PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche XI · section 08 sur 18

    Le dollar, le real, et qui vend quand

    Immense hangar portuaire couvert de milliers de sacs de café, avec des dizaines d'hommes au travail.
    Manutention d'une grosse cargaison de café sur le quai au débarquement
    Répartition de la valeur (France)1994-972014-17
    Torréfacteurs + distributeurs (M€/an)1 2602 437
    Café importé, producteurs et négociants (M€/an)397461
    Part de l'amont24 %16 %
    Producteur, paquet moulu (2017)11,6 % (Pérou) à 24,1 % (Colombie)
    Producteur, café portionné (2017)2,7 % (Pérou) à 4,8 % (Colombie, Éthiopie)
    BASIC pour Commerce Équitable France, oct. 2018, p. 9-10

    Le café est coté en dollars, et le producteur est payé dans sa monnaie. Ce simple décalage suffit à faire bouger le cours mondial.

    Voici comment. Quand le real brésilien se déprécie, un même prix en dollars rapporte plus de reais au planteur. Celui-ci vend donc davantage. Les exportateurs peuvent alors accepter un prix en dollars plus bas, ce qui pèse sur le cours mondial.

    L'ICO attribue explicitement à ce mécanisme une part de la chute de décembre 2025. L'I-CIP est alors passé de 343,92 cents le 11 novembre à 283,21 cents le 19 décembre. Quatre autres nouvelles ont poussé dans le même sens :

    • Droits de douane américainsleur levée sur le café est annoncée le 14 novembre 2025.
    • Droit spécifique au Brésillevé à son tour le 20 novembre.
    • Déforestationle report de l'EUDR éloigne la condition d'entrée que l'Europe voulait imposer au café.
    • Deux révisions à la hausse de l'offrela CONAB le 4 décembre (+2,4 % sur l'estimation brésilienne 2025), puis l'USDA le 18 décembre (178,8 millions de sacs pour le monde).

    Chacune de ces nouvelles annonce la même chose : plus de café disponible, ou moins d'obstacles pour le faire circuler. Le prix descend.

    Le rebond de fin décembre tient à deux nouvelles inverses. Il n'est tombé que 38,3 mm de pluie au Minas Gerais dans la semaine du 19 décembre, soit 76 % de la normale. Et des inondations en Indonésie ont touché un tiers des fermes d'arabica du nord de Sumatra.

    ICO, Coffee Market Report, déc. 2025, p. 1-4

    Côté ferme, la même loi joue sur les coûts. En avril 2026, le sac de 60 kg d'arabica se payait 1 811,87 reais au Brésil, en baisse de 28 % sur un an, et le sac de canephora 917,05 reais, en baisse de 46 % ; mais il fallait 4,97 sacs d'arabica pour acheter une tonne d'engrais, contre 2,25 sacs un an plus tôt. Le ratio café-engrais, plus que le cours en dollars, décide de ce qu'un planteur remet en terre.

    Le producteur qui n'a ni compte de marge, ni trésorerie pour absorber une perte temporaire, ni analyste, ne se couvre pas : sur les 12,5 millions d'exploitations caféières du monde, 95 % font moins de cinq hectares. L'outil qui protège du risque est distribué à l'inverse de l'exposition au risque.

    USDA FAS, GAIN Coffee Annual Brazil, juin 2026, résumé par Daily Coffee News, 4 juin 2026 (consulté le 7 sept. 2026) ; ITC 2021, p. 2 ; LC ch. 18

    Dans cette planche

    1. 01Avant la bourse : Moka, les courtiers et le droit de ne pas venirLe premier marché du café dont on possède une description précise est celui de Bayt al-Faqih, dans la plaine yéménite, visité par les marchands français de Saint-Malo en 1712 et décrit par Jean de La Roque en 1716.
    2. 02Le siècle des rois : Arnold, le syndicat et le krach de 1880-1881Le XIXe siècle tient dans une seule série de prix : celle du Rio « fair to prime » à New York, donnée par Thurber et reprise par Walsh.
    3. 03La bourse et ses paniques : New York 1882, Le Havre, Hambourg, LondresL'Europe suit, place par place.
    4. 04La valorisation brésilienne et les contrôles de guerre, 1906-1944Le mécanisme qui va gouverner tout le XXe siècle du café naît d'une récolte trop belle.
    5. 05L'Accord international du café, 1962-1989, et sa ruptureAprès la Seconde Guerre mondiale, l'instrument change d'échelle : ce ne sont plus un État et ses banquiers, mais producteurs et consommateurs ensemble.
    6. 06La crise de 2001Le 21 août 2002, le directeur exécutif de l'Organisation internationale du café, Néstor Osorio, se présente au Sommet mondial du développement durable de Johannesburg.
    7. 07Le contrat C, la couverture et les optionsIl faut maintenant dire ce qu'est un contrat à terme, sans quoi la suite de cette planche reste du chinois.
    8. 08Le dollar, le real, et qui vend quandLe café est coté en dollars, et le producteur est payé dans sa monnaie.
    9. 09Les négociants, les coopératives et les institutions d'origineEntre celui qui exporte et celui qui torréfie, il y a un métier dont le public n'a jamais entendu parler et sans lequel rien n'arriverait : le négoce.
    10. 10Les torréfacteurs industrielsÀ l'autre bout de la chaîne, chez ceux qui torréfient et qui vendent, la concentration est plus forte encore qu'au négoce.
    11. 11La répartition de la valeur : ce qu'on peut mesurerOn aimerait savoir, sur longue durée, qui a gagné quoi.
    12. 12Prix minimums, revenu vital et certificationsLe seul prix plancher opposable de la filière est celui de Fairtrade International.
    13. 13Le direct trade, les microlots et les enchèresLe « direct trade » n'a ni définition partagée ni audit.
    14. 14Le climat, l'EUDR et le coût de la conformitéSur le climat, les travaux disent tous la même chose dans la direction, et rarement la même chose dans l'ampleur.
    15. 15Les outils de lecture du marchéLire le marché du café suppose de savoir qui publie quoi, et quand.
    16. 16Aujourd'hui (2023-2026)Le cycle où nous sommes a commencé par un creux.
    17. 17Planches d’archivesGravures et photographies de l’ouvrage de William Ukers, All About Coffee (1922), tombé dans le domaine public.
    18. 18Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
    © 2026 Marco De Sousa Rosa · PXL RoastersTextes sous CC BY-NC-SA 4.0 · outils tous droits réservés · images : voir la provenanceAccueil · Colophon