PXL Roasters
  • La chronique
  • Process

    Les levures sélectionnées (starter cultures, selected yeasts)

    Les fermentations dirigées.

    FamilleLes fermentations dirigées
    Aussi appelécultures starter, cultures iniciadoras, levadura seleccionada, levures inoculées, fermentation inoculée, fermentation ensemencée, café inoculé ; à ne pas confondre avec fermentation contrôlée, qui désigne chez Cenicafé le pilotage de la durée et de la température sans aucun ajout

    Où ça se pratique

    Le geste vient d'ailleurs. L'œnologie et la brasserie ensemencent depuis plus d'un siècle. Le café ne l'a fait qu'à partir des années 2010.

    Le repère commercial existe, mais il est faible. Lallemand, maison canadienne venue de l'œnologie et de la brasserie, vend une gamme de levures pour le café sous le nom Lalcafé, dont les souches Oro et Cima. La date de 2014 pour la mise en vente d'Oro vient de la communication du fabricant. Je n'ai pas pu la recouper : le site de Lallemand refuse la consultation automatisée. Je ne dis donc pas qu'Oro fut la première levure vendue pour le café, faute de pouvoir le vérifier.

    Les essais publiés que j'ai pu lire en entier viennent tous du Brésil. Le lot le mieux documenté a été fermenté à la ferme Chuá, près de Patos de Minas, dans le Cerrado mineiro. La ferme est à 1 050 m d'altitude, par 18° 35′ 15′′ de latitude sud et 46° 25′ 35′′ de longitude ouest. Deux variétés y ont été suivies, Arara et Paraíso. L'étude génétique de la cuve n'a porté que sur l'Arara. Les travaux d'isolement et de sélection de souches viennent surtout de Lavras et d'Uberlândia.

    Détail qui compte pour la suite : la souche employée dans cet essai, RX60, est un produit Laffort, pas un produit Lallemand. Le repère commercial de la fiche et l'essai le mieux documenté ne renvoient pas au même fournisseur.

    En Colombie, Cenicafé décrit l'ajout de micro-organismes en août 2023, dans son Avance Técnico 554. Le centre le range parmi les méthodes de fermentation modifiées, mais ne l'a pas retenu dans son propre essai. Les six traitements qu'il a comparés dans le Cesar étaient :

    • la fermentation en fruit avant dépulpage ;
    • la fermentation sur mélanges de café dépulpé ;
    • la fermentation avec ajout d'eau ;
    • la fermentation avec ajout de pulpe de café ;
    • la fermentation sans oxygène ;
    • le témoin, conduit au Fermaestro.

    Aucun n'était un traitement d'inoculation.

    Ailleurs, la pratique existe chez des producteurs de microlots sur tous les continents, puisque les levures se vendent partout depuis le milieu des années 2010. Aucun recensement ne dit combien de café est réellement inoculé.

    Plusieurs cuves de fermentation fermées en inox, munies de vannes à volant rouge et de manomètres, alignées dans le local d'une cave à vin ; l'image montre du matériel de vinification, mais les cuves fermées à vannes et manomètres sont du même type que celles utilisées pour la fermentation du café
    Cuves de fermentation en inox alignées avec vannes et manomètresDrew Cuddy · CC BY-SA 2.0

    Le principe

    Une fermentation spontanée démarre avec ce qui se trouve là. La flore arrive par plusieurs portes :

    • la peau du fruit ;
    • le sol et l'eau de process ;
    • les machines ;
    • les mains.

    Elle change d'une ferme à l'autre, et d'un jour à l'autre sur la même ferme. Inoculer, c'est refuser ce tirage au sort. On introduit une souche choisie, en grand nombre, dès l'heure zéro.

    Le pari est un pari de population. Une levure qui arrive seule doit d'abord se multiplier avant de peser. Une levure qui arrive par milliards travaille tout de suite, et prive les autres de sucre et d'espace.

    Ce qu'elle fait au café tient en deux chimies.

    La première est enzymatique. La levure sécrète des pectinases, enzymes qui coupent les chaînes de pectine du mucilage, la couche de chair sucrée collée à la parche. Cenicafé en nomme quatre : la polygalacturonase, la pectinestérase, la pectine lyase et la pectate lyase. Elles libèrent de l'acide galacturonique, le sucre acide qui forme le squelette de la pectine, et le gel se décolle. Une réserve s'impose ici. Le fruit possède ses propres pectinases, et les bactéries de la cuve en produisent aussi. La dégradation du mucilage n'est donc jamais le seul ouvrage de la levure ajoutée.

    La seconde est la fermentation alcoolique proprement dite. La levure consomme le glucose et le fructose du mucilage par la glycolyse, puis convertit le pyruvate en éthanol et en gaz carbonique. Une molécule de glucose donne deux molécules d'éthanol et deux de gaz carbonique. En parallèle, elle fabrique des esters, dont l'acétate d'éthyle. Elle fabrique aussi des alcools supérieurs à partir des acides aminés, par la voie d'Ehrlich : l'acide aminé est transaminé, décarboxylé, puis réduit en alcool. La leucine donne ainsi l'alcool isoamylique.

    Ces métabolites ne restent pas dans la cuve. Ils diffusent à travers la parche jusqu'au grain, et une partie survit à la torréfaction. C'est par là que la fermentation atteint la tasse.

    Le pari, lui, n'est pas toujours gagné. Le suivi moléculaire montre que la souche introduite ne domine pas forcément.

    Le déroulé

    1. Choisir la souche. Les trois noms qui reviennent le plus dans la littérature que j'ai lue sont Saccharomyces cerevisiae, Candida parapsilosis et Torulaspora delbrueckii. Une équipe de Lavras a publié quatre critères de sélection :

    • croître entre pH 2,0 et pH 8,0 ;
    • tolérer la pression osmotique ;
    • tolérer la chaleur ;
    • tolérer l'accumulation de ses propres métabolites.

    Ces quatre critères disent ce qu'est une cuve de café. Le milieu est acide et sucré, il tiédit, et il devient peu à peu toxique pour son occupant. Saccharomyces cerevisiae tolère un pH de 2,3 à 8,6, ce qui explique sa place.

    2. Réveiller la levure et monter l'inoculum. Protocole publié : 3 g de levure lyophilisée dans 100 mL de milieu stérile, en fiole de 250 mL. Le milieu contient, par litre :

    • 6 g d'extrait de levure ;
    • 10 g de saccharose ;
    • 45 g de KH2PO4 ;
    • 1 g de MgSO4 7H2O ;
    • 2 g de (NH4)2SO4 ;
    • plus 30 g/hL de Superstart, un activateur de levure vendu par Laffort.

    Le tout est ajusté à pH 5,5. Incubation à 30 °C sous agitation à 100 tr/min jusqu'à 10^9 cellules/mL, comptées en cellule de Neubauer. Ce milieu riche et cette chaleur ne servent qu'à une chose : faire monter la population avant la rencontre avec le café.

    3. Récolter et préparer. Cerises mûres, lavées mécaniquement juste après la récolte, à l'eau d'un puits artésien dans l'essai brésilien. Selon la voie, on dépulpe ou on garde le fruit entier.

    4. Charger la cuve. Dans l'essai brésilien : bioréacteur en polyéthylène haute densité de 200 L, environ 124 kg de cerises, couvercle équipé d'une valve à barbotage. La valve laisse sortir le gaz carbonique et empêche l'air d'entrer. Personne ne chasse l'air présent au départ : les micro-organismes le consomment, et le milieu devient anoxique par épuisement, pas par purge. C'est ce qu'on appelle SIAF, fermentation anaérobie auto-induite.

    5. Inoculer. 10 % du volume en inoculum. Variante submergée : 60 L d'eau ajoutés, soit 30 % du volume total. Cenicafé recommande le même rapport pour ses fermentations submergées, 30 L d'eau propre pour 100 kg de café en baba, parce qu'un substrat liquide est plus homogène qu'un substrat solide.

    6. Tenir la température. L'essai brésilien n'a pas retenu une consigne unique. L'Arara a été conduit en chambre close à 27 °C, le Paraíso à 18 °C, chaque fois contre des cuves laissées à l'ambiante, à l'ombre. Cenicafé a comparé de son côté deux consignes constantes, 15 et 20 °C, à un cycle nuit-jour de 18 à 26 °C, soit 23 °C de moyenne. C'est à 15 °C que la fréquence des tasses de qualité spéciale et supérieure a monté. La température commande la vitesse, et la vitesse décide de ce qui reste à consommer. Réfrigéré entre 4 et 8 °C, un mucilage n'avait dégradé que 20 % de ses sucres réducteurs à 31 heures. À 23 °C de moyenne, il en avait dégradé 30 % dans le même temps.

    7. Suivre. Dans l'essai brésilien, des prélèvements de 150 g sont faits en triplicat à l'heure zéro, puis toutes les 24 heures. Cenicafé recommande de mesurer le pH et les degrés Brix du mucilage au début et à la fin. Le Brix qui chute et le pH qui descend disent que la population travaille.

    8. Arrêter. Les durées testées au Brésil sont 24, 48 et 72 heures. Cenicafé donne des repères plus serrés, indexés sur la température. En cuve solide ouverte, 14 à 18 heures entre 20 et 23 °C, et 14 à 24 heures entre 13 et 17 °C. En cuve submergée, 18 à 30 heures entre 20 et 23 °C, et jusqu'à 42 heures entre 13 et 17 °C. Le centre note que les défauts se font plus fréquents au-delà de 42 heures. Au-delà, le risque n'est plus l'insuffisance mais l'excès.

    9. Laver, sécher, reposer. Dans l'essai brésilien, le café est lavé avec la même eau de puits qu'avant fermentation. Il sèche ensuite au soleil sur terrasses d'asphalte, jusqu'à 11 à 12 % d'humidité. Il est stocké à température ambiante et décortiqué après 30 jours. Ce repos sert à égaliser l'humidité dans le lot avant le décorticage. Cenicafé recommande pour sa part un repos du café parche sec d'au moins quinze jours, entre 18 et 20 °C.

    Ensemencer avec autre chose qu'une souche pure : le cas du SCOBY

    Cette fiche décrit l'inoculation comme l'apport d'une souche identifiée, achetée sous forme sèche ou liquide et réhydratée. Il existe une pratique qui s'en écarte, documentée sur un projet nommé, et elle mérite sa place parce qu'elle éclaire la frontière entre inoculer et repiquer.

    Kornman rapporte que le projet Catracha, au Honduras, a employé un SCOBY de kombucha pour ensemencer ses fermentations. L'acronyme désigne une culture symbiotique de bactéries et de levures, c'est-à-dire le disque gélatineux qui se forme à la surface d'un thé sucré fermenté et qui héberge côte à côte des levures et des bactéries acétiques dans une matrice de cellulose qu'elles fabriquent elles-mêmes. Ce n'est donc pas une souche, c'est une communauté, et une communauté dont la composition exacte varie d'un disque à l'autre et d'une maison à l'autre.

    L'intérêt de ce cas est qu'il occupe une position intermédiaire entre les deux pratiques que cette fiche oppose. D'un côté la fermentation spontanée, où la population se constitue au hasard de ce qui arrive avec les cerises. De l'autre l'inoculation d'une souche identifiée, qui impose une population connue. Le SCOBY impose une population, donc il n'est pas spontané, mais cette population n'est pas caractérisée, donc il n'offre pas la traçabilité qui justifie l'inoculation. Il apporte la domination sans apporter la connaissance.

    Une remarque de mécanisme s'impose, et elle n'est pas anodine pour le café : un SCOBY de kombucha contient des bactéries acétiques en abondance, puisque c'est à elles qu'un kombucha doit son acidité caractéristique. Ensemencer une cuve avec un tel disque, c'est donc introduire délibérément les organismes que la plupart des procédés dirigés cherchent à éliminer. Cela n'a de sens que dans un contexte aérobie ou partiellement aéré, et cela suppose que le producteur cherche précisément la note acétique de fruit mûr plutôt qu'il ne la craigne. Aucune mesure, aucun témoin et aucun protocole ne sont donnés par la source, qui est une plaquette sans bibliographie : la mention vaut comme témoignage d'une pratique, pas comme résultat.

    La même page signale par ailleurs que des fournisseurs développent activement des souches spécifiques au café, ce qui est cohérent avec les genres employés relevés ailleurs, Pichia, Saccharomyces et Wickerhamomyces. La direction du métier est donc inverse de celle du SCOBY : de la communauté vers la souche, et de la souche vers la souche sélectionnée sur le substrat visé. Le cas Catracha est intéressant comme contre-exemple assumé, pas comme tendance.

    Sources de ce passage : Kornman, p. 18. Genres employés comme cultures pour le café : Hackler et Särchen, chapitre 4, p. 49.

    Ce que ça donne en tasse

    Ce qui est mesuré.

    L'essai de la ferme Chuá a fait noter ses cuves par cinq Q-Graders certifiés. Le protocole est celui de la Specialty Coffee Association : 8,25 g de café pour 150 mL d'eau, torréfaction moyenne sur un même profil. Le témoin n'a pas fermenté du tout : les cerises lavées sont passées directement au séchage.

    Un point de plan doit être lu avant les notes. Sur l'Arara, vingt-quatre cuves ont été montées et douze seulement ont reçu la levure Saccharomyces cerevisiae RX60. Les douze autres ont fermenté spontanément. Le dispositif croise trois autres facteurs : cuve solide ou submergée, température tenue ou ambiante, et 24, 48 ou 72 heures. Un écart en tasse ne se rapporte donc jamais à la levure seule.

    Les notes publiées à partir de cet essai vont dans ce sens. Sur le Paraíso, le témoin non fermenté note 83,60 ± 0,89 et la meilleure cuve 86,05 ± 0,57, soit 2,45 points d'écart. Mais trois cuves notent en dessous du témoin : 82,50, 82,80 et 83,10. Sur l'Arara, le témoin note 82,65 ± 1,63 et deux cuves seulement montent significativement, de 3,60 et 3,65 points. Les autres ne se distinguent pas du témoin. L'article de 2025 qui publie le volet sensoriel de cet essai donne les mêmes ordres de grandeur. Il annonce environ 2,5 points de gain au mieux sous consigne à 18 °C, et environ 3,5 points sous consigne à 27 °C.

    La leçon de ce tableau n'est pas que l'inoculation améliore. C'est que la conduite décide. Et il faut ajouter une réserve de méthode : le témoin n'était pas fermenté du tout, donc l'écart mesure la fermentation et l'inoculation ensemble, jamais la levure seule.

    Le suivi moléculaire des mêmes lots, publié en 2026, est plus dur encore. La souche RX60 ne s'est pas imposée. Elle n'a été détectée qu'à faible abondance, et le genre Saccharomyces n'apparaît que dans les cuves inoculées. Cela prouve au passage qu'il n'appartient pas à la flore naturelle de ces cerises. La levure indigène Kazachstania, elle, occupait 83,6 % de la communauté fongique dans les cuves inoculées, contre 85,4 % dans les cuves spontanées. Les auteurs parlent d'une faible compétitivité de la souche exogène face à la flore locale. Ils avancent deux causes probables, sans les démontrer : l'acidification progressive du milieu, et la multiplication rapide de levures indigènes mieux adaptées. Les communautés inoculées se distinguaient du témoin, mais coexistaient avec la flore autochtone sans la supprimer.

    Un gain, un seul, est mesuré sans ambiguïté : les répétitions inoculées variaient moins entre elles. La régularité est donc démontrée, mais sur la composition microbienne, pas sur la note en tasse.

    L'essai de 2025 sur quatre variétés compare deux souches en voie humide, 48 heures entre 20 et 24 °C, en triplicats. Les deux souches ne sont pas de la même espèce, et la fiche doit le dire : CA11 est un Saccharomyces cerevisiae, B10 est un Kluyveromyces lactis. Le second n'avait jamais été employé comme culture starter sur café avant cet essai. Toutes les notes dépassent 83, et la combinaison Paraíso 2 avec CA11 dépasse 85. Mais les notes totales ne diffèrent pas significativement entre traitements, au seuil p > 0,05. L'écart de note n'est donc pas un résultat de cet essai.

    Ce qui est un résultat, c'est la chimie. Cent composés volatils ont été comptés en treize classes, et deux d'entre eux n'apparaissent que dans les lots inoculés : l'alcool 5-méthyl-2-furfurylique et l'acide n-hexadécanoïque. Ce n'est pas une intensification de ce qui existait, c'est l'apparition de quelque chose d'absent des témoins.

    Les descripteurs demandent la même prudence. Le descripteur floral n'est apparu que dans les lots ensemencés, avec l'une ou l'autre souche. Les notes fruitées, elles, étaient présentes partout, y compris en fermentation spontanée : elles ne distinguent donc rien. Avec B10, deux variétés sur quatre ont reçu un jeu de descripteurs propre :

    • agrume ;
    • citronnelle ;
    • citron au miel ;
    • fruit jaune.

    Trois résultats sont rapportés par d'autres, sans que j'aie lu le texte original. Les chiffres sont ceux que l'article de 2026 leur attribue :

    • Jimenez et coll., Food Bioscience, 2023 : Candida parapsilosis sur voie sèche, 2,15 points de plus qu'une fermentation à flore indigène seule ;
    • Janne Carvalho Ferreira et coll., LWT, 2024 : co-inoculation de Saccharomyces cerevisiae et de Bacillus amyloliquefaciens en cuve submergée, 86,75 points ;
    • Mota et coll. : Saccharomyces cerevisiae, jusqu'à 5 points de gain en voie sèche et en pulped natural.

    Ce qui est revendiqué.

    Les vendeurs promettent la prédictibilité, une cinétique plus rapide et des profils reproductibles. La partie prédictibilité est étayée par la mesure de variabilité citée plus haut. Les listes de descripteurs attachées à chaque souche, en revanche, sont du discours commercial. Je n'ai trouvé aucune comparaison en aveugle publiée et lisible qui les établisse souche par souche.

    La littérature scientifique attribue tout de même des caractères aux espèces. Ces listes viennent de revues de littérature que je n'ai pas pu remonter jusqu'à l'essai d'origine :

    • Saccharomyces cerevisiae : agrumes, sucre caramélisé, banane, noix de cajou ;
    • Torulaspora delbrueckii : notes lactées et cacaotées ;
    • Meyerozyma caribbica : sucre caramélisé ;
    • Candida parapsilosis : sucre caramélisé, acide citrique, pomme, cerise, caractère vineux.

    Ce qui rate

    Le premier risque est propre à la méthode, et il est mesuré : l'inoculum ne prend pas. La souche introduite reste minoritaire face aux levures indigènes. Le producteur a payé la levure, il croit conduire une fermentation dirigée, il conduit en réalité une fermentation largement spontanée. Rien dans la cuve ne le lui dit.

    Le deuxième risque est celui de toute fermentation longue : l'excès. Une fermentation insuffisante ou excessive produit des quantités anormales d'acide acétique, d'acide butanoïque ou d'acide propionique, qui donnent un goût et une odeur indésirables. Le défaut porte un nom dans le métier colombien, fermento, et son voisin s'appelle vinagre. Les relevés mensuels d'Almacafé sur le café en entrepôt donnent l'ordre de grandeur. En septembre 2013, 5,8 % des tasses étaient défectueuses, dont 34 % de fermento et 23 % de reposo. En juillet 2014, sur 3,5 % de défauts, le fermento pesait 37 %. En décembre 2014, sur 2,3 % de défauts, les fermentos et vinagres pesaient 41,3 %. Le fermenté est donc le premier ou le deuxième défaut du pays selon les mois.

    Un relevé plus large confirme le rang. Sur 580 échantillons de café parche pris dans 162 fermes de sept départements, récoltes 2005 à 2007, 36,8 % des tasses présentaient un défaut. Le fermento touchait 11,9 % des échantillons et comptait pour 32,3 % des défauts.

    Le troisième risque est le reposado, café laissé humide trop longtemps avant le séchage, et le quatrième le mohoso, le moisi. Cenicafé range ces quatre défauts ensemble dans son guide de prévention : fermento, reposado, fenólico et mohoso.

    Les entérobactéries qui prolifèrent dans une cuve mal conduite produisent des composés nommés : la 3-isopropyl-2-méthoxy-5-méthylpyrazine, le 2,3-butanediol et l'acide butyrique. Ce sont des off-flavours, des faux goûts, pas des arômes.

    Un effet secondaire mesuré mérite d'être noté sans être surinterprété. Dans l'essai de 2026, les cuves inoculées ont favorisé deux champignons filamenteux, Cladosporium et Fusarium, moins abondants dans les cuves spontanées. Les auteurs ne relient pas ce constat à un défaut en tasse. Je l'enregistre comme une mesure, pas comme une preuve de nuisance.

    Enfin, enrichir le substrat en sucre ou en pulpe pour doper la charge microbienne aggrave tout ce qui précède. Cenicafé écrit que cette voie exige des procédures rigoureuses et une infrastructure complémentaire, et qu'il faut prendre un soin particulier aux concentrations employées.

    Reste le risque de règlement, et je dois le poser au conditionnel. Trois affirmations circulent. La Cup of Excellence interdirait tout ajout étranger tout en autorisant les levures et le mosto. La Specialty Coffee Association autoriserait tout ajout antérieur au stade du café vert. Le Best of Panama aurait disqualifié quatre cafés infusés. Je n'ai pu vérifier aucune des trois dans un règlement publié. Ce qui reste sûr, c'est que la ligne entre ensemencement et infusion bouge d'un concours à l'autre et d'une année à l'autre. Un producteur qui vise un concours doit lire le règlement de l'année, pas une fiche.

    Les repères

    • Gamme Lalcafé de Lallemandmise en vente d'Oro annoncée en 2014 par le fabricant, non recoupée
    • Souche de l'essai le mieux documentéSaccharomyces cerevisiae RX60, Laffort
    • Dose publiée dans cet essai10 % du volume, inoculum monté à 10^9 cellules/mL
    • Cuvebioréacteur polyéthylène haute densité de 200 L, environ 124 kg de cerises
    • Durées testées au Brésil24, 48 et 72 heures
    • Températures de conduite de l'essai brésilien27 °C sur Arara, 18 °C sur Paraíso
    • Consignes comparées par Cenicafé15 °C, 20 °C, et un cycle nuit-jour de 18 à 26 °C
    • Part de la levure indigène Kazachstania après inoculation83,6 %, contre 85,4 % en fermentation spontanée
    • pH toléré par Saccharomyces cerevisiaede 2,3 à 8,6
    Zone d'ombreJe n'ai pas pu ouvrir l'Avance Técnico 554. Le dépôt public de Cenicafé n'indexe que quatre documents pour 2023, et aucun n'est ce bulletin ; le site cenicafe.org a refusé la connexion. Trois éléments de cette fiche en dépendent : les six traitements du Cesar, le classement de l'inoculation parmi les méthodes modifiées, et la mise en garde sur l'enrichissement du substrat. Ils viennent donc d'une référence que je n'ai pas vue. Les Avances Técnicos 402, 454 et 461 ont été vérifiés un par un dans leur texte original, numéro, titre et date compris. Les notes en tasse de l'essai brésilien ne viennent d'aucun texte que j'aie pu ouvrir. La dissertation d'Uberlândia est derrière un CAPTCHA que je ne contourne pas, et l'article sensoriel de 2025 est chez un éditeur qui bloque la consultation automatisée. Je n'ai lu que son résumé. Les valeurs 83,60, 86,05, 82,65 et les écarts de 3,60 et 3,65 points sont donc reprises sans vérification directe. Le résumé de 2025 les rend plausibles, puisqu'il annonce environ 2,5 et environ 3,5 points de gain au mieux, mais il ne les confirme pas une par une. Je ne peux pas non plus dire si chaque note citée appartient à une cuve ensemencée ou spontanée. Une version antérieure de cette fiche affirmait que toutes les cuves de cet essai étaient inoculées. C'est faux : sur les vingt-quatre cuves d'Arara, douze seulement ont reçu la levure. Elle donnait aussi 2,13 points d'écart entre 83,60 et 86,05, ce qui fait 2,45. Elle plaçait enfin la salle de fermentation de Cenicafé entre 18 et 20 °C : cette fourchette est en réalité la température de repos du café parche sec avant décorticage. La date de juillet 2022 pour la fermentation de la ferme Chuá n'apparaît dans aucun des deux articles publiés sur ce lot. Je la retire du corps de la fiche. Je n'ai pas pu lire la documentation de Lallemand : le site du fabricant renvoie une erreur 403 aux requêtes automatisées. La date de 2014, le rang de première levure vendue pour le café et les doses commerciales recommandées me manquent donc, et je préfère ne pas les citer de mémoire. La composition du milieu de réveil, en particulier les 45 g de KH2PO4 par litre, vient de la dissertation que je n'ai pas pu ouvrir. Les quatre critères de sélection de l'équipe de Lavras et le rang des trois levures les plus employées sont dans le même cas. Les deux publications qui décrivent le même essai brésilien ne donnent pas la même dose. La dissertation de 2024 écrit que la culture est montée à 10^9 cellules/mL puis diluée dix fois avant d'entrer dans le bioréacteur, ce qui donne 10^8. L'article de 2026 écrit que l'inoculum a été employé à 10^9 cellules/mL. Un facteur dix sépare les deux chiffres, sur la même expérience. Je n'ai pas lu dans leur texte original les essais de Mota, de Jimenez, de Janne Carvalho Ferreira ni de Vaz. Leurs résultats chiffrés sont rapportés ici de seconde main, à travers l'article de 2026 qui les cite. Les règlements de concours ne sont pas vérifiés. La page de règles de la Cup of Excellence ne mentionne ni levure, ni mosto, ni ajout. Je n'ai pas trouvé le règlement du Best of Panama ni celui de la Specialty Coffee Association sur ce point. Les trois affirmations courantes sur ce sujet restent des affirmations. Je n'ai trouvé aucun travail de l'Embrapa sur l'inoculation de levures en fermentation du café. La recherche brésilienne que j'ai pu lire vient d'universités, l'Université fédérale de Lavras et l'Université fédérale d'Uberlândia. Une recherche sur le site de l'Embrapa n'a rien rendu sur ce sujet. Si ces travaux existent, je ne les ai pas vus. De même, Cenicafé décrit l'inoculation mais ne l'a pas testée dans l'essai qu'elle publie. Je n'ai pas trouvé d'essai Cenicafé comparant une cuve inoculée à une cuve spontanée. Enfin, la perte de typicité est un argument, pas une mesure. Il faudrait comparer à l'aveugle des cafés de plusieurs pays, inoculés avec la même souche, pour voir si elle efface la signature du lieu. Cet essai n'existe pas, à ma connaissance. Ce qui est mesuré est plus modeste, et c'est presque l'inverse : les répétitions inoculées se ressemblent davantage entre elles. Les auteurs de l'essai de 2026 concluent d'ailleurs qu'il faudrait sélectionner les souches parmi la flore locale, ce qui est une façon de donner raison aux deux camps. == Six correspondances entre une souche et une tasse, et pourquoi ce n'est pas une table Un tableau publié en 2025 donne six correspondances entre un micro-organisme employé comme culture de départ, un procédé et un effet en tasse. Il vaut d'être reproduit ici, à la condition expresse que sa réserve voyage avec lui, car il est exactement le genre de document qui se met à circuler seul. - Candida parapsilosis avec Saccharomyces cerevisiae : En voie nature et en honey. Effet rapporté : caramel et fruité. - Pichia fermentans : En voie lavée. Effet rapporté : vanille intense et notes florales. - Torulaspora delbrueckii : En nature conduit en cuve fermée. Effet rapporté : sucré mais acide, citrique et caramel. - Kéfir : Culture hétérogène de levures et de bactéries, employée en refermentation. Effet rapporté : fruité, noisette, acide, caramel et épicé selon la durée. - Lactiplantibacillus plantarum : En voie lavée. Effet rapporté : fruité légèrement acide. - Leuconostoc mesenteroides : En voie lavée. Effet rapporté : citrique et herbacé. Les auteurs eux-mêmes précisent que ces correspondances ne servent que d'exemples, les relations étant très complexes. Cette réserve n'est pas une politesse d'auteur, elle est la seule lecture défendable, et il faut expliquer pourquoi. Chacune de ces six lignes résume un essai distinct, conduit sur une origine, une variété, une année et une flore native différentes des cinq autres. Rien n'autorise à les mettre en colonne comme si elles étaient les résultats d'un même protocole. Une souche qui donne des notes de vanille sur un lavé éthiopien n'en donnera pas nécessairement sur un lavé colombien, puisque le résultat dépend de ce que la souche trouve à manger et de la flore qu'elle doit supplanter. Ensuite, un descripteur de dégustation n'est pas une mesure : « vanille intense » désigne une impression de panel, dont ni l'aveugle, ni le nombre de dégustateurs, ni la présence d'un témoin ne sont donnés dans le tableau. Enfin, un effet obtenu avec une souche donnée dépend de la dose, du moment d'inoculation et de la durée, trois variables que le tableau ne porte pas. La bonne façon d'employer ce document est donc de le lire comme une liste de pistes documentées et non comme une table de correspondance. Il dit qu'on a essayé ces six-là, que cela a produit quelque chose de notable, et qu'il existe des publications derrière. Il ne dit pas qu'un producteur qui achète Pichia fermentans obtiendra de la vanille. Deux compléments de la même source s'ajoutent utilement à cette fiche. Les genres effectivement employés comme cultures pour le café y sont donnés, Pichia, Saccharomyces et Wickerhamomyces ; ce dernier ne figure pas dans les repères de cette fiche, et il apparaît chez Cenicafé comme l'un des genres dont l'abondance varie le plus avec la disponibilité en oxygène, ce qui fait un pont direct avec la fiche sur la micro-oxygénation. Et les propriétés recherchées dans une culture de départ sont énoncées sans détour : accélérer la dégradation du mucilage, standardiser le processus, réduire le temps de traitement, améliorer la valeur du produit, la qualité sensorielle et la durabilité, et supprimer l'activité des micro-organismes indésirables. Cinq de ces six objectifs sont des objectifs de régularité et de coût, un seul est un objectif de goût. Sources de ce passage : Hackler et Särchen, tableau 6.1, chapitre 6, p. 90 ; genres employés et propriétés recherchées, chapitre 4, p. 49. Sensibilité de Wickerhamomyces à l'oxygène : fiche 16, d'après Cenicafé.
    Silva, Costa, da Cruz et coll., Scientific Reports, 2026, doi 10.1038/s41598-026-44864-z, Microbial community dynamics during Coffea arabica cv. Arara fermentation and their relationship with specialty coffee quality, sections Materials and methods, Results et Discussion, lu en texte intégral ; Costa, Bertarini, Silva et coll., Applied Food Research 5, 101028, 2025, doi 10.1016/j.afres.2025.101028, The impact of ambient temperature regulation on arabica coffee fermentation, résumé seul, le texte intégral étant inaccessible ; Abreu, Nadaleti, Andrade et coll., Foods 14(1):111, 2025, doi 10.3390/foods14010111, Kluyveromyces lactis and Saccharomyces cerevisiae for Fermentation of Four Different Coffee Varieties, lu en texte intégral ; Scientific Reports, 2019, PMC6584692, First description of bacterial and fungal communities in Colombian coffee beans fermentation analysed using Illumina-based amplicon sequencing, pour les métabolites de faux goût des entérobactéries ; Cenicafé, Avance Técnico 402, décembre 2010, Gloria Inés Puerta Quintero, Fundamentos del proceso de fermentación en el beneficio del café, pour les tolérances microbiennes et les pectinases ; Cenicafé, Avance Técnico 454, avril 2015, Puerta Quintero et Echeverry Molina, Fermentación controlada del café, pour les températures, les durées, le rapport d'eau et les relevés Almacafé ; Cenicafé, Avance Técnico 461, novembre 2015, Puerta Quintero, Buenas prácticas para la prevención de los defectos de la calidad del café, pour les fréquences de défauts ; Cenicafé, Avance Técnico 554, août 2023, Métodos de fermentación modificados y su influencia en la calidad de la bebida, non vérifié, voir la zone d'ombre ; Gisele Xavier Ribeiro Costa, dissertation de master, Universidade Federal de Uberlândia, 2024, Processos de fermentação e suas influências na qualidade do café, non consultée, voir la zone d'ombre.
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