Troisième réponse : lire, puis éditer les génomes

| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Exploitations caféières | 12,5 millions, 95 % sous 5 ha | Enveritas / ICO 2019 ; ITC |
| Personnes vivant du café | 125 millions | ICO |
| Production mondiale 2025/26 | 178,8 M de sacs (record) | USDA, juin 2025 |
| Brésil 2026/27 | 71,9 M de sacs (record), 47,5 arabica | USDA, juin 2026 |
| Vietnam 2026/27 | 32,5 M de sacs (record) | USDA, juin 2026 |
| Part du canephora | ~40 % (25 % vers 1990) | USITC |
| Arabica, pic | 4,41 $/lb, février 2025 | ICE / PDG |
| Arabica, 4 sept. 2026 | 295,6 cents/lb | Trading Economics |
| Stocks ICE, 31 août 2026 | 223 976 sacs, plus bas depuis 27 ans | Trading Economics |
| Recherche agronomique café | 115 M$/an ; besoin +452 M$ | WCR, juin 2023 |
| Espèces de Coffea | 130 décrites, 2 cultivées, 75 menacées sur 124 évaluées | Davis 2019, 2021 |
| Collection CATIE | ~2 000 accessions, 23 espèces, 5 % dupliquées | Crop Trust 2019 |
En avril 2024, Salojärvi et coauteurs publient dans Nature Genetics le génome de référence de l'arabica. Un génome de référence, c'est la lecture ordonnée de tout l'ADN d'une espèce, la carte que consulteront ensuite ceux qui cherchent un gène.
Ils publient aussi celui de ses deux parents. L'arabica est né du croisement de deux espèces, et sans leurs génomes on ne sait pas de qui il tient quoi.
Le travail porte sur 41 accessions d'arabica reséquencées. Parmi elles, un spécimen du XVIIIe siècle fourni par la Linnean Society de Londres, qui donne un point de comparaison très ancien. Parmi elles aussi, l'hybride de Timor et cinq de ses rétrocroisements.
Trois méthodes indépendantes datent l'hybridation fondatrice entre les ancêtres de canephora et d'eugenioides entre 610 000 et 350 000 ans avant le présent. Trois méthodes qui convergent, c'est ce qui fait tenir une date.
Les auteurs signalent explicitement que l'estimation de 20 000 ans avancée par Scalabrin et coauteurs en 2020 (Scientific Reports) est probablement une sous-estimation, biaisée par les goulots d'étranglement de population. Un goulot d'étranglement, c'est un effondrement du nombre d'individus : une part de la diversité accumulée disparaît avec eux. La lignée paraît alors plus jeune qu'elle n'est.
Cette date concerne l'événement évolutif, pas les hommes. La domestication au Yémen lui est postérieure de plusieurs centaines de milliers d'années.
Salojärvi et al. 2024, Nature Genetics 56, p. 721-731, p. 722-725 ; Scalabrin et al. 2020, Scientific Reports 10, 4642 ; LC ch. 1 et digest génétiqueLe même article localise ce qui compte pour la sélection. L'introgression de l'hybride de Timor, c'est-à-dire l'entrée durable, dans une espèce, de matériel génétique venu d'une autre, couvre 7 à 11 % du génome des lignées résistantes.
Trois gènes candidats de résistance à la rouille (RPP8, CPR1, LRK10L) sont isolés sur le chromosome 4. Et le Geisha panaméen est génétiquement proche d'accessions sauvages collectées près du mont Gesha, sur le versant occidental du Rift éthiopien.
Disposer de ces positions change le calendrier du sélectionneur. On trie de jeunes plants sur marqueurs, au lieu d'attendre que la rouille passe au champ pour voir qui tient.
La revue de 2026 pose deux réserves. La fonction de ces gènes candidats reste à valider dans un fond tétraploïde. Celui de l'arabica porte quatre jeux de chromosomes, donc plusieurs copies de chaque gène à vérifier. Et les voies de biosynthèse des précurseurs d'arôme demeurent peu explorées.
Au Brésil, 97,55 % des cultivars descendent des seuls groupes Typica et Bourbon. Lire le génome ne crée pas de diversité. Cela mesure ce qui manque.
Salojärvi et al. 2024, p. 726-727 ; Yang et al. 2026, p. 6 ; WCR, Catalog 2025, p. 10- L'édition du génome est l'étape suivante, et elle en est au stade de la preuve de concept. Breitler et coauteurs (CIRAD) ont montré en 2018, dans Plant Cell, Tissue and Organ Culture, qu'une mutagenèse ciblée par CRISPR/Cas9 est efficace chez Coffea canephora et pourrait accélérer sa domestication
- Casarin et coauteurs (Scientific Reports2022) ont obtenu sur le clone 14 de canephora, avec plusieurs guides visant le gène de la phytoène désaturase, 77 % de plantes portant les mutations attendues dont la moitié homozygotes sur au moins une cible
- Leibrock et coauteurs (Food Science and Biotechnology, 2022) ont identifié les gènes XMT et DXMT comme cibles d'un café naturellement sans caféine et discuté l'acceptabilité sociale d'un tel produit. Les cibles évidentes sont la caféine (supprimer une étape industrielle de décaféination), les gènes de résistance à la rouille localisés en 2024, et la tolérance thermique
- les obstacles sont la tétraploïdie de l'arabica, qui multiplie les copies à éditer, la lenteur de la régénération par embryogenèse somatique, et des régimes réglementaires divergents, l'Union européenne traitant encore les plantes éditées comme des OGM tandis que plusieurs pays producteurs ne le font pas. Aucun café édité n'est cultivé commercialement à la date de cette planche.
Dans cette planche
- 01Le cahier des charges d'une plante de sous-boisLe caféier arabica demande une moyenne annuelle de 20 à 25 °C, tolère des minima autour de 15 °C et des maxima autour de 30 °C, et ne supporte pas le gel : l'arbre meurt entre moins deux et moins trois degrés.
- 02Ce que le climat fait déjà : rouille, gel, sécheresseLe premier signal n'a pas été une température mais un champignon.
- 03Ce que les modèles annoncent pour 2050La première projection globale revue par les pairs est celle de Bunn, Läderach, Ovalle-Rivera et Kirschke, parue dans Climatic Change en 2015.
- 04Première réponse : monter, ombrager, irriguerLes producteurs ne lisent pas les modèles, ils déplacent des pépinières.
- 05Mécaniser : ce que la machine compense, et où elle ne passe pasDans un café cueilli à la main, la récolte est le poste le plus lourd du coût de production.
- 06Deuxième réponse : les hybrides F1 et l'industrialisation de la sélectionUn hybride F1 est le croisement de première génération entre deux parents génétiquement éloignés, typiquement une lignée résistante issue de l'hybride de Timor et une accession sauvage éthiopienne ou soudanaise ; il cumule vigueur, rendement et résistance dans des proportions qu'on ne sait pas obtenir autrement.
- 07Troisième réponse : lire, puis éditer les génomesEn avril 2024, Salojärvi et coauteurs publient dans Nature Genetics le génome de référence de l'arabica.
- 08Ce qui se passe sous l'arbreCette planche parle d'ombrage, d'altitude, d'irrigation, de variétés.
- 09La réserve des espèces oubliéesLe genre Coffea compte 130 espèces décrites depuis que Davis et Rakotonasolo en ont ajouté six du nord de Madagascar dans Kew Bulletin en 2021 (C. callmanderi, C. darainensis, C. kalobinonensis, C. microdubardii, C. pustulata, C. rupicola), quatre d'entre elles strictement endémiques d'un massif.
- 10Le canephora comme avenir, et ses limitesLe canephora représente aujourd'hui environ 40 % de la production mondiale, contre 25 % au début des années 1990.
- 11Ce qui reste à sauver : 60 % des espèces menacéesL'arabica sauvage lui-même est classé « en danger », et la manière dont il y est arrivé est le fait le plus troublant de l'article : évalué sur les critères habituels, il sort en « préoccupation mineure » ; en intégrant les projections climatiques, il saute trois catégories.
- 12Les banques de gènes : une plantation, pas un coffreLa graine de café n'accepte pas le traitement qui rend possibles les grandes réserves de semences.
- 13L'économie : record de production, fermes minuscules, recherche sous-financéeLe paradoxe de 2025-2026 tient en deux chiffres.
- 14La réglementation : le règlement européen contre la déforestationPour le café, toute la difficulté tient dans un verbe : géolocaliser.
- 15La demande : l'Asie, la spécialité, le café sans grainLa demande se déplace vers l'est. Le rapport GAIN de l'USDA de janvier 2026 chiffre le marché chinois du café à 42 milliards de dollars en 2024.
- 16Ce qu'on ne sait toujours pasLa revue de Yang et coauteurs (2026) dresse la liste explicite de ce que la science ignore : la fonction des gènes candidats dans un fond tétraploïde, les voies de biosynthèse des précurseur…
- 17Aujourd'hui (septembre 2026)Où en est-on à l'heure où cette planche s'arrête ? Voici l'état des lieux, en quatre temps.
- 18Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.