Huntley Manufacturing Co. (Monitor)
Les tambours de production, Silver Creek, puis Brocton, comté de Chautauqua, État de New York, États-Unis.
L'histoire
La Huntley Manufacturing Co. est de Silver Creek, dans l'ouest de l'État de New York. Ses propres catalogues impriment deux dates sur leur page de titre : « Established 1879 » et « Incorporated 1896 ». Elle ne vient pas du café. Son métier est le triage des graines et des grains. Elle vend sous la marque Monitor des nettoyeurs, des séparateurs et des calibreurs. Dans les années 1920 son catalogue couvre encore le grain, le riz, l'arachide, la tomate, le pois et la conserverie. Ce passé explique la suite. En 1896 elle applique le même savoir-faire au café vert et sort une ligne Monitor de nettoyage et de calibrage. C'est Ukers qui date cette étape. Le torréfacteur arrive cinq ans plus tard, et il arrive avec un homme. En 1901 la maison recrute F. T. Holmes, qui vient de la Potter-Parlin Co. de New York. Holmes avait installé chez cet employeur, en 1893, le premier torréfacteur à gaz à flamme directe vu en Amérique. C'était une machine anglaise de Beeston Tupholme, brevetée en Angleterre en 1887. Huntley lance alors le Monitor à flamme directe. Holmes améliore le principe Tupholme en plaçant des brûleurs aux deux extrémités du cylindre au lieu d'un seul. Il coude les tuyaux vers le bas, pour que la flamme descende d'abord au fond du cylindre avant de remonter vers la cheminée. Il ne dépose jamais de brevet sur ce point, et Ukers le signale expressément. Le brevet qu'il dépose en 1905 porte sur autre chose : le tirage et la séparation des pellicules. Le réflexe du trieur de graines se retrouve donc dans le torréfacteur. Holmes en cède la moitié à la maison. Celle-ci quitte plus tard Silver Creek pour Brocton, dans le même comté.
Ce qu'elle fabrique
Huntley construit des torréfacteurs à tambour à flamme directe, chauffés au gaz. Flamme directe veut dire que la flamme entre dans le cylindre et touche les grains, au lieu de chauffer la paroi par le dehors. Le brevet de Holmes décrit la machine pièce par pièce. Les brûleurs sont atmosphériques, c'est-à-dire qu'un tube mélangeur aspire l'air et le mêle au gaz avant la combustion. Ils projettent des nappes de flamme horizontales par les deux bouts ouverts du tambour. Les palettes intérieures sont inclinées et alternées en sens contraire. Le café fait donc un va-et-vient dans la longueur pendant qu'il retombe à travers la flamme. Les perforations du tambour sont allongées et obliques par rapport à l'axe, pour récurer le grain. Un ventilateur aspire l'air extérieur dans le tambour par les deux bouts. Il tire ensuite les gaz chauds vers le dehors à travers les perforations, dans l'espace entre le tambour et le carter. Il emporte du même coup la fumée et la pellicule, cette fine peau argentée qui se détache du grain à la cuisson. Des ailettes longitudinales fixées à l'extérieur du tambour balaient cet espace annulaire. Elles poussent la pellicule vers la bouche d'aspiration, placée sur le flanc du carter du côté descendant du tambour. La pellicule tombe ensuite dans une chambre de décantation à écrans décalés, qui force l'air en zigzag. Cette chambre est refroidie par une double paroi qu'il faut tenir remplie d'eau. Le brevet donne les vitesses : 45 à 55 tours par minute pour le tambour, 1 800 à 2 000 pour le ventilateur. Le catalogue descend à 38 tours sur le plus gros tambour de la gamme. La maison sait aussi faire l'inverse : son torréfacteur à arachides et à céréales est indirect, avec deux rangées de brûleurs sous le cylindre et à l'extérieur.
Les modèles
Le catalogue numéro 66, imprimé à Brocton, montre trois étages de gamme. Les Monitor numéro 0 et numéro 00 sont les petites machines, faites pour le détaillant qui torréfie dans sa boutique. Leur capacité n'est pas lisible dans l'exemplaire consulté. Les Monitor numéro 1, 2 et 3, en version Style B, forment un ensemble autonome. Cette machine torréfie, refroidit et dépierre en un seul poste. Dépierrer veut dire séparer les cailloux du café, ici par un courant d'air montant qui soulève le grain et laisse tomber la pierre. Les capacités par fournée vont de 25 à 90 livres pour le numéro 1. Elles passent à 50 à 200 livres pour le numéro 2, puis à 60 à 350 livres pour le numéro 3. Cela fait environ 11 à 159 kg. Le temps de cuisson annoncé est de 12 à 17 minutes pour le numéro 1, de 12 à 18 pour les numéros 2 et 3. La photographie des numéros 2 et 3 montre trois brûleurs à l'avant. Le même catalogue annonce jusqu'à douze brûleurs, six à chaque bout, sur les plus gros modèles. Le supplément au catalogue numéro 64 ajoute le numéro 4, dit Four-Bag, de 600 livres par fournée, environ 272 kg. Il est chauffé par six brûleurs, répartis entre l'avant et l'arrière. Chaque série, à droite, à gauche et au centre, a sa propre commande au tableau. À ces torréfacteurs s'ajoutent des refroidisseurs, des dépierreurs, des élévateurs à café et des granulateurs à rouleaux. Aucun catalogue de machines à café postérieur à celui de Brocton n'a été retrouvé.
Ce qu'on y gagne
La flamme entre dans le tambour et atteint le grain. La chaleur arrive par rayonnement et par le gaz chaud, pas seulement par la paroi. Le tambour est perforé et ouvert, donc le grain ne repose jamais sur du métal surchauffé. Il n'y a pas de face plate brûlée. Le catalogue du numéro 4 décrit une nappe de feu qui remplit tout le diamètre du cylindre. Aucun grain ne peut la traverser sans passer dedans, et les grains retombent séparés les uns des autres. Les chiffres vont dans ce sens. Il faut 12 à 18 minutes pour une fournée de 11 à 159 kg. La dépense annoncée est de 95 à 125 pieds cubes de gaz par sac de 132 livres, soit 60 kg. Elle descend à 85 à 100 pieds cubes sur le numéro 4, le plus gros de la gamme. La source de chaleur est dans la charge, donc une correction de flamme se sent tout de suite.
Ce qu'on y perd
La même flamme brûle la surface du grain si la charge est trop faible, puisque moins de grains traversent la même nappe de feu. Le tambour est perforé et ouvert aux deux bouts, donc la cuisson dépend entièrement du tirage du ventilateur. La chambre de décantation se trouve sur ce trajet d'air. Encrassée, elle étrangle le tirage et fait varier la chaleur sans prévenir. Sa double paroi doit rester pleine d'eau. Le brevet la prévoit pour tenir la chambre froide, et une chambre pleine de pellicule sèche qui chauffe prend feu. Les gaz de combustion passent à travers le café : un brûleur sale se retrouve dans la tasse. Enfin il n'y a ni sonde ni courbe. L'opérateur juge sur un échantillon, pris par l'ouverture placée au-dessus des brûleurs. Rien ne se reproduit d'un opérateur à l'autre.