PXL Roasters
  • La chronique
  • Planche XI · section 07 sur 18

    Le contrat C, la couverture et les options

    Planche de cinq vues : pesage, ensachage, entrepôt et charrettes à bœufs chargées de sacs de café.
    Conditionnement et transport du café à Aden
    MoisI-CIP (¢/lb)Variation
    nov. 2025 (pic 11/11)343,92
    déc. 2025304,68-7,8 %
    janv. 2026296,89-2,6 %
    févr. 2026267,57-9,9 %
    mars 2026273,70+2,3 %
    avr. 2026266,24-2,7 %
    mai 2026256,05-3,8 %
    juin 2026248,90-2,8 %
    juil. 2026287,26+15,4 %
    ICO, Coffee Market Reports, déc. 2025 à juil. 2026

    Il faut maintenant dire ce qu'est un contrat à terme, sans quoi la suite de cette planche reste du chinois.

    Acheter du café à terme, ce n'est pas acheter du café. C'est acheter le droit et l'obligation d'en recevoir une quantité précise, à une date précise, à un prix fixé aujourd'hui. Cela sert d'abord à se protéger : un torréfacteur qui sait ce qu'il paiera dans six mois peut établir ses tarifs. Cela sert aussi à parier, et c'est le même outil qui rend les deux possibles.

    La référence mondiale de l'arabica lavé est le contrat Coffee « C » d'ICE Futures U.S., de symbole KC. Un lot porte sur 37 500 livres, soit environ 283,5 sacs de 60 kg. La cotation se fait en cents et centièmes de cent par livre, et le plus petit écart possible est de 0,05 cent, ce qui représente 18,75 dollars par lot. Cinq échéances par an : mars, mai, juillet, septembre, décembre.

    Ce contrat est livrable, et c'est ce qui l'ancre au réel. Le vendeur peut réellement remettre du café, certifié par la bourse, dans des entrepôts agréés de New York, de Virginie, de La Nouvelle-Orléans, de Houston, de Miami, de Brême-Hambourg, d'Anvers ou de Barcelone. Les ports du Golfe et d'Europe portent une décote, parce que le café y est plus loin des acheteurs new-yorkais.

    Reste qu'un café n'est pas un autre. Le café livré est donc jugé par un jury de la bourse, sur le grain et à la tasse, et chaque origine porte un écart fixe, compté en points. Cet écart n'est pas une note de qualité gravée dans le marbre : c'est une convention de marché, révisée quand le marché change. Le Vietnam, par exemple, n'entre dans la grille qu'à partir de l'échéance de mai 2027.

    ÉcartOrigines
    +1 000 pointsColombie, Costa Rica, Kenya
    +500Guatemala
    au pairMexique, Salvador, Nicaragua, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Panama, Tanzanie, Ouganda, Honduras, Pérou
    −100Burundi, Rwanda, Venezuela, Inde
    −400République dominicaine, Équateur
    −600Brésil, et le Vietnam à partir de mai 2027
    ICE, Coffee C Futures, spécifications du contrat (ice.com, consulté le 7 sept. 2026) ; ICO, Coffee Market Report, déc. 2025, p. 3 (équivalence lot/sacs)

    Le canephora, lui, se cote à Londres, sur ICE Futures Europe. Le contrat porte sur 10 tonnes et compte six échéances : janvier, mars, mai, juillet, septembre, novembre. La classe 1 est livrable au pair, les autres classes avec une prime ou une décote, et le règlement se fait en café réel, dans un entrepôt agréé d'Europe ou des États-Unis.

    À côté de ces deux bourses, l'Organisation internationale du café publie chaque jour des indicateurs d'un autre genre. Ils ne viennent pas d'un marché à terme mais des marchés physiques, c'est-à-dire des transactions sur du café qui existe vraiment. Il y en a quatre, un par grande famille de café, plus un composite qui les résume, l'I-CIP.

    En juillet 2026, ces quatre indicateurs valaient, à la livre :

    • Colombian Milds383,39 cents
    • Other Milds358,65 cents
    • Brazilian Naturals320,69 cents
    • Robustas184,78 cents

    Un cinquième chiffre les accompagne, d'une autre nature. L'arbitrage entre New York et Londres, c'est-à-dire l'écart entre les deux places, s'établissait à 137,61 cents. Comme New York cote l'arabica et Londres le canephora, ce nombre dit la distance entre les deux espèces au jour le jour.

    Regardez l'écart entre le premier et le dernier de ces quatre chiffres : du simple au double. C'est cette distance entre les groupes qui donne leur matière aux différentiels, dont il est question plus loin.

    ICE Futures Europe, Robusta Coffee Futures ; ICO, Coffee Market Report, juillet 2026, p. 1-3

    Presque aucun café réel n'est le café du contrat. Un lot physique se vend au cours plus un différentiel, prime ou décote en cents par livre, qui reflète l'origine, la qualité, la disponibilité, les certifications, les volumes et la relation entre acteurs. Deux façons de conclure : le prix outright, arrêté d'emblée ; ou le contrat PTBF, price to be fixed, où l'on s'entend sur le différentiel et où l'on remet la fixation du cours à une fenêtre convenue, le vendeur ou l'acheteur choisissant le moment.

    La ligne FOB, free on board, est l'endroit exact où la responsabilité change de mains au chargement, et donc le seul point de la chaîne où un document atteste ce que l'origine a encaissé. Une description commerciale type encode la qualité physique avant toute dégustation : calibre au tamis ISO, de l'écran 10 (4,00 mm) à l'écran 20 (8,00 mm), et nombre de défauts sur 300 g, par exemple au plus 9 défauts secondaires et 0 primaire pour un « NY 2/3 ».

    ITC, The Coffee Guide, 4e éd. (2021), p. 172-174, 206-207, 220, 230-231, 260-262, 396-399 ; LC ch. 18

    Trois rouages font bouger le cours sans qu'un seul caféier soit concerné. Ils sont techniques, ils sont décisifs, et ils s'expliquent en trois paragraphes.

    Les stocks certifiés. C'est du café déjà classé par la bourse et prêt à être livré, autrement dit le matelas du marché. Les stocks arabica d'ICE aux États-Unis sont passés de 0,91 million de sacs en janvier 2025 à 0,48 million en décembre 2025, puis 0,29 million fin juillet 2026, et enfin 223 911 sacs début septembre 2026 : le niveau le plus bas depuis 1999. Un stock bas, écrivent les analystes, rend le marché « plus enclin à des réactions brusques à toute information nouvelle ». Sans matelas, on sent le moindre caillou.

    Les positions des non-commerciaux. Ce sont les fonds et les spéculateurs, ceux qui n'achètent jamais un grain de café physique. Leurs positions sont publiées chaque semaine par le régulateur américain, la CFTC. Leur position nette acheteuse est tombée de 34 747 lots le 9 décembre 2025 à 23 673 lots le 23 décembre. En deux semaines, l'équivalent de 3,11 millions de sacs a été vendu sur le papier.

    Les appels de marge. Quand on tient une position à terme, la bourse exige un dépôt de garantie, et elle peut l'augmenter quand elle juge le marché dangereux. ICE a relevé la marge du contrat de septembre 2026 de 5 685 dollars avant juillet à 14 715 dollars le 6 juillet, puis 21 116 dollars le 9 juillet 2026. Ce 9 juillet, l'indice composé de l'ICO a gagné 9,3 % en une séance, sa plus forte hausse depuis le 15 novembre 2004.

    Et voilà l'ironie de ce troisième rouage. Une marge plus haute force ceux qui ne peuvent pas suivre à liquider, ce qui réduit la liquidité, ce qui amplifie temporairement le mouvement que la mesure était censée contenir.

    ICO, Coffee Market Report, déc. 2025, p. 3-4, et juillet 2026, p. 1, 4-5 ; Perfect Daily Grind, Coffee News Recap, 28 août 2026, et Comunicaffe, sept. 2026 (stocks certifiés, consultés le 7 sept. 2026)

    Le contrat à terme est né pour la couverture, pas pour le pari. Un importateur qui achète en mars 1 000 sacs à livrer en juillet, prix à fixer, vend simultanément des contrats de juillet : si le cours baisse d'ici la fixation, il perd sur le physique et gagne sur le papier, et inversement ; il a transformé un risque de prix en un risque de différentiel, beaucoup plus étroit.

    Le torréfacteur fait de même à l'envers pour garantir un prix de vente au consommateur ; l'exportateur qui a promis un différentiel sur du café encore sur l'arbre se couvre en vendant. Le coût est celui du dépôt de garantie et des appels de marge quotidiens : quand ICE a triplé la marge en juillet 2026, ce coût a doublé du jour au lendemain pour chaque lot ouvert.

    Ce que la couverture donne, c'est la certitude d'une marge commerciale ; ce qu'elle ne donne pas, c'est un prix rémunérateur, puisqu'elle fige le cours quel qu'il soit.

    ITC, The Coffee Guide (2021), ch. 6, Marchés à terme et couverture, p. 195-224 ; Ukers 1922, ch. XXXIV, p. 510 ; ICO, Coffee Market Report, juillet 2026, p. 4

    L'option est un droit sans obligation : un put donne le droit de vendre à un prix d'exercice, un call le droit d'acheter, contre une prime payée d'avance. Un producteur ou une coopérative qui achète un put à 280 cents s'assure un plancher tout en gardant la hausse ; le coût de la prime, qui monte avec la volatilité, est la limite de l'exercice, et la volatilité du contrat C a été de 22,9 % en juillet 2026.

    Les grands négociants et torréfacteurs combinent ces instruments à des milliers de lots ; une famille de deux hectares en Colombie n'a ni compte de courtage, ni trésorerie d'appel de marge, ni l'information nécessaire pour choisir le moment. Les tentatives de couverture mutualisée (coopératives, exportateurs, programmes de gestion du risque de la Banque mondiale au début des années 2000) ont buté sur le même obstacle : la prime coûte le plus cher au moment où l'on en a le plus besoin. Qui gagne : celui qui a la trésorerie et l'information. Qui perd : celui qui a le café et l'échéance.

    ITC 2021, ch. 6, p. 210-224 ; ICO, Coffee Market Report, juillet 2026, p. 3 ; LC ch. 18

    Le PTBF déplace le pari, il ne le supprime pas. Rappelons ce qu'il est : le contrat où l'on s'accorde tout de suite sur le différentiel et où l'on remet à plus tard le blocage du cours.

    Une vente s'écrit par exemple ainsi : « différentiel +20, prix à fixer par le vendeur avant le premier avis de livraison de juillet ». Le prix final dépendra donc d'une décision prise plus tard, et prise par une seule des deux parties.

    Le producteur qui fixe trop tôt sur un marché qui monte perd la différence. Celui qui fixe trop tard sur un marché qui baisse la perd aussi. Or il est rarement celui qui dispose de la meilleure information pour choisir le moment.

    Le prix fixe pluriannuel, lui, est présenté par le café de spécialité comme la solution morale. Il protège de la baisse, mais il enferme aussi dans un plafond. Entre la signature et la livraison, une rouille, une sécheresse ou un doublement du prix des engrais peuvent rendre le chiffre signé inférieur au coût de production.

    Aucun de ces contrats n'est mauvais en soi. Ce qui compte, c'est de savoir qui a le droit de rouvrir la conversation, et quand.

    ITC 2021, p. 220, 230-231 ; De Sousa Rosa 2026 ; LC ch. 18

    Dans cette planche

    1. 01Avant la bourse : Moka, les courtiers et le droit de ne pas venirLe premier marché du café dont on possède une description précise est celui de Bayt al-Faqih, dans la plaine yéménite, visité par les marchands français de Saint-Malo en 1712 et décrit par Jean de La Roque en 1716.
    2. 02Le siècle des rois : Arnold, le syndicat et le krach de 1880-1881Le XIXe siècle tient dans une seule série de prix : celle du Rio « fair to prime » à New York, donnée par Thurber et reprise par Walsh.
    3. 03La bourse et ses paniques : New York 1882, Le Havre, Hambourg, LondresL'Europe suit, place par place.
    4. 04La valorisation brésilienne et les contrôles de guerre, 1906-1944Le mécanisme qui va gouverner tout le XXe siècle du café naît d'une récolte trop belle.
    5. 05L'Accord international du café, 1962-1989, et sa ruptureAprès la Seconde Guerre mondiale, l'instrument change d'échelle : ce ne sont plus un État et ses banquiers, mais producteurs et consommateurs ensemble.
    6. 06La crise de 2001Le 21 août 2002, le directeur exécutif de l'Organisation internationale du café, Néstor Osorio, se présente au Sommet mondial du développement durable de Johannesburg.
    7. 07Le contrat C, la couverture et les optionsIl faut maintenant dire ce qu'est un contrat à terme, sans quoi la suite de cette planche reste du chinois.
    8. 08Le dollar, le real, et qui vend quandLe café est coté en dollars, et le producteur est payé dans sa monnaie.
    9. 09Les négociants, les coopératives et les institutions d'origineEntre celui qui exporte et celui qui torréfie, il y a un métier dont le public n'a jamais entendu parler et sans lequel rien n'arriverait : le négoce.
    10. 10Les torréfacteurs industrielsÀ l'autre bout de la chaîne, chez ceux qui torréfient et qui vendent, la concentration est plus forte encore qu'au négoce.
    11. 11La répartition de la valeur : ce qu'on peut mesurerOn aimerait savoir, sur longue durée, qui a gagné quoi.
    12. 12Prix minimums, revenu vital et certificationsLe seul prix plancher opposable de la filière est celui de Fairtrade International.
    13. 13Le direct trade, les microlots et les enchèresLe « direct trade » n'a ni définition partagée ni audit.
    14. 14Le climat, l'EUDR et le coût de la conformitéSur le climat, les travaux disent tous la même chose dans la direction, et rarement la même chose dans l'ampleur.
    15. 15Les outils de lecture du marchéLire le marché du café suppose de savoir qui publie quoi, et quand.
    16. 16Aujourd'hui (2023-2026)Le cycle où nous sommes a commencé par un creux.
    17. 17Planches d’archivesGravures et photographies de l’ouvrage de William Ukers, All About Coffee (1922), tombé dans le domaine public.
    18. 18Continuer la baladeAilleurs sur le site, les passages qui parlent des mêmes choses que cette planche.
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