Leogap
Les tambours de production, Curitiba, Paraná, Brésil.
L'histoire
La maison naît à Curitiba en 1963. Léo Gappmayer, industriel brésilien, la fonde et lui laisse son nom, contracté en Leogap. Elle s'appelle alors Metalúrgica Leogap S.A. Le lieu s'explique par le café. Le nord du Paraná en vit, c'est sa principale richesse, jusqu'à la gelée noire du 18 juillet 1975 qui brûle les caféiers de Maringá et de Londrina. Un atelier de machines à torréfier et à moudre a donc son marché sous la main. Cet atelier ne s'en tient pas au café. Il fabrique aussi des séchoirs à bois, des foyers à bagasse de canne, puis des portes de protection pour lignes automobiles robotisées. La certification ISO 9001, norme de gestion de la qualité, arrive le 5 juin 1998. Elle est délivrée par le TECPAR au Brésil et par le TÜV à l'international. La maison se dit alors la première des Amériques, dans son métier, à l'obtenir. Le tournant est annoncé le 3 juillet 2001. Probat-Werke, d'Emmerich, prend une participation que la maison qualifie de majoritaire. Leogap exporte à ce moment dans plus de dix pays. Rolf Kepper, son dirigeant depuis presque les débuts, reste actionnaire et président. L'accord a un objet industriel précis : Leogap se met à fabriquer sur place des composants des machines Probat, ce qui en abaisse le prix d'importation au Brésil. En 2019, le capital devient entièrement allemand, et la maison passe de partenaire à filiale. Elle est aujourd'hui la seule adresse sud-américaine du groupe.
Ce qu'elle fabrique
Leogap construit des torréfacteurs de production et des moulins à rouleaux. Les torréfacteurs se répartissent en deux familles, selon la façon dont le feu atteint le grain.
La première est le tambour, c'est-à-dire un cylindre tournant. Le Probatone 60 le mène en chauffe indirecte : le brûleur chauffe de l'air, et cet air chaud entre seul dans un cylindre plein, à double paroi, jamais perforé. La flamme ne touche ni le grain ni la tôle qui le porte. Deux transferts se partagent alors le travail, la conduction par contact avec la paroi et la convection par le flux d'air. Le Basic 1000 est bâti autrement. Son foyer est interne, alimenté au gaz ou au gazole, et suivi d'une post-combustion, c'est-à-dire d'un second feu qui brûle les fumées avant le rejet. Le ProMundo est modulaire : on peut lui ajouter un pré-sécheur, et sa recirculation des gaz se règle en partielle ou en totale.
La seconde famille est la torréfaction tangentielle du Turbo 4000. Il n'y a pas de tambour tournant. Le café passe dans deux chambres fixes où des pales le brassent, l'une séchant pendant que l'autre torréfie. Cette alternance supprime les temps morts, et c'est elle qui porte le débit.
Les moulins sont des broyeurs à rouleaux refroidis à l'eau. Le MRA-L 2500 travaille avec quatre paires de rouleaux réparties sur deux étages. Les deux premières paires distribuent, cassent et font la mouture grossière. Les deux suivantes affinent et laminent. Une vis d'extraction tasse ensuite le café moulu pour en augmenter la densité, ce qui permet un emballage plus petit à poids égal. Le MRM existe aussi en version à un seul étage, quatre rouleaux, réservée aux moutures grossières et à la granulation du café soluble.
Les modèles
Quatre torréfacteurs au catalogue brésilien, tous donnés avec leur charge, leur débit et leur durée de cuisson. Basic 1000 : 150 à 210 kg par fournée, 900 kg par heure, 8 à 20 minutes. Probatone 60 : 50 à 60 kg par fournée, 240 kg par heure, 10 à 18 minutes. ProMundo 2000 : 300 à 480 kg par fournée, 2 000 kg par heure, 10 à 20 minutes. ProMundo 2750 : même charge, 2 750 kg par heure, 8 à 20 minutes. Turbo 4000 : 180 à 300 kg par fournée, 4 000 kg par heure, 4 à 8 minutes. Côté mouture, le MRA-L 2500 donne 2 000 kg par heure en mouture fine, 2 500 en moyenne, 3 000 en grosse. Le MRM 2000 donne 1 000, 1 500 et 2 000 kg par heure sur ces mêmes trois finesses. Le MRM 500 donne 300, 400 et 500. Les deux MRM montent à 4 000 et 1 000 kg par heure en mode granulateur, où deux paires de rouleaux seulement travaillent, pour le café soluble. Le menu du site ajoute un cinquième torréfacteur, le Probat Shop Roaster. Le lien renvoie vers probat.com : c'est une machine du groupe distribuée au Brésil, pas une fabrication de Curitiba.
Ce qu'on y gagne
La chauffe indirecte met deux écrans entre la flamme et le grain, l'air d'abord, la double paroi ensuite. Aucun point de la tôle n'est chauffé directement. Rien ne brûle donc la surface du grain, même sur une charge réduite, ce qui laisse torréfier de petits lots sans les marquer.
La torréfaction et le refroidissement tournent en même temps, et les chiffres le montrent. Le Probatone 60 annonce 60 kg par fournée et 240 kg par heure. Cela fait quatre fournées, donc un cycle de quinze minutes. Or la cuisson seule dure dix à dix-huit minutes. Le refroidisseur travaille donc pendant la fournée suivante, sinon le compte ne tombe pas.
La recirculation des gaz renvoie au brûleur de l'air déjà chaud. Elle est partielle sur le Basic 1000, partielle ou totale sur le ProMundo. Elle abaisse la dépense de combustible par kilo. Elle réduit aussi le volume de fumées que la post-combustion doit brûler, donc le coût du traitement.
Les deux chambres fixes du Turbo suppriment l'attente. Pendant qu'une chambre torréfie, l'autre sèche déjà la charge suivante. C'est cette alternance qui permet 4 000 kg par heure avec des fournées de 180 à 300 kg seulement.
Les rouleaux des moulins sont refroidis à l'eau. La mouture échauffe le café et lui fait perdre ses composés volatils, ceux qui portent l'arôme. Refroidir les rouleaux limite cette perte.
Ce qu'on y perd
Le prix de cette douceur est la lenteur. Entre la vanne de gaz et le grain, il y a une masse d'air, puis une double paroi d'acier. Une correction met des dizaines de secondes à se voir. Une flamme directe, elle, se rattrape en quelques secondes.
Le cylindre plein n'envoie pas l'air à travers la couche de grains. Le brassage mécanique des pales fait donc une grande part du travail. Une sous-charge se mélange mal, et la torréfaction y perd son homogénéité.
Les débits annoncés ne tiennent qu'au bas de la fourchette de cuisson. Le Basic 1000 donne 900 kg par heure avec des fournées de 150 à 210 kg. Cela impose un cycle de dix à quatorze minutes, quand sa cuisson peut aller jusqu'à vingt. Torréfier long coûte donc du débit, et le chiffre du catalogue ne tient pas sur un profil lent.
Le Turbo 4000 annonce 4 à 8 minutes. Livrer la même énergie en moitié moins de temps demande un air plus chaud. L'écart se creuse alors entre la surface du grain et son cœur. Les chambres sont de plus fixes : le grain n'a pas de paroi tournante pour égaliser ce qu'il reçoit.