PXL Roasters
  • La chronique
  • Constructeur

    Lambert Machine Co.

    Les tambours de production, Battle Creek puis Marshall, comté de Calhoun, Michigan, États-Unis.

    OùBattle Creek puis Marshall, comté de Calhoun, Michigan, États-Unis
    Depuis1897
    FamilleLes tambours de production

    L'histoire

    Joseph Lambert est un ancien mécanicien installé à Battle Creek, dans le Michigan. Il a travaillé au sanatorium de John Harvey Kellogg, où l'on cherchait à nourrir les malades sans viande. Au milieu des années 1890 il met au point un moulin qui broie l'arachide en beurre. La maison naît donc de la machine alimentaire, pas du café. En 1897 il fabrique et vend à Battle Creek un torréfacteur dit autoporteur, de l'anglais self-contained, c'est-à-dire livré avec son propre foyer et son bâti. Jusque-là, poser une machine à torréfier obligeait à lui maçonner un four de briques sur place. Cette maçonnerie clouait la machine au local et interdisait de la déplacer. A. P. Grohens rejoint Lambert en 1900. La Lambert Food and Machinery Co. est constituée en 1901, puis réorganisée en 1904. C'est Grohens qui conduit ensuite les perfectionnements, et les quatre brevets lus portent tous sa seule signature. En 1901 sort une des premières machines à gaz dites à chauffe indirecte, où la flamme n'est pas censée toucher le grain. La fabrication passe à Marshall, à l'est de Battle Creek. En 1913, à une vente sur saisie, Grohens rachète les machines et les brevets de la Reuter-Jones Manufacturing Co. de Saint-Louis. Cette maison venait du modèle Burns et avait sorti en 1910 un torréfacteur autoporteur au gaz, le St. Louis Jr. Le rachat apporte donc d'un coup un fonds de brevets concurrent. En janvier 1917, la Lambert Machine Co. se présente dans la presse professionnelle comme conceptrice et constructrice de ses machines. La même réclame annonce des torréfacteurs à café et des installations à beurre d'arachide.

    Torréfacteur à tambour surmonté de deux trémies et flanqué d'un gros conduit d'aspiration coudé.
    Ensemble de torréfaction Lambert Économique à feu de charbon

    Ce qu'elle fabrique

    Torréfacteurs à tambour, chauffés par l'intérieur. Les brevets de Grohens décrivent le principe en détail. Un tambour de tôle tourne dans un caisson cylindrique. Sa paroi est percée de trous d'un huitième de pouce, soit 3,2 mm, espacés de trois seizièmes de pouce et disposés en quinconce. Dans l'axe du tambour, un second cylindre perforé, appelé tube de garde, tourne avec lui. Le brûleur se trouve à l'intérieur de ce tube de garde. C'est un tuyau dont la moitié basse est fendue et la moitié haute fermée, ce qui envoie la flamme vers le bas. Il reçoit un mélange d'air et de gaz préparé par une vanne mélangeuse. L'air vient d'un compresseur entraîné par courroie depuis l'arbre de commande, celui-là même qui fait tourner le tambour par engrenage. Le tube de garde a une fonction précise : casser la première violence de la flamme pour qu'elle ne brûle pas le grain. Les gaz chauds traversent ensuite la charge par les perforations. La chaleur va donc du centre vers la paroi, et non de la paroi vers le centre comme dans un tambour classique. Le brûleur reste fixe dans le brevet de 1922, alors que le tube de garde tourne. Le brevet de 1923 inverse ce point : le brûleur tourne à son tour, sur un tuyau d'arrivée de gaz resté fixe. La maison construit aussi ses refroidisseurs. Un chariot à fond perforé reçoit la fournée, et une caisse d'aspiration placée dessous tire l'air à travers la couche de café. Le brevet de refroidisseur dit pourquoi : le café sort du tambour vers 400 degrés Fahrenheit, soit environ 205 degrés Celsius, et continue de cuire tant qu'il n'est pas refroidi. Des modèles au charbon ou au coke restent proposés à côté du gaz.

    Les modèles

    Gamme connue par l'édition de 1922 d'Ukers, texte et légendes de planches. Economic : ensemble autoporteur au charbon ou au coke, pouvant être équipé au gaz. Il réunit le torréfacteur, un refroidisseur rotatif, une trémie élévatrice d'alimentation et un moteur électrique. S'y ajoutent un épierreur, qui retire les cailloux, et un dépelliculeur, qui aspire la pellicule détachée du grain. La légende de la planche le donne pour un ou deux sacs, sans préciser le poids du sac. Victory : 600 livres par fournée, soit environ 272 kg, chauffage au gaz et commande électrique, présentée comme sortie récente en 1922. Lambert Junior : 50 livres, soit environ 22,7 kg, ensemble au gaz réunissant torréfaction, refroidissement et épierrage, destiné au magasin de détail. Aucune gamme postérieure à 1929 n'a pu être établie.

    Ce qu'on y gagne

    Chauffer par l'axe déplace la source de chaleur. La paroi du tambour cesse d'être le seul point chaud. Le grain qui la touche ne prend donc plus tout le choc thermique. Les gaz traversent la masse par des trous de 3,2 mm espacés de 4,8 mm. La convection travaille ainsi dans l'épaisseur de la charge, pas seulement en surface. Une vanne mécanique dose l'air et le gaz dans une proportion fixe, donc le réglage de flamme se retrouve d'une fournée à l'autre. L'avant du tube de garde et le fond du tambour sont perforés. Le brevet dit pourquoi : ces trous laissent voir la flamme et juger de son état en cours de torréfaction. Sans maçonnerie, la machine s'installe dans une boutique, ce que le modèle Junior de 50 livres exploite directement.

    Ce qu'on y perd

    Le brûleur est logé dans le tambour, donc le grain retombe dessus. Grohens passe cinq ans à corriger la brutalité de cette flamme, en deux brevets. Celui de 1923 coude les orifices pour lancer la flamme dans l'axe au lieu du radial, afin que la chaleur soit déjà diffuse quand elle atteint les perforations. Celui de 1928 coiffe le brûleur d'une chambre d'air et d'un revêtement réfractaire, et dit expressément pourquoi : le produit tombe sur le dessus du brûleur et y grille. Un défaut qui occupe deux brevets en cinq ans est un défaut de principe. Le tambour est perforé, donc les fumées de combustion passent dans le café, malgré le mot indirect employé par la maison. Le compresseur d'air est entraîné par l'arbre qui fait tourner le tambour, donc le débit d'air et la vitesse de rotation ne se règlent pas séparément. Aucun des quatre brevets lus ne prévoit de mesure de la température du grain.

    Zone d'ombreLa contradiction la plus gênante porte sur le mot indirect. Ukers présente la machine de 1901 comme une des premières à chauffe indirecte. Or les quatre brevets lus, de 1922 à 1928, décrivent un brûleur logé dans le tambour et des gaz qui traversent le café. Ou bien la machine de 1901 était d'un autre type, ou bien le mot indirect désignait seulement le tube de garde interposé entre la flamme et le grain. Rien n'a permis de trancher. L'année 1897 est celle de la première fabrication d'un torréfacteur, non celle d'une fondation juridique. Le moulin à arachide date du milieu des années 1890 et la société date de 1901. L'ordre des deux villes reste flou dans le détail. Ukers situe la fabrication à Battle Creek en 1897 et écrit Marshall en 1901, tandis que Wikipédia date de 1902 le déménagement de l'usine du côté alimentaire. Plusieurs sociétés Lambert coexistent : Lambert Nut Food Co. en 1900, Lambert Good Food Co. en 1901, Lambert Food and Machinery Co. en 1901, puis Lambert Machine Co. Leurs liens exacts n'ont pas été établis. Wikipédia donne 1930 pour la dissolution de l'affaire alimentaire, ce qui ne dit rien du sort de la Lambert Machine Co. Aucune trace de la maison n'a été trouvée après le brevet de brûleur de juin 1929. On ignore aussi si Joseph Lambert reste dans l'affaire après la réorganisation de 1904, et Ukers le dit originaire du Vermont sans jamais l'expliquer. Le poids du sac de la légende de l'Economic n'est pas donné, la capacité de ce modèle reste donc imprécise. Aucun catalogue Lambert n'a été retrouvé : la gamme ne repose que sur le texte et les planches d'Ukers. La liste complète des brevets Grohens n'a pas pu être dressée, car Google Patents renvoie une erreur 503 et le quota de recherche web de la session est épuisé. Seuls les quatre numéros déjà connus ont été lus, sur les fac-similés PDF. Enfin, deux pièges de nom subsistent. Ukers mentionne par ailleurs un torréfacteur français appelé Lambert, équipé d'un condenseur de vapeur, sans rapport connu avec la maison du Michigan. Et le volume de Simmons' Spice Mill consulté est catalogué 1913 par Archive.org alors que les pages lues portent janvier et avril 1917.
    Ukers, All About Coffee, 1922, ch. XXXIV, p. 642, 646 et 649, et légendes des planches p. 397, 421 et 646 ; chronologie du même ouvrage, entrées 1897 et 1901 ; brevet US 1 515 385, Albert P. Grohens, Coffee Roaster, déposé le 8 juin 1922 (série 566 755), délivré le 11 novembre 1924 ; brevet US 1 510 989, Coffee Roaster, déposé le 14 septembre 1923 (série 662 665), délivré le 7 octobre 1924, cédé à la Lambert Machine Company de Marshall ; brevet US 1 516 184, Cooling Apparatus, déposé le 28 septembre 1923 (série 665 510), délivré le 18 novembre 1924 ; brevet US 1 716 920, Burner for Roasters, déposé le 10 septembre 1928 (série 304 972), délivré le 11 juin 1929 ; Simmons' Spice Mill, janvier 1917, p. 17, réclame Lambert Machine Co. annonçant machines à café et installations à beurre d'arachide ; Simmons' Spice Mill, avril 1917, p. 465, réponse de la rédaction citant A. P. Grohens comme directeur général ; Wikipédia, articles Peanut butter et Almeda Lambert, consultés en septembre 2026
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