PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche XVIII · section 11 sur 18

    Ce qui reste à sauver : 60 % des espèces menacées

    Plusieurs rameaux fleuris de Coffea salvatrix couvrent la planche en éventail, feuilles étroites et bouquets de petites fleurs sèches groupés à l'aisselle des tiges. Une étiquette imprimée en bas porte la mention CULTIVATED PLANTS, signe que le pied provient d'une collection d'essai et non de la forêt, et rappelle la raison du nom donné à l'espèce, le caféier que l'on espérait salvateur face aux maladies.
    Planche d'herbier du spécimen type de Coffea salvatrix, récolté par Swynnerton en 1935The Trustees of the Natural History Museum, London · CC BY 4.0
    F1 (WCR 2025)ParentsSélectionneurRouilleAltitudeMultiplication
    CentroamericanoT5296 × Rume SudanCIRAD-CATIE-PROMECAFÉHaute résistanceBasse à hauteEmbryogenèse somatique
    MilenioT5296 × Rume SudanCIRAD-CATIE-PROMECAFÉHaute résistanceMoyenne, hauteSomatique ; non uniforme
    Mundo MayaT5296 × ET01 (sauvage éthiopienne)CIRAD-ECOMHaute résistanceMoyenne, hauteSomatique
    EsperanzaT5296 × ET25CIRAD-CATIE-PROMECAFÉHaute résistanceBasse à hauteSomatique
    StarmayaCIR-SM01 (mâle-stérile) × MarsellesaCIRAD-ECOMHaute résistanceMoyenneSemence de verger (2019)
    NayaritaNaryelis (Catimor) × ET26CIRAD-ECOMFaibleHauteSomatique
    EvalunaNaryelis × ET06CIRAD-ECOMIntermédiaireHauteSomatique
    CasiopeaCaturra × ET41CIRAD-CATIE-PROMECAFÉSensibleHauteSomatique ; qualité exceptionnelle
    H3Caturra × E531CIRAD-CATIE-PROMECAFÉSensibleHauteSomatique
    Ruiru 11Catimor × multicroisement (K7, SL28, N39, Rume Sudan)CRF / KALRO, KenyaHaute résistanceBasse à hauteSemence de croisement manuel
    WCR, Coffee Varieties Catalog 2025, p. 25, 31, 35, 36, 39, 55, 57, 59, 71, 79 ; Georget et al. 2019
    • En janvier 2019l'équipe d'Aaron Davis (Kew) a appliqué pour la première fois les critères de la Liste rouge de l'UICN à la totalité des 124 espèces sauvages de Coffea alors connues (Science Advances). Résultat : 75 espèces, soit 60 %, sont menacées d'extinction, dont 13 en danger critique, 40 en danger et 22 vulnérables
    • 35 ne sont pas menacées
    • 14 sont classées « données insuffisantes ». La moyenne mondiale pour l'ensemble des plantes est de 22 %
    • le thé sauvage (Camellia) est à 45,4 %, la mangue à 52,4 %, seuls les palmiers malgaches Dypsis font pire (73,8 %). Madagascar concentre 43 espèces menacées (72 % des siennes), la Tanzanie 12 (71 %). Neuf des quatorze espèces à données insuffisantes n'ont pas été revues depuis 1940
    • cinq espèces asiatiques (C. cochinchinensis, C. floresiana, C. fragrans, C. horsfieldiana, C. malabarica) ne sont connues que par trois spécimens d'herbier ou moins, tous antérieurs à 1900, et pourraient être éteintes
    • trois espèces angolaises sont introuvables faute d'accès au terrain. Les six espèces malgaches et l'espèce camerounaise décrites depuis n'ont pas été évaluées : 60 % est un plancher.
    Davis et al. 2019, Science Advances 5(1), eaav3473, p. 1-3 et fig. 1 ; LC ch. 4 et 21

    L'arabica sauvage lui-même est classé « en danger », et la manière dont il y est arrivé est le fait le plus troublant de l'article : évalué sur les critères habituels, il sort en « préoccupation mineure » ; en intégrant les projections climatiques, il saute trois catégories. Ce n'est pas l'état de la plante qui a changé, c'est l'horizon du calcul. Sur l'aire forestière que l'espèce pourrait occuper en Éthiopie et au Soudan du Sud, environ 4 % (1 681 km²) sont en aire protégée.

    Les auteurs qualifient le genre de « sensible à l'extinction » pour cinq traits : niches climatiques étroites, faible potentiel adaptatif, dépendance à la forêt, régénération médiocre, et auto-incompatibilité quasi universelle, qui fait qu'une population fragmentée cesse d'avoir une descendance avant de mourir. L'arabica, autofécond à plus de 90 % selon Coste, est l'exception qui a permis à un plant unique de fonder des caféicultures entières, et qui l'a laissé génétiquement pauvre.

    Davis et al. 2019, p. 3-5 ; Moat, Gole & Davis 2019, Global Change Biology 25, « Least concern to endangered », doi 10.1111/gcb.14341 ; Coste 1955 ; LC ch. 21

    Dans cette planche

    1. 01Le cahier des charges d'une plante de sous-boisLe caféier arabica demande une moyenne annuelle de 20 à 25 °C, tolère des minima autour de 15 °C et des maxima autour de 30 °C, et ne supporte pas le gel : l'arbre meurt entre moins deux et moins trois degrés.
    2. 02Ce que le climat fait déjà : rouille, gel, sécheresseLe premier signal n'a pas été une température mais un champignon.
    3. 03Ce que les modèles annoncent pour 2050La première projection globale revue par les pairs est celle de Bunn, Läderach, Ovalle-Rivera et Kirschke, parue dans Climatic Change en 2015.
    4. 04Première réponse : monter, ombrager, irriguerLes producteurs ne lisent pas les modèles, ils déplacent des pépinières.
    5. 05Mécaniser : ce que la machine compense, et où elle ne passe pasDans un café cueilli à la main, la récolte est le poste le plus lourd du coût de production.
    6. 06Deuxième réponse : les hybrides F1 et l'industrialisation de la sélectionUn hybride F1 est le croisement de première génération entre deux parents génétiquement éloignés, typiquement une lignée résistante issue de l'hybride de Timor et une accession sauvage éthiopienne ou soudanaise ; il cumule vigueur, rendement et résistance dans des proportions qu'on ne sait pas obtenir autrement.
    7. 07Troisième réponse : lire, puis éditer les génomesEn avril 2024, Salojärvi et coauteurs publient dans Nature Genetics le génome de référence de l'arabica.
    8. 08Ce qui se passe sous l'arbreCette planche parle d'ombrage, d'altitude, d'irrigation, de variétés.
    9. 09La réserve des espèces oubliéesLe genre Coffea compte 130 espèces décrites depuis que Davis et Rakotonasolo en ont ajouté six du nord de Madagascar dans Kew Bulletin en 2021 (C. callmanderi, C. darainensis, C. kalobinonensis, C. microdubardii, C. pustulata, C. rupicola), quatre d'entre elles strictement endémiques d'un massif.
    10. 10Le canephora comme avenir, et ses limitesLe canephora représente aujourd'hui environ 40 % de la production mondiale, contre 25 % au début des années 1990.
    11. 11Ce qui reste à sauver : 60 % des espèces menacéesL'arabica sauvage lui-même est classé « en danger », et la manière dont il y est arrivé est le fait le plus troublant de l'article : évalué sur les critères habituels, il sort en « préoccupation mineure » ; en intégrant les projections climatiques, il saute trois catégories.
    12. 12Les banques de gènes : une plantation, pas un coffreLa graine de café n'accepte pas le traitement qui rend possibles les grandes réserves de semences.
    13. 13L'économie : record de production, fermes minuscules, recherche sous-financéeLe paradoxe de 2025-2026 tient en deux chiffres.
    14. 14La réglementation : le règlement européen contre la déforestationPour le café, toute la difficulté tient dans un verbe : géolocaliser.
    15. 15La demande : l'Asie, la spécialité, le café sans grainLa demande se déplace vers l'est. Le rapport GAIN de l'USDA de janvier 2026 chiffre le marché chinois du café à 42 milliards de dollars en 2024.
    16. 16Ce qu'on ne sait toujours pasLa revue de Yang et coauteurs (2026) dresse la liste explicite de ce que la science ignore : la fonction des gènes candidats dans un fond tétraploïde, les voies de biosynthèse des précurseur…
    17. 17Aujourd'hui (septembre 2026)Où en est-on à l'heure où cette planche s'arrête ? Voici l'état des lieux, en quatre temps.
    18. 18Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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