Sivetz Roasting Machines
Les tambours de production, Corvallis puis Hood River, Oregon, États-Unis.
L'histoire
Michael Sivetz (1922-2012) est ingénieur chimiste. Il revendique en 2004 plus de quarante ans d'expérience industrielle du café, aux États-Unis et ailleurs. Il conseille les usines de café soluble et dessine leurs procédés. De là vient son grief contre les gros tambours de production, qu'il connaît de l'intérieur. Un lit fluidisé est un tas de grains soulevé par un courant d'air ascendant, qui se met alors à couler comme un liquide. Le 11 novembre 1974, depuis son domicile de Corvallis, dans l'Oregon, il dépose le brevet qui deviendra US 3 964 175. La maison se dit fondée cette année-là. En 1980 il convertit une ancienne église de Corvallis en laboratoire, salle d'exposition et atelier. Plus de trois cents machines en sortiront en trente ans, selon elle. Un même atelier de mécanique de Corvallis les aurait toutes construites, d'après son propriétaire interrogé en 2017. Sivetz écrit aussi, et c'est peut-être par là qu'il pèse le plus. Coffee Processing Technology paraît en 1963, 736 pages, refondu en 1979 sous le titre Coffee Technology. Le livre arme une génération de torréfacteurs contre le discours des grands industriels de la boîte de café moulu. Il meurt en 2012. Dix ans passent avant que la marque ne reparaisse. En 2022 Michael Barthmus, fondateur de Doppio Coffee à Hood River, la rachète au gendre de Sivetz. Un associé l'accompagne au départ, puis les deux hommes se séparent à l'amiable. Quinze mois de travail donnent le SRM15, dévoilé au Specialty Coffee Expo de Boston en avril 2022. Le siège et la salle d'exposition ouvrent à Hood River en décembre 2024. En avril 2026 la maison fusionne ses activités avec Peachey Roasters, du Kansas, pour faire revenir la chauffe électrique. Corwin Peachey dirige cette gamme depuis le Kansas, près de Wichita.
Ce qu'elle fabrique
Torréfacteurs à lit fluidisé. Le brevet de 1974 pose le principe. Les grains sont mis en lévitation dans une chambre par un courant d'air ascendant. Ils forment une masse dense qui recircule sur elle-même. La chaleur passe d'abord par convection, par l'air qui enveloppe chaque grain, et seulement ensuite par conduction d'un grain contre l'autre. Le brevet plafonne l'air d'entrée à 530 degrés Fahrenheit, soit 277 degrés Celsius. C'est le contraire du tambour de production, où une paroi métallique chaude cuit le grain par contact. Il n'y a donc ni tambour, ni paroi brûlante, ni pièce tournante dans la chambre : seul l'air bouge. La maison le résume en disant que la machine n'a qu'une pièce en mouvement, la turbine. L'air ne traverse le lit qu'une fois, écrivait Sivetz en 2002, au lieu d'être renvoyé en boucle. La pellicule, cette fine peau qui se détache du grain à la cuisson, part donc aussitôt vers un cyclone en acier inoxydable, sans avoir le temps de griller. Le refroidissement se fait dans un bac séparé, ce qui libère la chambre dès la fournée lâchée. Le SRM15 chauffe au gaz, brûleur Midco RE4400DS et vanne modulante Maxitrol. Les SRM5E et SRM9E chauffent à l'électricité, donc sans combustion sur place. Les machines d'avant 2022 coupaient bien la chauffe toutes seules à la température de grain visée, mais ne se réglaient pas en cours de cuisson. Le SRM15 ajoute un réglage continu du ventilateur et du gaz. Un régulateur PID, boucle qui corrige en continu l'écart à la consigne, y tient la température de l'air entrant. Les modèles électriques portent quatre thermocouples de 2 mm et trois modes de conduite. Les machines à gaz sont assemblées dans l'Oregon, les électriques au Kansas depuis 2026.
Les modèles
Catalogue consulté en septembre 2026. SRM15, au gaz, dont les chiffres divergent selon la source. La fiche technique du constructeur, datée de février 2024, donne 9 à 17 kg par fournée. Elle annonce 6 à 11 minutes de cuisson et 60 à 90 kg de café vert à l'heure. Le site du constructeur annonce au même moment 4 à 15 kg par fournée, 7 à 9 minutes et jusqu'à 90 kg à l'heure. Brûleur de 400 000 BTU par heure, gaz naturel entre 7 et 14 pouces de colonne d'eau. Moteurs en 208 à 240 volts, 30 ampères monophasé : ventilateur de 3 chevaux à variateur, refroidissement de 1 cheval, bras d'agitation mécanisé de 1/4 de cheval en option. Arrivée d'eau à 50 psi minimum. Poids 700 kg, emprise au sol 3 556 sur 1 880 mm, cyclone à pellicule haut de 2 718 mm. Prix annoncé 54 500 dollars en 2022, délai de six mois. SRM5E, électrique : 1 à 5 kg par fournée, 8 à 10 minutes, jusqu'à 30 kg de vert à l'heure. Il tire 220 à 240 volts en 75 ampères monophasé, 16,8 kW en pointe, et pèse 158 kg. SRM9E, électrique : 2 à 9 kg, 8 à 10 minutes, jusqu'à 45 kg à l'heure. Il tire 220 à 240 volts en 120 ampères monophasé, 26,4 kW en pointe, et pèse 204 kg. Les deux rejettent à 371 degrés Celsius en pointe et réclament un conduit de 102 mm au moins. Vingt recettes programmables sur l'écran tactile. Un SRM35 est annoncé depuis décembre 2024 et donné encore en développement en avril 2026. La gamme de Michael Sivetz allait de 30 grammes à 70 kg par fournée, selon son propre site en 2004.
Ce qu'on y gagne
La convection enveloppe toutes les faces du grain à la fois. Aucune paroi métallique ne le touche, donc ni brûlure de contact ni pointes noircies. Le brevet plafonne l'air entrant à 277 degrés Celsius, loin sous la tôle d'un tambour à flamme directe. Le bac de refroidissement étant séparé de la chambre, la fournée suivante part aussitôt. De là les cycles courts, 6 à 11 minutes sur le SRM15, jusqu'à 90 kg de vert à l'heure. L'air ne passant qu'une fois, la pellicule file au cyclone et ne brûle pas dans la chambre. Le grain baigne dans l'air au lieu de rouler contre une paroi. Un thermocouple planté dans le lit donne donc vraiment sa température. C'est ce qui permettait déjà aux vieilles machines de couper la chauffe pile au degré de torréfaction voulu. Une seule pièce tourne, la turbine, et rien ne racle la chambre : l'entretien s'en ressent.
Ce qu'on y perd
L'air fluidise le lit et porte la chaleur du même mouvement. Les deux leviers restent liés : on ne modifie pas le brassage sans toucher à l'apport thermique. Jusqu'en 2022 il n'y avait d'ailleurs aucun réglage en cours de cuisson, seulement une coupure au seuil de température atteint. Un profil de lit fluidisé ne se transpose pas sur un tambour, ni l'inverse. L'air ne servant qu'une fois, sa chaleur part au conduit : les modèles électriques rejettent jusqu'à 371 degrés Celsius en pointe. Il faut donc un conduit qui encaisse cette température, 102 mm de diamètre au minimum. L'installation pèse lourd. Il faut 120 ampères en monophasé pour le SRM9E, 400 000 BTU par heure pour le SRM15. Il faut aussi une arrivée d'eau et un cyclone de 2,7 mètres de haut. Et le catalogue livrable s'arrête à 15 kg.