Ce que les modèles annoncent pour 2050

| Étude | Horizon | Résultat |
|---|---|---|
| Bunn et al. 2015, Climatic Change | 2050 | Environ -50 % de surface mondiale climatiquement apte, tous scénarios |
| Ovalle-Rivera et al. 2015, PLOS One | 2050 | 21 modèles ; climats favorables remontant de 400-2 000 m à 800-2 500 m en Mésoamérique |
| Moat et al. 2017, Nature Plants | 2070-2099 | Éthiopie : 39 à 59 % de l'aire inapte sans migration ; x4 avec relocalisation et forêt |
| Moat, Gole & Davis 2019, GCB | 2019 | Arabica sauvage : de « préoccupation mineure » à « en danger » par les seules projections climatiques |
| Kath et al. 2020, GCB | observé | Canephora : optimum < 20,5 °C ; -14 % de rendement par degré au-dessus |
| Grüter et al. 2022, PLOS One | 2050 | Classe d'aptitude maximale divisée par plus de deux ; Brésil -80 % de terres les plus aptes |
| Rabobank, 30 mars 2026 | 2050 | 8 % des surfaces déjà inaptes, 20 % en 2050 ; Honduras 53 → 12 %, Éthiopie 39 → 50 % |
La première projection globale revue par les pairs est celle de Bunn, Läderach, Ovalle-Rivera et Kirschke, parue dans Climatic Change en 2015.
Elle part d'une base de sites de production géoréférencés, c'est-à-dire de parcelles dont on connaît les coordonnées exactes. Des algorithmes d'apprentissage en tirent le climat que le café accepte réellement.
Sa conclusion : d'ici 2050, la surface mondiale climatiquement apte au café se réduirait d'environ 50 %, quel que soit le scénario d'émissions. Le résultat ne dépend donc pas de l'hypothèse qu'on retient sur les émissions futures.
Le détail par espèce compte autant que le total. L'arabica souffre des températures. Le canephora souffre de la variabilité intra-saisonnière, c'est-à-dire des écarts de chaleur et de pluie à l'intérieur d'une même saison. Les deux perdent, pour deux raisons différentes.
La même année, Ovalle-Rivera et coauteurs croisent dans PLOS One 21 modèles de circulation générale sur le scénario A2a. Croiser des modèles sert à isoler ce sur quoi ils s'accordent, ce qu'un modèle pris seul ne peut pas dire.
Dans le scénario médian, 37 % de l'aire actuelle perdrait 20 à 40 % d'aptitude. En Mésoamérique, les climats favorables à l'arabica remonteraient de la bande 400-2 000 m vers 800-2 500 m.
La carte se redessine donc par le haut. Les basses altitudes et les hautes latitudes perdent. Les hauts plateaux proches de l'équateur, Éthiopie, Kenya, Colombie d'altitude, peuvent gagner.
Bunn et al. 2015, Climatic Change 129, p. 89-101, doi 10.1007/s10584-014-1306-x ; Ovalle-Rivera et al. 2015, PLOS One 10(4) e0124155Grüter et ses coauteurs, de la ZHAW, ajoutent en janvier 2022 dans PLOS One une variable que les autres laissaient de côté : les sols. Et ils comparent trois cultures, le café, l'anacardier et l'avocatier.
Le café en sort comme la plus vulnérable des trois, avec des impacts négatifs dans toutes les grandes régions productrices. Sous un scénario pourtant modéré, la surface mondiale de la meilleure classe d'aptitude diminue de plus de moitié par rapport à 2000, et le Brésil perd près de 80 % de ses terres les plus aptes.
Pour l'Éthiopie, Moat, Davis et leurs coauteurs avaient publié en 2017 dans Nature Plants un résultat en deux temps qu'il faut lire en entier, parce qu'on n'en cite d'habitude que la moitié.
Premier temps : de 39 à 59 % de l'aire cultivée actuelle deviendrait inapte d'ici 2070-2099. Deuxième temps, et c'est celui qu'on oublie : une relocalisation en altitude, combinée à la conservation ou au rétablissement des forêts, pourrait au contraire quadrupler la surface apte.
La différence entre ces deux futurs n'est pas climatique, elle est politique. Le pays s'est réchauffé de 1,3 °C entre 1960 et 2006, et le café y fait vivre 15 millions de personnes sur quatre millions de petites fermes.
Le sixième rapport du GIEC, en 2022, retient dans son groupe II, chapitre 5, que les tendances au réchauffement et à l'assèchement ont déjà réduit les zones aptes au café sous les tropiques. Il consacre même un encadré à l'adaptation et à la maladaptation dans le cacao et le café, c'est-à-dire aux réponses qui aggravent le problème qu'elles prétendent régler.
Grüter et al. 2022, PLOS One 17(1) e0261976 ; Moat et al. 2017, Nature Plants 3, 17081, résumé et p. 1 ; IPCC AR6 WGII 2022, ch. 5, ipcc.chLe travail le plus récent n'est pas académique : c'est un rapport de Rabobank publié le 30 mars 2026. Il reprend la méthode de l'étude zurichoise de 2022, ce qui permet de comparer les deux.
Sa conclusion d'ensemble tient en deux chiffres. Aujourd'hui, 8 % des surfaces actuellement plantées en arabica sont déjà hors des conditions climatiques de l'espèce. En 2050, cette part atteindrait environ 20 %.
Le premier des deux n'est pas une projection mais un constat : sur ces parcelles, le climat est déjà sorti de la plage que l'arabica accepte.
Le détail par pays est plus parlant que le total. La part du territoire apte passerait de 81 à 62 % au Brésil, et de 56 à 45 % en Colombie. Le Honduras est le cas le plus sévère : de 53 à 12 %.
Tout le monde ne perd pas. En Éthiopie, elle monterait de 39 à 50 %, et les zones de très haute aptitude tripleraient (4 à 13 %).
Ces quatre pays pesaient 58 % des exportations mondiales d'arabica en 2023/24. Ce que décrit le rapport ne concerne donc pas quelques régions marginales, mais la majorité de l'offre.
Reste à savoir qui écrit. Une banque qui prête à la filière n'a pas les intérêts d'une équipe universitaire. Elle a en revanche des données de terrain que celle-ci n'a pas toujours. Le document se lit comme une projection sérieuse, non comme un résultat établi.
Rabobank, « Climate change redefines suitability and resilience in global arabica coffee production », 30 mars 2026, rabobank.com ; Daily Coffee News, 2 avr. 2026 ; LC ch. 21Le canephora est souvent présenté comme la solution de repli. Ses limites sont pourtant mesurées, et elles le sont sur des fermes réelles.
Kath et coauteurs ont suivi 798 fermes d'Asie du Sud-Est pendant dix ans, et publié le résultat dans Global Change Biology en 2020. Dix ans de suivi au champ ne disent pas la même chose qu'un stress provoqué en laboratoire : on mesure ce que l'arbre fait chez le planteur.
L'optimum de rendement se situe sous 20,5 °C de moyenne. C'est bien en dessous des 22-30 °C affichés par la littérature agronomique. Autrement dit, la fourchette qu'on cite partout n'est pas un optimum de rendement.
Le coût du dépassement est chiffré. Chaque degré au-dessus de 16,2 °C de minimale et de 24,1 °C de maximale fait perdre environ 14 % du rendement, soit 350 à 460 kg par hectare. Au-delà de 25,1 °C, les rendements sont inférieurs de moitié.
Cette étude explique après coup la sensibilité des hauts plateaux vietnamiens à l'El Niño de 2023-2024. Elle relativise surtout l'idée d'une bascule sans coût vers le canephora : l'espèce encaisse la chaleur mieux que l'arabica, mais elle l'encaisse en rendement.
Kath et al. 2020, Global Change Biology 26(6), « Not so robust », doi 10.1111/gcb.15097Dans cette planche
- 01Le cahier des charges d'une plante de sous-boisLe caféier arabica demande une moyenne annuelle de 20 à 25 °C, tolère des minima autour de 15 °C et des maxima autour de 30 °C, et ne supporte pas le gel : l'arbre meurt entre moins deux et moins trois degrés.
- 02Ce que le climat fait déjà : rouille, gel, sécheresseLe premier signal n'a pas été une température mais un champignon.
- 03Ce que les modèles annoncent pour 2050La première projection globale revue par les pairs est celle de Bunn, Läderach, Ovalle-Rivera et Kirschke, parue dans Climatic Change en 2015.
- 04Première réponse : monter, ombrager, irriguerLes producteurs ne lisent pas les modèles, ils déplacent des pépinières.
- 05Mécaniser : ce que la machine compense, et où elle ne passe pasDans un café cueilli à la main, la récolte est le poste le plus lourd du coût de production.
- 06Deuxième réponse : les hybrides F1 et l'industrialisation de la sélectionUn hybride F1 est le croisement de première génération entre deux parents génétiquement éloignés, typiquement une lignée résistante issue de l'hybride de Timor et une accession sauvage éthiopienne ou soudanaise ; il cumule vigueur, rendement et résistance dans des proportions qu'on ne sait pas obtenir autrement.
- 07Troisième réponse : lire, puis éditer les génomesEn avril 2024, Salojärvi et coauteurs publient dans Nature Genetics le génome de référence de l'arabica.
- 08Ce qui se passe sous l'arbreCette planche parle d'ombrage, d'altitude, d'irrigation, de variétés.
- 09La réserve des espèces oubliéesLe genre Coffea compte 130 espèces décrites depuis que Davis et Rakotonasolo en ont ajouté six du nord de Madagascar dans Kew Bulletin en 2021 (C. callmanderi, C. darainensis, C. kalobinonensis, C. microdubardii, C. pustulata, C. rupicola), quatre d'entre elles strictement endémiques d'un massif.
- 10Le canephora comme avenir, et ses limitesLe canephora représente aujourd'hui environ 40 % de la production mondiale, contre 25 % au début des années 1990.
- 11Ce qui reste à sauver : 60 % des espèces menacéesL'arabica sauvage lui-même est classé « en danger », et la manière dont il y est arrivé est le fait le plus troublant de l'article : évalué sur les critères habituels, il sort en « préoccupation mineure » ; en intégrant les projections climatiques, il saute trois catégories.
- 12Les banques de gènes : une plantation, pas un coffreLa graine de café n'accepte pas le traitement qui rend possibles les grandes réserves de semences.
- 13L'économie : record de production, fermes minuscules, recherche sous-financéeLe paradoxe de 2025-2026 tient en deux chiffres.
- 14La réglementation : le règlement européen contre la déforestationPour le café, toute la difficulté tient dans un verbe : géolocaliser.
- 15La demande : l'Asie, la spécialité, le café sans grainLa demande se déplace vers l'est. Le rapport GAIN de l'USDA de janvier 2026 chiffre le marché chinois du café à 42 milliards de dollars en 2024.
- 16Ce qu'on ne sait toujours pasLa revue de Yang et coauteurs (2026) dresse la liste explicite de ce que la science ignore : la fonction des gènes candidats dans un fond tétraploïde, les voies de biosynthèse des précurseur…
- 17Aujourd'hui (septembre 2026)Où en est-on à l'heure où cette planche s'arrête ? Voici l'état des lieux, en quatre temps.
- 18Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.