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    Éthiopie

    Fiche pays approfondie : production, variétés, classification, histoire, situation actuelle et points encore incertains. Région : Afrique.

    Afrique

    06Éthiopie

    4 500 000 sacs

    Fiche pays approfondie : production, variétés, classification, histoire, situation actuelle et points encore incertains. Région : Afrique.

    Berceau du café, l'Éthiopie ne cultive que de l'Arabica, entre 1 500 et 2 300 mètres. On appelle ces cafés « les Moka », en souvenir du port de Mocha d'où ils partaient autrefois. Derrière ce nom se cache en réalité une grande diversité de crus, selon la région et le mode de traitement.

    Le café reste central dans l'économie du pays : 5e producteur mondial, une part importante de la production exportée. Environ 80 % des cafés sont naturels, séchés par voie sèche. Fait notable, presque aucun intrant chimique n'est utilisé, le pays pourrait prétendre au bio, mais la certification est jugée trop coûteuse.

    Quant à l'origine du café, une légende l'attribue à un berger, Kaldi, intrigué par ses chèvres devenues bien vives après avoir mangé quelques graines.

    Caractéristiques de production
    Espèce botanique
    Arabica
    Variétés
    Moka et ses dérivés, selon l'altitude et le terroir
    Altitude
    1 500 à 2 300 m
    Ombrage
    Arbres forestiers et fruitiers
    Récolte
    Manuelle et sélective
    Traitement
    Voie humide et voie sèche
    Triage
    Manuel
    Période de récolte
    Octobre à avril et août à décembre
    Conditionnement
    Sac de 60 kg

    Volume récent 11,6 millions de sacs en 2025-2026, record (7,0 selon l'ICO pour 2024-2025 : les définitions d'année et de périmètre diffèrent)USDA FAS, juin 2025 ; ICO, rapports 2024-2025

    Classification des cafés

    Les « Moka » d'Éthiopie sont décrits par deux éléments : le « cru » et le nombre de défauts.

    Le « cru »

    Le cru se définit par deux choses à la fois : la région de production et le mode de traitement. Une même région donne donc plusieurs crus, selon qu'on lave la cerise ou qu'on la sèche entière.

    Le Kaffa en est l'exemple. On y trouve des Moka lavés, désignés « Moka Limu », et des Moka séchés, désignés « Moka Djimmah ». Le nom de vente porte ainsi ce que le grade ne dit pas : le grade compte les défauts, le cru dit d'où vient le café et comment il a été préparé.

    Le nombre de défauts (échantillon de 300 g)

    GradeNombre de défauts
    Grade 10 à 3
    Grade 24 à 12
    Grade 313 à 25
    Grade 420 à 45
    Grade 546 à 100
    Grade 6101 à 153
    Grade 7154 à 340
    Grade 8plus de 340

    L'exportation des deux derniers grades (7 et 8) est interdite.

    Histoire et aujourd'hui
    Caféiers sauvages du Kaffa, près d'Addis-Abeba
    Caféiers sauvages du Kaffa, près d'Addis-AbebaWilliam H. Ukers, All About Coffee, 1922 · Domaine public

    L'histoire

    L'Éthiopie est le berceau de l'espèce, et la seule origine où l'arabica pousse à l'état sauvage. Il en découle une particularité qu'aucun autre pays ne partage : on y récolte du café que personne n'a planté.

    Ukers, en 1922, distingue déjà deux cafés éthiopiens, et il les sépare justement sur ce point. Le Harari vient d'arbres cultivés, dans la province de Harar. L'Abyssinian, ou Kaffa, vient d'arbres sauvages, dans les provinces de Sidamo, Kaffa et Guma.

    Il décrit des forêts immenses où les habitants ramassent les grains tombés. La récolte annuelle moyenne de ce café sauvage tourne autour de 6 000 sacs.

    Restait à sortir ce café du pays, et l'itinéraire dit l'effort que cela demandait : à dos de mulet jusqu'à Dire-Daoua, puis par rail jusqu'à Djibouti.

    Ukers 1922, ch. XX, p. 216-244, p. 240-241

    Légende · L'origine du café est attribuée à un berger, Kaldi, dont les chèvres se seraient mises à danser après avoir brouté des baies rouges. Ukers la range parmi les récits légendaires, et le traité historique annexé à La Roque, traduit en 1732, la démontait déjà.

    Ukers 1922, ch. II-III et chronologie p. 725 (« légende ») ; La Roque, Voyage de l'Arabie heureuse (1716, trad. 1732) ; LC ch. 5

    Le matériel génétique éthiopien a irrigué le monde deux fois, et les deux passages n'ont rien de comparable.

    Le premier passe par le Yémen. C'est de là que sortent les deux fondateurs, le Typica et le Bourbon, c'est-à-dire les souches dont descendent la plupart des variétés cultivées.

    Le second est délibéré : on va chercher en Éthiopie de quoi nourrir des programmes de sélection. Une mission britannique prélève en 1931 des graines sauvages pour les programmes du Kenya, de l'Ouganda et du Tanganyika. Dans ce lot figure une accession étiquetée Geisha.

    Les collectes suivantes sont institutionnelles. La FAO passe en 1964-1965, l'ORSTOM en 1966, et elles rapportent les accessions Agaro, Dilla, Gimma et Kaffa. Ces quatre noms alimentent encore les programmes de sélection, ce qui fait de l'Éthiopie un fournisseur de gènes autant qu'un pays producteur.

    World Coffee Research, Coffee Varieties Catalog 2025, fiches Geisha et Accessions FAO 1964-65 / ORSTOM 1966 ; LC ch. 3 et 8

    Aujourd'hui

    Le pays ne cultive que de l'arabica, entre 1 500 et 2 300 mètres, en voie sèche pour environ 80 % des lots. Le nom commercial reste « Moka », en souvenir du port yéménite d'où ces cafés partaient. Presque aucun intrant chimique n'est employé : le pays pourrait prétendre au bio, mais la certification est jugée trop coûteuse. Les variétés sont les populations locales et les sélections du programme national de Jimma, le JARC, qui a diffusé depuis 1967 des lignées numérotées (74110, 74112, 74158) puis des sélections nommées comme Sende et Limu 1.

    Fiches Pays, Marco De Sousa Rosa, 2026 ; World Coffee Research, Coffee Varieties Catalog 2025, fiches JARC ; LC ch. 8

    Le commerce intérieur a été refondu en avril 2008 par la création de l'Ethiopian Commodity Exchange, première bourse de matières premières d'Afrique, sous la direction d'Eleni Gabre-Madhin.

    Une bourse fonctionne en rendant les lots interchangeables : on y achète un grade et une région, pas une ferme. C'est exactement ce que les acheteurs de café de spécialité lui ont reproché. En effaçant la traçabilité au niveau de la ferme, l'ECX effaçait aussi le moyen de payer plus cher un producteur identifié.

    L'ECX a ouvert une filière directe, puis, à partir de 2017, une licence de spécialité directe qui préserve la traçabilité.

    Un épisode antérieur avait montré ce qui se jouait. En 2007, après un conflit sur les marques Sidamo, Harar et Yirgacheffe déposées par l'Éthiopie, Starbucks signe un accord de licence avec Addis-Abeba. Le nom d'une origine vaut quelque chose, et c'est pour cela qu'on se bat pour savoir de quelle ferme sort un sac.

    Perfect Daily Grind, What Is The Ethiopian Commodity Exchange ?, octobre 2020 ; Collaborative Coffee Source, Changes to the Ethiopian Commodities Exchange, avril 2018 ; LC ch. 19

    Zones d'ombre

    • Les chiffres de production éthiopiens divergent selon la source et la définition d'année : l'USDA annonce 11,6 millions de sacs pour 2025-2026, l'ICO 7,0 millions pour 2024-2025. Les deux ne mesurent pas la même chose.
    • La part exactement sauvage, semi-forestière et cultivée de la production éthiopienne n'est pas établie de façon stable.
    • Le nombre de variétés distinctes cultivées en Éthiopie est inconnu : les vergers sont des populations, pas des lignées.
    • L'effet net de l'ECX sur le revenu des producteurs n'est pas tranché par les sources consultées.
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