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    Le koji et les fermentations fongiques (koji process)

    Les fermentations dirigées.

    FamilleLes fermentations dirigées
    Aussi appelékoji supernatural, koji natural, koji washed, procédé à l'Aspergillus oryzae, fermentation fongique dirigée, anaerobic koji (appellation douteuse : voir OMBRE), tane-koji et moyashi (ce sont les spores vendues, pas le procédé)

    Où ça se pratique

    La Colombie, et d'abord une ferme. Le protocole a été conçu en 2021 par Christopher Feran, consultant café. Il l'a écrit pour El Vergel Estate, à Fresno dans le Tolima, autour de 1 500 mètres. La ferme est tenue par Elias et Shady Bayter.

    Le récit publié nomme quatre autres personnes.

    • Kaapo Paavolainen, champion de Finlande 2021, qui a demandé le café pour la compétition.
    • Elias Bayter Montenegro, responsable du traitement à El Vergel, qui l'a exécuté.
    • Koichi Higuchi, de la maison Higuchi Matsunosuke Shoten à Osaka, qui fournissait les spores.
    • Jeremy Umansky, cuisinier à Larder, dans l'Ohio, qui apportait la pratique culinaire du koji.

    Le lot de compétition était un Java. Il a été présenté au championnat du monde de barista de Milan, en 2021. Le protocole complet a été publié gratuitement le 23 octobre de la même année. L'exportateur de la ferme vend depuis des lots koji sur d'autres variétés, dont un Pink Bourbon. Aucun recensement des fermes qui pratiquent le procédé ne se vérifie. Voir OMBRE.

    La recherche publiée, elle, est ailleurs, et elle porte sur d'autres supports.

    • Corée : cerise entière d'arabica en voie sèche.
    • Singapour : café vert de canephora en milieu solide.
    • Inde : pulpe de café, pour en tirer une enzyme.
    • Brésil : grain vert, à visée cosmétique.
    Gros plan sur des grains de riz cuit recouverts du mycélium blanc et gris d'Aspergillus oryzae, le champignon du koji
    Grains de riz recouverts du mycélium du kojiForrest O. · CC BY-SA 2.0

    Le principe

    Le koji, c'est Aspergillus oryzae, un champignon filamenteux, autrement dit une moisissure, domestiqué en Asie de l'Est pour le saké, le miso et la sauce soja. En japonais le mot ne désigne pas le champignon seul mais le grain qu'il a colonisé. Les spores vendues pour le lancer s'appellent tane-koji, ou moyashi.

    Sur le café, on sème ce champignon à la surface de la cerise entière et on le fait pousser là. Il ne fermente pas au sens des levures ni des bactéries : il ne produit pas d'abord de l'alcool ou de l'acide lactique. Il sécrète des enzymes hors de ses cellules et digère son support sur place. De là viennent les deux contraintes du chantier. Il lui faut de l'oxygène, et il dégage beaucoup de chaleur.

    Trois familles d'enzymes comptent. Les amylases coupent l'amidon en sucres. Les protéases et les carboxypeptidases coupent les protéines en peptides puis en acides aminés libres, dont le glutamate, qui porte le goût umami. Les enzymes pectinolytiques, pectine-méthylestérases et polygalacturonases, découpent la pectine. Ce dernier point n'a rien de théorique. L'EFSA a évalué en 2023 une endo-polygalacturonase produite avec une souche modifiée d'A. oryzae, et le démucilaginage du café figure parmi ses cinq usages déclarés.

    Une correction s'impose ici, parce que la phrase « le koji transforme l'amidon en sucre » circule partout, y compris dans le protocole d'origine. Elle vient du riz et voyage mal. Le champignon reste dehors. Ce qu'il atteint, c'est la peau, la pulpe et le mucilage, la couche de chair sucrée collée à la parche. Or les polysaccharides de paroi de la pulpe de café sont surtout des pectines ramifiées d'arabinogalactanes. L'auteur du protocole le reconnaît lui-même en entretien : il y a très peu d'amidon disponible pour nourrir le koji. La voie pectinolytique et la voie protéolytique sont donc les plausibles.

    Ce qu'on peut mesurer au bout, c'est un déplacement du stock de précurseurs. En culture solide d'A. oryzae à 30 °C et 70 % d'humidité relative, sur son de blé et sur son de seigle, les sucres réducteurs et les amines primaires montent tous les deux. Sur tourteau de colza le milieu s'alcalinise et les amines seules s'accumulent. Le support commande donc le résultat, et on ne transpose pas d'un substrat à l'autre. Or sucres réducteurs et composés aminés sont exactement les deux réactifs de la réaction de Maillard, qui construit l'arôme à la torréfaction. De fait, après fermentation en milieu solide de grains verts de canephora puis torréfaction, les échantillons traités à A. oryzae montrent une hausse significative des pyrazines, les hétérocycles azotés qui portent les notes grillées et noisette.

    Le partage entre les deux voies dépendrait de la température. L'auteur du protocole écrit que la souche MSCO-11, celle d'El Vergel, produit davantage d'amylase dans le haut de sa plage et davantage d'acides aminés dans le bas. Aucune fiche technique publique ne le confirme.

    Le déroulé

    Le protocole publié en 2021 sème les spores directement sur la cerise. Il ne passe pas par le riz.

    • Achat des spores. Tane-koji d'un fabricant japonais, souche MSCO-11 chez Higuchi à Osaka. Le coût pèse : 250 dollars pour faire venir 350 g du Japon vers la Colombie, de quoi traiter environ 70 kg de café vert. La presse professionnelle cite par ailleurs 17 dollars pour 30 g de spores.
    • Tri et flottation. Cerises mûres seulement, du rouge sang au rouge bourgogne. La flottation à l'eau potable enlève les flottants et rabat la flore sauvage. C'est ce qui donne au koji le temps de s'installer : il démarre lentement et la cerise porte une population dense de concurrents.
    • Ensemencement. 1 g de spores par kilo de cerise. Mélange doux, à la main propre ou à la pelle, sans crever de peau.
    • Phase de croissance. Couche mince dans un bac alimentaire à couvercle posé sans serrer. Posé, parce que le champignon est aérobie et consomme de l'oxygène. Sans serrer, parce qu'il lui faut aussi une humidité élevée.
    • Tenue de la température, qui commande tout. La masse doit rester entre 25 et 30 °C. En dessous la pousse traîne, au-dessus le champignon meurt et laisse la place. Sonde au cœur du tas toutes les 6 heures, brassage doux au moins toutes les 12 heures, déplacement à l'ombre ou ajout de glace si ça chauffe.
    • Arrêt. De 24 à 36 heures, au moment où un voile blanc couvre toute la surface et où l'odeur devient franchement tropicale.
    • Séchage, immédiat. Lits surélevés sous une ombrière coupant 60 à 80 % de la lumière. La masse reste entre 20 et 30 °C, jamais au-dessus de 30 °C, pendant 20 à 30 jours en cerise entière. À partir de 16 à 20 % d'humidité, on remet en tas la nuit pour homogénéiser.
    • Pilotage au poids, pas à l'œil. On pose que la cerise entrante est à 65 % d'eau, donc à 35 % de matière sèche. Cette matière sèche ne bouge plus. Le poids cible se calcule à partir d'elle.
    • Cible finale : 12,5 à 13 %. Le protocole dit lui-même que ce n'est pas une valeur stable. D'où la mise sous vide dès l'usinage et le stockage au frais.

    La conduite commerciale d'El Vergel, telle que son exportateur la décrit, est un autre procédé. Elle fabrique d'abord du riz koji, puis s'en sert comme inoculum en poudre.

    • Riz koji. Du riz cuit à la vapeur reçoit les spores. La page de procédé dit 48 heures, les fiches produit 3 à 4 jours. Le riz colonisé est séché puis broyé fin.
    • Pourquoi ce détour : il divise la dépense. L'auteur du protocole avance qu'à partir de 30 g de starter on obtient environ 240 kg de riz koji.
    • Ensemencement. La poudre est répandue sur les cerises étalées sur lits africains. L'exportateur écrit noir sur blanc qu'il faut de l'oxygène pour que le champignon pousse.
    • Fermentation. 36 heures sur la page de procédé, 24 à 72 heures sur les fiches produit. Les deux la qualifient d'aérobie.
    • Séchage en deux temps. Un silo retire d'abord 30 % de l'humidité, puis les lits africains finissent en 15 à 25 jours. Une autre page décrit 10 jours de soleil puis 2 à 4 jours de séchoir mécanique, à 38 °C au maximum.
    • Stabilisation. Vingt jours en sacs GrainPro.

    Ce que ça donne en tasse

    Ce qui est mesuré, et c'est peu. Un seul essai publié applique A. oryzae à la cerise dans un vrai plan comparatif. Des cerises d'arabica partent en voie sèche. Trois modalités reçoivent chacune un inoculum, A. oryzae, Leuconostoc mesenteroides ou Saccharomyces cerevisiae. Une quatrième sert de témoin. Les trois inoculations améliorent la note. Le témoin obtient 80,17 ± 1,04 et la meilleure, la levure, 84,00 ± 0,25, avec p < 0,05. La note propre au koji n'est pas lisible dans les sources consultées : voir OMBRE. Les trois cultures doublent presque la teneur en acide 5-caféoylquinique du grain et augmentent nettement la capacité antioxydante.

    En instrumental seulement, sans panel. La fermentation en milieu solide de grains verts de canephora modifie les sucres libres, les acides aminés libres et les acides caféoylquiniques. Après torréfaction, les pyrazines montent significativement pour A. oryzae, avec des écarts nets selon la souche. Un Mucor testé en parallèle donne au contraire plus de furanes. Le champignon choisi oriente donc le résultat autant que le fait de fermenter.

    Un essai indien contourne le champignon et n'utilise que son enzyme. Une carboxypeptidase acide est tirée d'un A. oryzae isolé de pulpe de café, puis produite sur son de blé à 35 % d'humidité, 30 °C et 100 heures. Appliquée au café, elle porte la note organoleptique interne à 7,5 contre 4,5 pour le témoin, avec des pyrazines en hausse. Ce n'est ni une note SCA, ni un panel décrit.

    Pour situer la famille, un voisin non koji. Talaromyces funiculosus KQ2 inoculé sur cerise fait gagner 1,5 point et franchir le seuil des 80 points, avec p < 0,01. L'article rattache ce gain à un composé précis, le 1,3-diméthoxybenzène, et mesure 17,11 % de saccharose en plus.

    Ce qui est revendiqué, et par qui. Kaapo Paavolainen raconte un test A-B. Un lot koji a été comparé à un nature classique de la même variété, un Red Bourbon, dégusté à l'aveugle dans quatre pays. Le koji aurait noté au-dessus, avec plus de corps, plus de longueur et une acidité plus fine. Ni les notes, ni la taille du jury, ni le protocole n'ont été publiés, et c'est un participant qui rapporte.

    Sur le gain chiffré, les deux hommes ne disent pas la même chose. Elias Bayter annonce un à deux points. Christopher Feran prend l'exemple d'un 85 points porté à 87, puis retourne l'argument. Selon lui, une ferme qui produit 82 ou 83 points gagnera moins avec le koji qu'avec une cueillette sélective, un tri plus sévère et des cuves propres.

    Un mot sur l'umami, que le commerce met en avant. L'exportateur en fait le résultat annoncé du procédé. Or dans les essais préparatoires, le koji cultivé directement sur le grain vert a donné des tasses de bouillon, de shoyu et de miso, jugées ratées. C'est le passage à la cerise qui a rendu un profil de café. L'umami est donc d'abord le mode d'échec d'une voie abandonnée.

    Un sachet de spores de koji (Aspergillus oryzae) destiné à ensemencer du riz, du même type que celui utilisé pour la fermentation koji du café
    Sachet de spores de koji pour ensemencer du rizVojtěch Zavadil · CC BY-SA 4.0

    Ce qui rate

    La température d'abord. Au-delà de 30 °C le champignon meurt. Ce qui reste est un tas chaud, humide et sucré, livré à la flore sauvage. C'est la route ordinaire vers le fermento et vers le moisi.

    La moisissure semée n'est pas la seule présente. Le laboratoire d'Higuchi tenait l'essai pour difficile, à cause de la vitesse à laquelle la cerise pourrit et de la diversité des concurrents, dont des moisissures productrices d'aflatoxines.

    A. oryzae n'est pas automatiquement inoffensif, et c'est le point que le commerce ne dit jamais. Les souches sauvages de l'espèce ont le potentiel de produire trois mycotoxines : les aflatoxines, l'acide cyclopiazonique et l'acide 3-nitropropionique. La production d'aflatoxine est généralement empêchée par des délétions et des mutations dans le groupe de gènes de la voie. Une lignée industrielle a été nettoyée pour de bon, celle de Novozymes devenue Novonesis. Sa souche BECh1 a perdu d'un coup les groupes de l'aflatoxine et de l'acide cyclopiazonique, puis les gènes npaA et npaB de l'acide 3-nitropropionique. Rien d'équivalent n'est publié pour une souche employée sur le café.

    Le nom de l'espèce ne garantit rien. A. oryzae et A. flavus partagent environ 99,5 % de leur génome et ne se distinguent que par des motifs de délétion dans le groupe de gènes de l'aflatoxine. Les séparer demande une PCR, et la méthode publiée en 2025 atteint 92 % de justesse sur des isolats de nuruk, le ferment coréen. Un travail phylogénomique sur 711 génomes d'Aspergillus constate par ailleurs une mésidentification étendue des souches. Une étiquette n'est donc pas une preuve.

    Il n'existe pas de présomption générale de sécurité en Europe pour ce champignon. Le statut QPS ne s'applique pas aux champignons filamenteux : il est accordé au niveau de l'espèce aux bactéries et à quelques levures seulement.

    L'ochratoxine A, qui est la vraie question mycotoxique du café, ne vient pas du koji. Elle vient d'Aspergillus niger, d'A. ochraceus et d'A. carbonarius, pendant le séchage et le stockage. Or un lot koji sèche en cerise entière pendant 15 à 30 jours : c'est exactement la fenêtre de ces moisissures. Sur café parche sec, la production d'ochratoxine A par A. niger augmente avec la durée de stockage. L'essai note aussi un effet contre-intuitif : au-dessous de certains seuils, la baisse de température et d'humidité relative s'accompagne d'une hausse de la toxine. La torréfaction en dégrade 76,4 % sur une courbe de 180 à 208,8 °C en 11,23 minutes. Elle réduit, elle n'annule pas.

    Les défauts nommés du métier, et leur cause ici.

    • Moisi, ou mohoso : une autre moisissure a pris la place, presque toujours après une dérive de température ou un séchage trop lent.
    • Fermento, ou vinagre : le tas a chauffé, les acides acétique, propionique et butyrique se sont accumulés.
    • Phénol : signalé sur les fermentations longues mal conduites, mêmes causes de fond.
    • Bouillon, shoyu, umami agressif : voie du grain vert, ou koji poussé trop longtemps.

    Enfin l'humidité finale. Le protocole publié vise 12,5 à 13 % et dit lui-même que ce n'est pas une valeur stable, qu'elle s'en va vite et qu'elle impose le vide et le froid. Un grain plus humide stocké au chaud est un grain qui moisit.

    Les repères

    • Dose d'ensemencement, protocole publié1 g de spores par kg de cerise
    • Fenêtre de température de la masse25 à 30 °C, le champignon meurt au-dessus
    • Contrôle pendant la poussesonde toutes les 6 h, brassage au moins toutes les 12 h
    • Durée de la phase de croissance, protocole publié24 à 36 h, fin au voile blanc complet
    • Séchage en cerise entière, protocole publié20 à 30 jours entre 20 et 30 °C
    • Humidité finale visée12,5 à 13 %, valeur instable, vide et froid obligatoires
    • Mycotoxines potentielles d'A. oryzae sauvage3 (aflatoxines, acide cyclopiazonique, acide 3-nitropropionique)
    • Dégradation de l'ochratoxine A à la torréfaction76,4 % de 180 à 208,8 °C en 11,23 min
    Zone d'ombreBeaucoup de choses, et il faut les dire. La note propre au koji dans le seul essai comparatif publié. L'article est sous péage. Son résumé ne donne que le témoin à 80,17 et la meilleure modalité, la levure, à 84,00. Que le koji ait fait mieux que le témoin est écrit ; de combien, non. La dose d'inoculation de cet essai n'est pas davantage lisible dans le résumé. Aucune analyse de mycotoxines sur un lot de café traité au koji n'a été trouvée. La recherche a été faite et n'a rien donné. La sécurité de la pratique repose donc sur le caractère domestiqué de la souche et sur l'hygiène du chantier, pas sur une mesure publiée. Sur la dégustation à l'aveugle, la fiche a été corrigée. Une comparaison contre témoin de même variété existe bien, et elle est décrite. Mais elle est rapportée par un participant, sans notes, sans taille de jury et sans protocole. Ce n'est pas un essai vérifiable, c'est un témoignage. La dose d'ensemencement n'est pas tranchée. Le protocole publié dit 1 g de spores par kilo de cerise. Perfect Daily Grind cite le même auteur disant 2 g par kilo. L'arithmétique penche pour 1 g. Le même auteur écrit que 350 g de spores traitent environ 70 kg de café vert, ce qui suppose 350 kg de cerise à 1 g par kilo, pour un rendement cerise vers vert de l'ordre de cinq pour un. La prime commerciale et le prix du lot de compétition ne sont plus donnés. Ils venaient d'un article de Coffee Intelligence dont le site était injoignable au moment de la vérification. Aucun chiffre de prix n'est donc avancé ici. La paternité du procédé est racontée de deux façons. L'auteur du protocole dit l'avoir conçu pour El Vergel et pour la compétition de Kaapo Paavolainen. Les fiches de l'exportateur présentent la méthode comme mise au point à El Vergel, en collaboration avec Kaapo Paavolainen, sans nommer l'auteur du protocole. La date d'origine circule fausse. Des pages de détaillants datent le début d'El Vergel de 2018. La collaboration documentée et le protocole publié sont de 2021, et rien de ce qui a été lu n'appuie 2018. Les caractéristiques publiées de la souche MSCO-11 restent introuvables. La page produit du fabricant ne donne ni spécification enzymatique ni courbe de température. Ce qu'on en sait vient du récit de l'auteur du protocole. La date de domestication d'A. oryzae n'est pas réglée, et aucun chiffre n'est retenu ici. Le protocole parle de 9 000 ans. L'étude génomique de référence sur l'espèce, publiée en 2019, ne donne aucune date de divergence d'avec A. flavus. La fiche portait auparavant un chiffre de plus de 50 000 ans qui n'a pas pu être retrouvé dans cette étude : il a été retiré. Les deux conduites de séchage d'El Vergel ne concordent pas. Une page décrit un silo puis des lits, 15 à 25 jours. Une autre décrit 10 jours de soleil puis 2 à 4 jours de séchoir. La durée de fermentation varie de la même façon, 36 heures d'un côté, 24 à 72 heures de l'autre. Laquelle s'applique à quel lot n'est pas dit. Enfin, les lots vendus comme « anaerobic koji ». Le champignon est aérobie, et ce n'est pas une déduction : l'exportateur lui-même qualifie sa fermentation d'aérobie et écrit qu'il faut de l'oxygène pour que le champignon pousse. Une cuve réellement fermée ne peut donc pas avoir vu le koji s'y développer. Soit le champignon a poussé d'abord à l'air et la cuve a été fermée ensuite, soit du riz koji déjà fait a été ajouté comme apport d'enzymes. Aucune des fiches commerciales lues ne le précise. Rappelons au passage que ces cuves ne sont de toute façon pas purgées : l'oxygène y est consommé par les micro-organismes, et le milieu devient anoxique par épuisement, pas par chasse de l'air. Une réserve de méthode, pour finir. La quasi-totalité des paramètres de conduite de cette fiche vient de deux sources de rang 2. Ce sont le protocole publié par son auteur et les pages de procédé de l'exportateur de la ferme. Les acteurs eux-mêmes, donc. Aucun tiers ne les a vérifiés. == Appliqué sur le grain ou sur la cerise ? Deux koji qui ne travaillent pas le même substrat Deux définitions du koji appliqué au café circulent, et elles ne décrivent pas le même geste. La différence porte sur ce que le champignon trouve devant lui, ce qui est la seule chose qui compte pour un organisme qui se nourrit par ses enzymes. Hackler et Särchen posent d'abord la définition générale : koji est le terme parapluie pour les champignons du genre Aspergillus, principalement associé à Aspergillus oryzae. Puis ils décrivent le geste : le champignon est appliqué sur les grains de café, suivi d'une fermentation, après quoi le café koji est traité et séché. Cette fiche décrit au contraire un ensemencement à la surface de la cerise entière. L'écart n'est pas neutre. Un grain vert sec et une cerise fraîche n'offrent ni le même substrat, ni la même eau disponible, ni la même concurrence. Sur une cerise, le champignon trouve du sucre libre en abondance, beaucoup d'eau et une flore native déjà installée qu'il doit supplanter. Sur un grain vert sec, il ne trouve presque pas de sucre libre, très peu d'eau, et un substrat fait de polysaccharides de paroi, de protéines et de lipides, qu'il doit d'abord découper par ses enzymes avant d'en tirer quoi que ce soit. Ce sont deux métiers différents pour le même organisme, et ils ne peuvent pas produire les mêmes métabolites. Ce second régime porte d'ailleurs un nom que cette fiche gagnerait à employer : la fermentation en milieu solide, conduite sur un substrat non liquide, grain ou son, où le micro-organisme pousse à la surface et sécrète ses enzymes vers l'extérieur plutôt que d'absorber un bouillon. C'est le régime historique du koji sur le riz et le soja, et c'est celui de la refermentation d'un café vert déjà sec. Les mêmes auteurs traitent explicitement cette voie, et leur mise en garde vaut d'être reprise : il est possible de fermenter des grains verts déjà séchés avec des cultures de départ ou des enzymes, mais ce n'est pas une fermentation au sens du traitement post-récolte, puisqu'elle peut toujours être appliquée rétrospectivement, sur n'importe quel lot, à n'importe quel moment de sa vie. Elle joue selon eux surtout un rôle en recherche. Cette distinction est commercialement importante : un café koji obtenu en cuve à la ferme et un café koji obtenu sur grain vert six mois plus tard dans un atelier ne sont pas la même marchandise, même si l'étiquette est la même. Trois résultats de cette littérature doivent être distingués par leur solidité, et l'écart est instructif. Les auteurs rapportent d'abord leurs propres essais de refermentation avec Aspergillus oryzae, le koji, et Rhizopus oligosporus, le champignon du tempeh, disant que les deux peuvent influencer positivement la flaveur : ce sont des essais personnels, sans témoin ni réplication annoncés, et ils doivent être traités comme une anecdote. Deux résultats publiés sont en revanche exploitables : Wang, en 2020, rapporte que la fermentation de café vert par Saccharomyces cerevisiae et Pichia kluyveri réduit l'acidité et la sucrosité mais rehausse les arômes de caramel, de noisette et de torréfaction ; Murthy, en 2019, rapporte qu'un café fermenté avec des sérine carboxypeptidases d'Aspergillus oryzae se caractérise par de la douceur et une longueur favorable. Une sérine carboxypeptidase est une enzyme qui détache les acides aminés un à un depuis l'extrémité d'une chaîne protéique : le mécanisme visé n'est donc pas le sucre, c'est la protéine, et ce sont les précurseurs d'arôme azotés qui sont modifiés. Sources de ce passage : Hackler et Särchen, chapitre 3, p. 34 pour la définition du koji ; chapitre 6, p. 95 pour la fermentation en milieu solide sur grain vert, les essais personnels, Wang 2020 et Murthy 2019. Ensemencement sur cerise entière : fiche 18, champ DEROULE.
    Feran C., « Coffee, Koji and Kaapo's WBC Routine », christopherferan.com, 23 octobre 2021, protocole complet publié par son auteur : sections Equipment, Before we begin, Cherry Selection, Dry Process, Drying, Dried Cherry Storage, Dry Milling, Post Script ; Park S.W., Park B.K., Ju Y.W., Benashvili M., Moon C.R., Lee S., Lee J.H., Son Y.J., « Inoculation of starter cultures in dry processing enhanced the contents of bioactive compounds and sensory characteristics of Arabica coffee (Coffea arabica L.) », Food Chemistry 475:143226, 2025, DOI 10.1016/j.foodchem.2025.143226, résumé ; Tang V.C.Y., Sun J., Cornuz M., Yu B., Lassabliere B., « Effect of solid-state fungal fermentation on the non-volatiles content and volatiles composition of Coffea canephora (Robusta) coffee beans », Food Chemistry 337:128023, 2021, DOI 10.1016/j.foodchem.2020.128023, résumé ; Murthy P.S., Sneha H.P., Basavaraj K., Kusumoto K.I., « Modulation of coffee flavor precursors by Aspergillus oryzae serine carboxypeptidases », LWT 113:108312, 2019, DOI 10.1016/j.lwt.2019.108312, résumé et conditions de production ; Lehmbeck J., Andersen B., Sáez-Sáez J. et al., « Mycotoxin-free Aspergillus oryzae strain lineage for alternative and novel protein production at industrial scale », Applied Microbiology and Biotechnology 109:94, 2025, DOI 10.1007/s00253-025-13482-6, sections sur l'aflatoxine, l'acide cyclopiazonique, l'acide 3-nitropropionique, la souche BECh1 et le statut QPS ; Cho H.J., Lee Y.J., Jung Y.H., Park H.S., « Applications of Fungi and Fungal-Derived Ingredients in the QPS and GRAS Systems », Journal of Microbiology and Biotechnology 36, 2026, DOI 10.4014/jmb.2607.07007, section Aspergillus ; Jeong E., Kwon Y.J., Seo J. et al., « Distinction Between Aspergillus oryzae and Aflatoxigenic Aspergillus flavus by Rapid PCR Method Based on the Comparative Sequence Analysis of the Aflatoxin Biosynthesis Gene Cluster », Journal of Fungi 12(1):10, 23 décembre 2025, DOI 10.3390/jof12010010, résumé ; Steenwyk J.L., Balamurugan C., Raja H.A. et al., « Phylogenomics reveals extensive misidentification of fungal strains from the genus Aspergillus », Microbiology Spectrum 12(4):e0398023, 2024, DOI 10.1128/spectrum.03980-23, résumé ; Watarai N., Yamamoto N., Sawada K., Yamada T., « Evolution of Aspergillus oryzae before and after domestication inferred by large-scale comparative genomic analysis », DNA Research, 2019, DOI 10.1093/dnares/dsz024, résumé ; Holt S., Melzer F., Pivcevic C.P.P. et al., « Substrate dependent growth conditions and moisture dynamics drive aroma development in solid-state Aspergillus oryzae (koji) fermentations of cereal and oilseed processing side streams », Frontiers in Microbiology 17:1829344, 2026, DOI 10.3389/fmicb.2026.1829344, méthodes et résultats physicochimiques par substrat ; Reichembach L.H., Kaminski G.K., Maurer J.B.B. et al., « Fractionation and characterization of cell wall polysaccharides from coffee (Coffea arabica L.) pulp », Carbohydrate Polymers 327:121693, 2024, DOI 10.1016/j.carbpol.2023.121693, résumé ; EFSA CEP Panel, « Safety evaluation of the food enzyme endo-polygalacturonase from the genetically modified Aspergillus oryzae strain AR-183 », EFSA Journal 21(2), 2023, DOI 10.2903/j.efsa.2023.7836, liste des cinq procédés d'usage dont le démucilaginage du café ; Restrepo Salazar I.C., Peñuela Mesa G.A., « Influence of temperature, relative humidity, and storage time conditions on ochratoxin A production by Aspergillus niger fungi in dry parchment coffee », Food Additives & Contaminants Part A 42(4):491-502, 2025, DOI 10.1080/19440049.2025.2459211, résumé et courbe de torréfaction ; Quan C., Wu Z., Hu G. et al., « Talaromyces funiculosus fermentation enhances Arabica coffee flavor: Comprehensive chemical characterization of volatile and non-volatile profiles », Food Chemistry 503:147791, 2026, DOI 10.1016/j.foodchem.2025.147791, résumé ; Bertges F.S., Amaral M.P.H., Rodarte M.P. et al., « Assessment of chemical changes and skin penetration of green Arabica coffee beans biotransformed by Aspergillus oryzae », Biocatalysis and Agricultural Biotechnology 23:101512, 2020, DOI 10.1016/j.bcab.2020.101512 ; Forest Coffee / El Vergel Estate, page de procédé « Koji » et fiches produit « Java Koji » et « Pink Borbon Koji », étapes du procédé, mention explicite du caractère aérobie et conduites de séchage ; Perfect Daily Grind, « What is koji fermented coffee ? », 31 mars 2022, entretiens avec Christopher Feran, Kaapo Paavolainen et Elias Bayter Montenegro
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