Aujourd'hui (2023-2026)

Le cycle où nous sommes a commencé par un creux. En mai 2019, le contrat C tombe à 87,60 cents la livre, son plus bas en treize ans, après une année 2018 passée sous le dollar. À ce niveau, une grande partie des producteurs vend à perte.
Puis il a plus que doublé en 2021. Il s'est retourné. Et il a enchaîné les records.
Le 5 février 2025, il passe pour la première fois au-dessus de 4 dollars. Suivent treize séances consécutives de record, jusqu'au 10 février. À la mi-février, le plus haut historique : 440,85 cents la livre, au-dessus des 339,86 cents d'avril 1977, qui tenaient depuis presque cinquante ans. Le canephora de Londres touche 5 849 dollars la tonne dans la même semaine.
Les causes sont de deux natures, et elles se sont additionnées.
Physiques d'abord : sécheresse et chaleur au Brésil en 2024, campagne canephora vietnamienne dégradée.
S'y ajoutent des déficits mondiaux dans trois des quatre dernières campagnes. Un déficit, ici, veut dire qu'on a consommé plus de café qu'on n'en a produit, et que la différence est allée se chercher dans les stocks. Le cumul entre 2021-2022 et 2024-2025 atteint 17,91 millions de sacs manquants.
Financières ensuite, et c'est ce qui transforme un déficit en flambée. Les stocks des consommateurs européens sont tombés de 15,04 millions de sacs au début de 2022-2023 à 7,86 millions au 31 octobre 2025, et les stocks certifiés par la bourse sont au plus bas. Quand il n'y a plus de coussin, chaque mauvaise nouvelle se paie comptant.
CNBC/Reuters, 11 avr. 2019 ; Interactive Brokers, A brewing storm for Arabica coffee, et Food Business News, févr. 2025 ; Covoya (record de 1977) ; ICO, Coffee Market Report, déc. 2025, p. 4 (consultés le 7 sept. 2026)Depuis ce sommet, le cours redescend par paliers, sans jamais revenir à son ancien niveau. Le détail mois par mois se lit mieux dans un tableau que dans une phrase, et chaque décrochage a sa cause.
| Mois | I-CIP, cents/livre | Ce qui se passe |
|---|---|---|
| décembre 2025 | 304,68 | |
| janvier 2026 | 296,89 | |
| février | 267,57 | |
| mars | 273,70 | perturbations du détroit d'Ormuz |
| avril | 266,24 | |
| mai | 256,05 | |
| juin | 248,90 | |
| juillet 2026 | 287,26 | récolte brésilienne ralentie par les pluies, risque El Niño |
Ce rebond de juillet tient à un chiffre que les opérateurs surveillent comme le lait sur le feu : au 15 juillet 2026, le Brésil n'avait récolté que 64 % de sa récolte, contre 77 % un an plus tôt. Un retard de cueillette n'est pas une perte de récolte, mais il suffit à faire douter, et le doute se paie.
Le 31 août 2026, le contrat C clôture à 314 cents, et le canephora de septembre à 3 884 dollars la tonne.
Côté volumes, les exportations mondiales de café vert d'octobre 2025 à juin 2026 atteignent 92,1 millions de sacs, en baisse de 1,1 %. Des prix à ce niveau n'auront donc pas suffi à faire sortir davantage de café des pays producteurs.
Dans ce total, la part des arabicas est tombée à 60,4 %. C'est pourtant l'arabica lavé que cote le contrat C, la référence dont tout le monde parle : le prix vedette porte sur une part du commerce qui se réduit.
Et pour la suite, l'USDA prévoit pour 2025-2026 une production record de 178,8 millions de sacs, et une consommation record elle aussi, de 173,9 millions.
Les stocks finaux, c'est-à-dire ce qui reste en réserve quand la campagne se termine, sont attendus à 20,1 millions de sacs. Ils reculent pour la cinquième année consécutive.
Voilà le paradoxe de cette période : on n'a jamais tant produit, et le matelas continue de s'amincir.
Pour 2026-2027, le bureau USDA de Brasília annonce une récolte brésilienne record de 71,9 millions de sacs. L'arabica en fournit 47,5 millions, en hausse de 25 %, et le canephora 24,4 millions. Le pays exporterait 49,07 millions de sacs.
ICO, Coffee Market Reports, déc. 2025 à juillet 2026 (ico.org/documents/cy2025-26) ; Barchart, KCU26, 31 août 2026 ; Comunicaffe, USDA déc. 2025 ; USDA FAS GAIN Brazil, juin 2026, via Daily Coffee News, 4 juin 2026 (consultés le 7 sept. 2026)Trois faits récents résument l'état du système. Le plancher Fairtrade passera à 2,00 dollars la livre le 1er décembre 2026, très en dessous d'un marché à 3 dollars, ce qui montre à quoi sert un plancher : au prochain effondrement. L'EUDR s'appliquera aux grandes entreprises le 30 décembre 2026, avec un coût de conformité que l'origine paiera en premier. Et la chaîne aval continue de se concentrer, avec le rachat de JDE Peet's par Keurig Dr Pepper, pendant que les données de Trase montrent dix négociants pour un tiers des exportations mondiales.
Le producteur, lui, dispose des mêmes instruments qu'en 1712 : vendre au prix affiché, ou ne pas venir au marché, s'il n'a pas de dette qui l'y oblige.
Daily Coffee News, 4 août 2026 et 2 sept. 2026 ; Conseil de l'UE, 18 déc. 2025 ; La Roque 1716 ; LC ch. 6 et 18Dans cette planche
- 01Avant la bourse : Moka, les courtiers et le droit de ne pas venirLe premier marché du café dont on possède une description précise est celui de Bayt al-Faqih, dans la plaine yéménite, visité par les marchands français de Saint-Malo en 1712 et décrit par Jean de La Roque en 1716.
- 02Le siècle des rois : Arnold, le syndicat et le krach de 1880-1881Le XIXe siècle tient dans une seule série de prix : celle du Rio « fair to prime » à New York, donnée par Thurber et reprise par Walsh.
- 03La bourse et ses paniques : New York 1882, Le Havre, Hambourg, LondresL'Europe suit, place par place.
- 04La valorisation brésilienne et les contrôles de guerre, 1906-1944Le mécanisme qui va gouverner tout le XXe siècle du café naît d'une récolte trop belle.
- 05L'Accord international du café, 1962-1989, et sa ruptureAprès la Seconde Guerre mondiale, l'instrument change d'échelle : ce ne sont plus un État et ses banquiers, mais producteurs et consommateurs ensemble.
- 06La crise de 2001Le 21 août 2002, le directeur exécutif de l'Organisation internationale du café, Néstor Osorio, se présente au Sommet mondial du développement durable de Johannesburg.
- 07Le contrat C, la couverture et les optionsIl faut maintenant dire ce qu'est un contrat à terme, sans quoi la suite de cette planche reste du chinois.
- 08Le dollar, le real, et qui vend quandLe café est coté en dollars, et le producteur est payé dans sa monnaie.
- 09Les négociants, les coopératives et les institutions d'origineEntre celui qui exporte et celui qui torréfie, il y a un métier dont le public n'a jamais entendu parler et sans lequel rien n'arriverait : le négoce.
- 10Les torréfacteurs industrielsÀ l'autre bout de la chaîne, chez ceux qui torréfient et qui vendent, la concentration est plus forte encore qu'au négoce.
- 11La répartition de la valeur : ce qu'on peut mesurerOn aimerait savoir, sur longue durée, qui a gagné quoi.
- 12Prix minimums, revenu vital et certificationsLe seul prix plancher opposable de la filière est celui de Fairtrade International.
- 13Le direct trade, les microlots et les enchèresLe « direct trade » n'a ni définition partagée ni audit.
- 14Le climat, l'EUDR et le coût de la conformitéSur le climat, les travaux disent tous la même chose dans la direction, et rarement la même chose dans l'ampleur.
- 15Les outils de lecture du marchéLire le marché du café suppose de savoir qui publie quoi, et quand.
- 16Aujourd'hui (2023-2026)Le cycle où nous sommes a commencé par un creux.
- 17Planches d’archivesGravures et photographies de l’ouvrage de William Ukers, All About Coffee (1922), tombé dans le domaine public.
- 18Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.