AVC y est réduite de 30 %.
Poole et ses coauteurs publient en 2017 dans le BMJ une revue-parapluie, c'est-à-dire une revue qui ne relit pas les études mais les méta-analyses déjà faites sur elles. Celle-ci en compile 201, toutes d'observation, portant sur 67 issues de santé, plus 17 méta-analyses d'essais. Elle retrouve la même forme.
Le risque de décès toutes causes y est le plus bas vers trois tasses par jour, et trois à quatre tasses sont associées à moins de maladies coronariennes que l'abstinence. Ce qui compte ici n'est pas le chiffre, c'est la forme de la courbe. Une relation qui monte puis redescend est plus difficile à fabriquer par un biais simple qu'une relation qui monte toujours. Elle ne démontre rien à elle seule.
La tension, elle, résiste. Les auteurs du recueil écrivent que les résultats sont contradictoires : une prise ponctuelle élève la pression chez le non-consommateur, peu ou pas chez l'habitué. Au-delà de ces deux points, la littérature ne converge pas.
MDPI 2020, p. 117-119, 209-210 ; Poole et al., Coffee consumption and health: umbrella review of meta-analyses of multiple health outcomes, BMJ 359 (2017)Métabolisme et foie. Les méta-analyses citées donnent environ 25 % de risque de diabète de type 2 en moins pour trois à quatre tasses par jour comparées à moins de deux, et 6 % par tasse supplémentaire, effet plus marqué chez les femmes ; personne n'a montré que le café prévient le diabète, et rien ne suggère qu'il l'aggrave. Le foie est l'organe où les associations sont les plus fortes et les plus constantes dans la revue de Poole : moins de cirrhose, de maladie hépatique chronique et de cancer du foie chez les buveurs, et le décaféiné y participe. Goutte et calculs rénaux figurent aussi parmi les issues associées à un risque plus bas. Toutes ces phrases décrivent des associations.
MDPI 2020, p. 209 ; Poole et al., BMJ 2017 ; LC ch. 19Cerveau. Le recueil signale une association possible entre consommation modérée et moindre déclin cognitif, moindre risque de Parkinson et d'Alzheimer, mécanisme non démontré. Sur Parkinson, les méta-analyses sont plus fournies : Qi et Li (2014) trouvent un risque relatif de 0,72 vers trois tasses par jour après ajustement sur le tabac, et Hong et coauteurs (Nutrients, 2020) un rapport de risque de 0,80 chez les consommateurs réguliers, avec un effet dose surtout chez les hommes.
Le problème de méthode y est plus sévère qu'ailleurs : ces maladies s'installent sur des décennies, la consommation est mesurée une fois par questionnaire, et les premières atteintes modifient les habitudes bien avant le diagnostic. Le récepteur A2A, cible des antagonistes testés contre Parkinson, donne au moins une piste biologique.
MDPI 2020, p. 42-45, 209 ; Qi & Li, Geriatr. Gerontol. Int. 14 (2014) ; Hong et al., Nutrients 12 (2020) 1860 ; Jacobson et al., Br. J. Pharmacol. 2022Cancer. Le chapitre du recueil consacré au cancer colorectal s'appuie sur une méta-analyse de 26 études prospectives et 3,3 millions de sujets. Elle ne trouve aucune association globale, ni avec le cancer colorectal ni avec le rectal. Sur le côlon seul, elle trouve un effet protecteur modeste mais significatif, plus marqué chez les hommes européens et les femmes asiatiques.
Un détail que les articles grand public omettent retourne pourtant la lecture. L'effet protecteur apparaît chez les buveurs de décaféiné, pas chez ceux de caféiné. Si un effet existe, la caféine n'en est donc probablement pas le moteur.
L'inverse ne se conclut pas davantage. Les buveurs de décaféiné ne sont pas un échantillon comme les autres : on y vient souvent sur conseil médical, et le facteur de confusion décrit plus haut reprend la main. Conclusion des auteurs : les données ne suffisent pas à démontrer un rôle protecteur.
Le verdict institutionnel a bougé dans le même sens. Le Centre international de recherche sur le cancer avait classé le café « peut-être cancérogène », groupe 2B, en 1991. Il l'a reclassé en juin 2016 dans le groupe 3, « inclassable », après revue de plus de mille études (monographie 116).
Le groupe 3 ne veut pas dire inoffensif. Il veut dire que les données ne permettent pas de trancher, dans un sens ni dans l'autre. Ce n'est pas un acquittement du café, c'est un non-lieu. Et la même monographie place les boissons bues à plus de 65 °C dans le groupe 2A, « probablement cancérogènes » pour l'œsophage. C'est la température qui reçoit le verdict, pas la boisson.
MDPI 2020, p. 269-274 ; CIRC, communiqué 244 du 15/06/2016 et monographie 116, Drinking coffee, mate, and very hot beverages (2018) ; LC ch. 19Dans cette planche
- 01La moléculeLa caféine est la 1,3,7-triméthylxanthine, formule C₈H₁₀N₄O₂, un alcaloïde du groupe des purines, parent de la théobromine du cacao (diméthylxanthine) et de la théophylline du thé.
- 02Ce qu'elle fait pour la planteLe caféier fabrique sa caféine en trois méthylations successives à partir de la xanthosine : xanthosine, 7-méthylxanthosine, 7-méthylxanthine, théobromine, caféine.
- 03Teneurs : espèces, variétés, caféiers sans caféineCertains caféiers n'en fabriquent pas. Coste range dans la section Mascarocoffea dix-huit espèces malgaches et mascarines dépourvues de caféine ; Ukers cite déjà en 1922 C. mauritiana à 0,07 % et C. humboldtiana à zéro, mais avec un principe amer, la cafamarine, qui rend l'infusion imbuvable, et rapporte que Willcox, analysant des cafés sauvages de Madagascar, n'en a pas trouvé d'exempt de caféine.
- 04Ce qu'elle fait au corps : la pharmacologieLa caféine est absorbée en totalité par le tube digestif et atteint son pic sanguin en trente à soixante minutes ; le thé libère la même molécule plus lentement, ce qui explique la sensation différente à dose égale.
- 05La génétique de la réponseTeneur approchée par portion servie, comparée au seuil de deux cents milligrammes par prise retenu par l'EFSA pour un adulte.
- 06Comment lire une étude sur le caféPresque tout ce qui circule sur le café et la santé vient d'études d'observation : on enregistre ce que déclarent boire des dizaines ou des centaines de milliers de personnes, on suit ce qui leur arrive, on compare.
- 07Établi, associé, ignoré : organe par organeCœur. La revue insérée dans le recueil de 2020 rapporte une mortalité cardiovasculaire réduite d'environ 19 % chez les consommateurs habituels, avec un maximum vers trois tasses par jour.
- 08Sommeil, grossesse, seuilsLe sommeil est le point de contact le mieux mesuré.
- 09Combien dans la tasseToutes les valeurs ci-dessus sont en milligrammes, et tous les articles grand public les convertissent en tasses.
- 10Trois croyances de 1685, et une quatrièmeDufour, dans ses Traitez nouveaux et curieux du café (1685), répondait déjà aux trois questions que l'Europe se posait sur le café.
- 11Le décaféinéEnlever la caféine du grain est une industrie à part entière, née à Brême en 1905.
- 12Le soluble : de Kato à NescaféLes précurseurs sont des extraits, c'est-à-dire du café déjà infusé, puis réduit ou mêlé à un corps gras : pas encore une poudre.
- 13Fabriquer le solubleExtraction. Le café part torréfié plutôt clair et moulu grossièrement, pour limiter les fines, ces particules minuscules qui freinent l'écoulement.
- 14Aujourd'hui (2024-2026)Le soluble. Il gagne du terrain, et il le gagne à contre-courant.
- 15Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.