Le déparchage et le repos en parche (hulling, dry milling)
Après le séchage.

Où ça se pratique
Partout où l'on dépulpe. La parche n'existe que sur les cafés lavés, honey et pulped natural : le nature garde sa cerise séchée et suit la même logique avec une autre enveloppe. La Colombie a bâti son commerce intérieur sur l'unité « café pergamino seco » : le producteur vend de la parche, pas du vert. En Amérique centrale, en Afrique de l'Est et au Brésil pour le cereja descascado, l'usine à sec est un métier séparé de la ferme. La mécanisation est ancienne. Le premier brevet anglais pour un moulin à décortiquer le café va à William Panter en 1775. Le premier brevet américain va à Nathan Reed, de Belfast dans le Maine, en 1822. Une série dense de décortiqueuses suit jusque dans les années 1850. L'expression française « café en parche » est attestée en Guadeloupe dès avant 1922, où le café poli portait le nom de « café bonifieur ». En Indonésie, le giling basah inverse la règle et déparche tôt ; sa datation n'a que des sources commerciales.

Le principe
La parche est l'endocarpe du fruit, la coque fibreuse et riche en cellulose qui reste collée au grain une fois le séchage fini. La garder n'est pas un rite. Elle sert de tampon hygroscopique et de coque mécanique.
Tampon, parce que la parche et son grain ne portent pas la même eau. Cenicafé a mesuré l'humidité de café en parche, puis décortiqué les mêmes échantillons et mesuré l'amande, c'est-à-dire le grain vert nu. L'amande est plus humide de 0,21 % en moyenne, dans un intervalle de 0,14 à 0,27 %. L'institut attribue l'écart à la cellulose de la coque, qui retient moins d'eau que l'albumen du grain. Mesurer un lot en parche revient donc à sous-estimer d'environ deux dixièmes de point l'eau réelle du grain.
Le repos exploite ce déséquilibre. Pendant des semaines en silo, l'eau se redistribue entre le cœur et la surface de chaque grain, et entre les grains d'un même lot. La moyenne d'un lot ne dit rien de sa dispersion, et c'est la dispersion qui fait les torréfactions inégales.
Le déparchage, lui, est un travail de friction. On pousse les grains contre un cylindre métallique perforé, ou entre des disques, jusqu'à ce que la coque se fende et se détache. Le silverskin, la fine pellicule argentée logée sous la parche, part en même temps, sauf des fragments qui restent dans la fente centrale du grain. La résistance du grain à cette friction dépend entièrement de son eau. Trop humide, il se déforme et se déchire. Trop sec, il est cassant et éclate.
Le déroulé
- Fin du séchage à 10 à 12 % d'humidité, base humide. Ce couloir commande tout le reste. Sous 10 %, le grain devient cassant, et son métabolisme de base est atteint. Au-dessus de 11,5 %, sa respiration s'accélère et sa composition chimique commence à bouger. Les moisissures, elles, demandent bien plus d'eau, et ne démarrent qu'au-delà de 14 %.
- Refroidissement avant stockage. Un café sorti d'un séchoir mécanique est chaud, et un café enfermé chaud transpire. Un essai colombien de 1992 a refroidi de la parche en vrac par aération mécanique contrôlée, en silos expérimentaux. L'air y allait de 10 à 22 °C, avec 66 à 98 % d'humidité relative, sur des grains de 8 à 13,57 % d'humidité. Le résultat était jugé sur trois critères : la couleur de l'amande, la population microbienne et la tasse.
- Repos en parche, 15 à 60 jours, en silo ou en sacs. Le chiffre vient du Coffee Guide de l'ITC, qui l'attribue à deux consultants du secteur et non à un essai. Le repos y est dit plus long pour les natures que pour les cafés en parche.
- Conditions du local : humidité relative de 60 à 80 %, température fraîche. Le café est hygroscopique, il échange de l'eau avec l'air jusqu'à l'équilibre. Cette fourchette vise une activité de l'eau du grain au plus égale à 0,7, soit sous le seuil de croissance des moisissures. À humidité du grain constante, entre 10 et 12 %, l'activité de l'eau baisse avec la température. Cenicafé mesure 0,6254 à 25 °C, 0,6161 à 20 °C et 0,6059 à 15 °C. Un entrepôt frais achète donc de la marge microbiologique sans toucher à l'humidité.
- Prénettoyage et déferraillage. On retire cailloux, bois et pièces de métal avant la décortiqueuse. Ils cassent les grains et usent la machine.
- Déparchage. Friction contre un cylindre perforé ou entre disques, machine calibrée sur le calibre des grains. Mal réglée, elle casse ou elle laisse passer des grains encore en parche.
- Polissage, facultatif. Il retire par friction supplémentaire les restes de silverskin, souvent dans une seconde machine à cylindre de bronze. L'ITC ne le recommande pas sur l'arabica.
- Nettoyage par flux d'air, qui emporte poussières et débris de coque.
- Calibrage par cribles, pour que les grains d'un même lot torréfient au même rythme.
- Table densimétrique, qui fait remonter les grains denses et écarte les creux.
- Tri colorimétrique ou manuel, qui retire les défauts de couleur.
- Dégustation, classement, mise en sacs ou en silo.
- Expédition. Le plafond admis est de 12,5 % d'humidité. Une revue de 2026 le retient pour le transport et le stockage, au motif du risque d'ochratoxine A. Au-dessus, la condensation dans le conteneur nourrit les champignons. La norme ISO 6673 ne fixe pas ce seuil : elle décrit la méthode de mesure de l'humidité du café vert. Cenicafé demande plus strict encore, 10 à 12 % sur toute la chaîne, transport compris. Les moussonnés indiens sont l'exception admise.
Ce que ça donne en tasse
Ce qui est mesuré.
La qualité est déjà lisible avant le déparchage. Une étude de 2026 classe les défauts sensoriels par spectroscopie proche infrarouge avec 93,5 % de justesse sur la parche sèche, contre 82,4 % sur le grain vert. Le déparchage ne crée donc pas la qualité. Il la révèle et la trie.
L'humidité haute pendant le stockage donne des notes de papier et de bois. Cenicafé mesure qu'au-dessus de 11,5 % d'humidité la respiration du grain s'accélère, et que glucides, lipides et protéines diminuent. L'institut qualifie ces notes de caractéristiques et discriminantes du « café reposado ». Le terme est un faux ami : « reposado » nomme ici un défaut de café vieilli, pas le repos en parche. Cenicafé rattache ce défaut à l'humidité du grain, pas à la durée du repos. La mesure d'origine est celle de Ribeiro et ses collègues, en 2011.
Le défaut inverse coûte aussi. Une revue de 2026 le résume ainsi. Sous 10 % d'humidité, ou à une activité de l'eau voisine de 0,4, l'activité microbienne cesse, mais le métabolisme de base du grain est atteint. Les lipides et les protéines, précurseurs d'arôme, s'oxydent. La tasse devient plate et éventée.
Un effet se joue chez le torréfacteur, pas chez le producteur. Sous une activité de l'eau de 0,6, la mobilité des composés chimiques du grain baisse. La réaction de Maillard combine sucres réducteurs et acides aminés. Elle forme entre autres les mélanoïdines, ces polymères bruns qui portent la couleur et une part du corps. Privée d'eau libre, elle est freinée, et la caramélisation prend le dessus. Cenicafé applique ici un principe de chimie alimentaire générale, sans essai café à l'appui.
Sur le déparchage anticipé, un essai indonésien de 2005 a stocké de la parche humide 1, 7 et 14 jours avant décorticage humide. Il ne trouve aucune relation nette entre la durée de stockage et la tasse. Le meilleur Mandheling du lot venait de l'échantillon stocké un seul jour, puis séché aussitôt à 12 %. Les auteurs attribuent la dispersion de leurs résultats à l'hétérogénéité des lots de parche employés.
Ce qui est revendiqué sans mesure.
Le repos « réduirait parfois le goût vert » et « améliorerait les attributs de qualité ». Le Coffee Guide l'écrit sans référence d'essai. Les durées rondes qui circulent chez les acheteurs, trente, soixante ou quatre-vingt-dix jours, ne renvoient à aucune comparaison publiée à humidité constante.
Ce qui rate
- Déparcher trop humide. Au-dessus de 12 ou 13 %, le grain est mou : la friction le déforme et l'ouvre au lieu de fendre la coque. En Indonésie le défaut porte un nom, kuku kambing, « ongle de chèvre », la fente laissée par le décorticage d'un grain mou. La description vient de la littérature de négoce, pas d'un article.
- Déparcher trop sec. Sous 10 %, le grain est cassant. L'ITC écrit qu'un café stocké sous 11 % est plus exposé à la casse à l'usine sèche. Les brisures torréfient plus vite que les grains entiers, et brûlent pendant que le lot cuit.
- Décortiqueuse mal calibrée. Elle casse, ou elle laisse passer des grains encore en parche. Ces grains produisent des pales à la torréfaction, ces grains qui restent blonds quand le reste du lot est à point.
- Repos trop humide. Au-dessus de 11,5 %, la respiration s'accélère et le vieillissement démarre. Aspergillus ochraceus commence à pousser à partir d'une activité de l'eau de 0,76, soit 14,2 % d'humidité sur grain vert. La production d'ochratoxine A demande davantage, à partir de 0,83 à 0,87. Entre les deux valeurs, on obtient de la moisissure sans toxine, ce qui suffit à donner le défaut moisi.
- Reprise d'eau pendant le repos. Le grain échange avec l'air jusqu'à l'équilibre. Un local trop humide le fait remonter au-dessus du seuil d'embarquement, et le lot devient inexpédiable.
- Hystérésis à la mesure. Un même café peut afficher une activité de l'eau plus basse à l'origine qu'à destination, à humidité égale. Cenicafé l'explique par le dommage thermique subi par les structures cellulaires pendant le séchage, qui modifie leur capacité à retenir et à libérer l'eau. Un contrat qui fixe une activité de l'eau maximale à l'arrivée n'engage donc pas la même chose qu'au départ.
- Odeurs captées. Sacs et silos prennent les odeurs étrangères, à chaque étape de stockage, avant comme après le déparchage.
- Chaleur au stockage. L'oxydation des lipides s'accélère avec la température, la lumière et l'oxygène. Une revue de 2026 la juge plus sensible à la température qu'au type d'emballage. L'hexanal et la méthional servent de marqueurs, et leur accumulation accompagne les notes rances.
- Décorticage humide. Le stockage de la parche mouillée laisse pousser les Aspergillus noirs, espèce dominante dans l'essai indonésien de 2005. A. ochraceus y infectait de 0 à 15,3 % des grains. L'ochratoxine A n'a été trouvée que dans 5 échantillons sur 42, entre 0,17 et 2,24 ppb, sous les limites européennes. Le risque sanitaire est donc resté faible. Le risque de défaut en tasse est une autre question.
Les repères
- Humidité du café en parche en fin de séchage10 à 12 % base humide
- Seuil d'accélération de la respiration du grain11,5 % d'humidité
- Écart d'humidité entre la parche et son amande0,21 % en moyenne, l'amande plus humide, intervalle 0,14 à 0,27 %
- Activité de l'eau du café en parche à 11,05 % d'humidité0,6184, limite haute mesurée 0,6251
- Activité de l'eau à humidité constante selon la température0,6254 à 25 °C, 0,6161 à 20 °C, 0,6059 à 15 °C
- Conditions d'entrepôt60 à 80 % d'humidité relative, activité de l'eau du grain au plus 0,7
- Durée du repos en parche avant déparchage15 à 60 jours, chiffre de négoce sans essai
- Démarrage d'Aspergillus ochraceusactivité de l'eau 0,76, soit 14,2 % d'humidité sur grain vert
- Seuil minimal de production d'ochratoxine Aactivité de l'eau de 0,83 à 0,87
- Plafond d'embarquement12,5 % d'humidité, mesurée selon la norme ISO 6673