Quest (atelier de Yen Lung Wu, Fongloong Enterprise)
Les machines de table et de comptoir, Kaohsiung, district de Niaosong, Taïwan.
L'histoire
Quest n'est pas une marque d'entreprise, c'est le nom que porte la machine d'un homme. Le manuel indépendant donne l'identité du constructeur : Yen Lung Wu, numéro 17, ruelle 56, route Wenqian, district de Niaosong, à Kaohsiung. Le nom commercial, Fongloong Enterprise, n'apparaît que dans les annuaires d'exportateurs, avec la même adresse et la même personne de contact, Molly Yen. Cet homme est inventeur avant d'être constructeur de torréfacteurs. Son propre site range ses distinctions sous le titre « designer's award ». Il les date à la taïwanaise, en années de la République, un calendrier qui compte 1912 comme année 1. L'année 80, soit 1991, lui vaut un premier prix du concours national de l'invention, catégorie sociale. L'année 81, soit 1992, le prix national dit « Golden Brain », et une médaille d'argent à un salon des inventions de Nuremberg. En 1995 vient une récompense nationale d'excellence en design. Ce que ces prix récompensaient n'est dit nulle part, et rien ne les rattache à un torréfacteur. Les machines sortent une par une, montées à la main dans un petit atelier, et elles changent en route. Le manuel de 2021 prévient qu'il ne peut faire autorité pour aucun exemplaire précis, tant le constructeur a modifié ses machines. Un seul repère est daté : le tambour du M3 d'origine tournait dans le sens des aiguilles d'une montre jusqu'à la production de mai 2013. Les suivants tournent en sens inverse. Leurs pales sont orientées en conséquence, pour pousser le grain vers l'avant, ce qui interdit d'échanger un tambour contre un autre. C'est par les États-Unis que la machine s'est fait connaître. Coffee Shrub, l'enseigne de gros de Sweet Maria's, en est le revendeur depuis au moins 2016. En juin 2016, Sweet Maria's présente le M3s dans sa bibliothèque en ligne, et explique pourquoi il ne figure pas au catalogue grand public : trop peu de sécurités. Acheter la machine demande de signer un engagement écrit attestant qu'on sait torréfier. La condition tient toujours en septembre 2026. En avril 2021, un propriétaire, Maurice Nunas, publie un manuel de vingt-deux pages, écrit avec des membres du forum Home-Barista. Il est libre de diffusion tant qu'il reste gratuit et non modifié. Il rassemble ce que contiennent les feuillets d'usine, plus ce que les utilisateurs ont établi eux-mêmes.
Ce qu'elle fabrique
Un tambour électrique de comptoir, très exactement un torréfacteur de boutique réduit. Le M3 d'origine chauffe surtout par conduction : le grain prend sa chaleur au contact de la paroi métallique chaude du tambour, comme dans un tambour de production. Son tambour est ouvert aux deux bouts, et l'air n'entre que par les jeux qui le séparent des plaques d'extrémité. Les versions actuelles, M3s et M6, sont mixtes, conduction et convection. Leur tambour porte un fond arrière perforé, et deux fentes d'environ 3 mm courent sous les résistances sur toute sa longueur. L'essentiel de l'air chauffé traverse alors la charge au lieu de la contourner. La chauffe vient de deux résistances en U logées entre le tambour et l'enveloppe extérieure, tantôt sous le tambour, tantôt en diagonale. Sur les machines en 110 V elles sont montées en parallèle, sur celles en 220 V en série. Le réglage passe par un triac, un interrupteur électronique qui hache la sinusoïde du secteur, exactement le circuit d'un variateur de lumière. Il n'y a ni carte, ni puce, ni logiciel embarqué. Le tambour tourne à vitesse fixe, entraîné par un moteur et un réducteur. Une turbine à vitesse variable, de 15 W, fait trois métiers. Elle tire l'air à travers le tambour, évacue les pellicules et refroidit le grain. Un petit ventilateur de 5 W, sous le coffret, ne sert qu'à refroidir les triacs.
Les modèles
Une plateforme unique, quatre états. Le M3 d'origine, jusqu'à la production de mai 2013, dont le tambour est plus épais que celui des suivants. Le M3 Mk2, qui inverse le sens du tambour. Le M3s, qui ajoute le fond perforé. Le M6 enfin, dont la chambre et le tambour sont ceux du M3s allongés de 7 cm, le reste étant identique. Le site du constructeur ne présente que le M3s en septembre 2026. Le revendeur américain affiche les deux, le M3s à 1450 dollars et le M6 à 2050 dollars. Les deux se commandent en 110 V comme en 220 V. Capacités par fournée : 0,15 à 0,3 kg pour le M3s, 0,3 à 0,55 kg pour le M6. La fiche du constructeur donne 24 x 29,5 x 36 cm et 10,5 kg pour le M3s. Elle conseille une cuisson de 10 à 15 minutes. L'auteur du manuel a mesuré ses propres machines. Il trouve 24 x 33 x 36 cm et 10 kg pour un M3 Mk2. Il trouve 24 x 38 x 43 cm et 12 kg pour un M6. Il relève 1340 W et 1615 W de chauffe, ramenés à 120 V. Le bac rectangulaire et le refroidisseur externe à turbine ne sont pas fournis d'office avec un M6 sorti d'usine. Ce sont des options à demander.
Ce qu'on y gagne
Aucun logiciel, donc rien qui se périme. Tout se démonte aux clés métriques ordinaires : le tambour sort, les résistances se remplacent. Une machine sans puce ne meurt pas de l'arrêt d'un composant. Elle tient sur une prise domestique de 120 V et 15 A, et enchaîne les fournées sans cycle de refroidissement entre deux. Surtout, elle chauffe au contact de la paroi comme un tambour de production, quand un torréfacteur d'échantillon à lit fluidisé ne travaille qu'à l'air chaud. Le profil obtenu se transpose donc mieux vers une machine d'atelier. Les ports de sonde sont taraudés en M8 x 1,25, un filetage métrique courant : un thermocouple s'y visse sans usinage. En 110 V, les deux résistances sont montées en parallèle. Si l'une lâche, la machine chauffe encore à demi, et la fournée en cours peut être sauvée.
Ce qu'on y perd
Rien ne régule la température. La seule sécurité est une minuterie mécanique, qui coupe le courant si on ne la réengage pas. Le manuel le dit sans détour : qui la réengage sans regarder chauffe la machine jusqu'à la rupture des résistances. C'est pour cette raison que le revendeur américain exige un engagement écrit avant de livrer. Le réglage dérive aussi : la résistance des éléments varie avec leur température, donc le courant s'écarte de la valeur choisie. Il faut le rattraper quelques minutes après chaque changement. Un tambour électrique répond lentement, et la correction se lit tard sur l'air, plus tard encore sur le grain. Le thermomètre d'origine ne donne qu'une valeur relative, pas la température du grain. Elle dépend de la place de la sonde et de la taille de la charge. En 220 V, les deux résistances sont en série : une seule qui lâche, et la machine ne chauffe plus du tout. Le bac de refroidissement fourni se glisse dans le collecteur de pellicules, et tant qu'il y est, l'air ne circule plus dans la chambre. Refroidir une charge et en cuire une autre en même temps suppose donc le refroidisseur externe. Il n'y a enfin ni traitement des fumées ni raccord d'extraction.