Hungerford Co., puis Fraser Manufacturing Co.
Les tambours de production, New York, puis Jersey City, New Jersey, États-Unis.
L'histoire
Le nom Hungerford apparaît dans les registres de brevets américains avant la machine à torréfier, mais Ukers se contredit sur la date. Sa chronologie place dès 1871 des brevets de G. W. Hungerford sur des machines à nettoyer et polir le café. Son chapitre sur les appareils, lui, fait apparaître le nom seulement en 1880 et 1881, au nom de G. W. et G. S. Hungerford. Le torréfacteur ne vient qu'en 1882, et cette date n'a rien d'un hasard. Le brevet de Jabez Burns de 1864 protégeait le premier cylindre capable de se vider sans qu'on le sorte du feu. Il venait d'expirer, au bout des dix-sept ans que la loi américaine accordait alors à un brevet. Les Hungerford, père et fils, sortent donc une machine proche de la première Burns. Chris Abele lance sa Knickerbocker la même année et pour la même raison. Il restera leur concurrent direct jusqu'au bout. D'autres brevets de torréfacteur suivent au nom de G. W. Hungerford, entre 1887 et 1889. Cette dernière année, David Fraser, arrivé de Glasgow en 1886, fonde la Hungerford Co. et reprend l'affaire. L'activité cesse à New York en 1910. Fraser passe alors de l'autre côté de l'Hudson, à Jersey City, et continue sous le nom de Fraser Manufacturing Co. La maison s'arrête en 1918.
Ce qu'elle fabrique
Deux principes se succèdent. Le premier est celui de la machine de 1882, dont Ukers ne donne aucune description propre. Il écrit seulement qu'elle ressemble à la première machine de Burns, dont voici le principe. C'est un cylindre de fer fermé, posé dans un massif de maçonnerie au-dessus d'un foyer, le charbon étant alors le combustible courant. La chaleur passe donc surtout par conduction, c'est-à-dire par contact direct du grain avec la paroi chaude. À l'intérieur travaille une double vis, une à droite et une à gauche, solidaire de la coque. Elle répartit le café d'un bout à l'autre du cylindre pendant la cuisson. Elle le fait aussi sortir à volonté, sans qu'on arrête la rotation ni qu'on retire la machine du feu. La machine vendue à partir de 1897 change de principe. Elle est chauffée par le centre : le brûleur à gaz travaille au milieu de la charge, et non plus sous le tambour. Un cylindre intérieur en toile métallique, c'est-à-dire un grillage fin, retient le grain et l'empêche de tomber dans la flamme. Elle est développée sous un brevet de Carl H. Duehring, de Hoboken, en 1897. Duehring l'a cédé à D. B. Fraser, ce qui explique que la machine se vende sous le nom de Fraser et non sous le sien. Un brevet de David B. Fraser lui-même suit en 1899, avec un brevet de refroidisseur la même année.
Les modèles
La gamme n'est pas établie, et aucune capacité en kilos par fournée n'est documentée. Voici ce que les registres cités par Ukers attestent, et rien de plus. Des brevets de machines à nettoyer et polir le café en 1871. Des brevets de machines à nettoyer, écurer et polir en 1880 et 1881. Un torréfacteur en 1882, donné pour proche de la première machine de Burns. D'autres brevets de torréfacteur au nom de G. W. Hungerford, entre 1887 et 1889. Enfin la machine à gaz chauffée par le centre, mise sur le marché à partir de 1897, et un refroidisseur breveté en 1899. L'index d'Ukers range cette machine à gaz parmi les torréfacteurs de gros, et non parmi les machines d'échantillon ni parmi les machines domestiques. C'est le seul indice d'échelle disponible sur cette maison. Aucun nom commercial de modèle n'a été retrouvé.
Ce qu'on y gagne
La chauffe par le centre raccourcit le trajet de la chaleur. Le brûleur travaille au milieu de la charge, et le lit de grains reçoit la chaleur par toute la surface du grillage. Un tambour chauffé par dessous ne l'échange que par la portion de paroi que le lit vient toucher. Le gaz se règle au robinet et répond dans la seconde, quand un feu de charbon met plusieurs minutes à monter ou à retomber. Le grillage tient enfin le café hors de la flamme, si bien que les brûlures ponctuelles de la flamme directe ne se produisent pas.
Ce qu'on y perd
Un grillage n'est pas une paroi. La pellicule argentée, cette fine peau qui se détache du grain pendant la cuisson, traverse la toile et tombe sur le brûleur, où elle brûle. La toile s'encrasse, et une toile encrassée ne laisse plus passer la même chaleur d'une fournée à la suivante. Le rayonnement d'une flamme centrale est très inégal. La couche de grains collée au grillage en reçoit beaucoup plus que celle plaquée contre la coque extérieure. Tout repose alors sur le brassage, donc sur une charge pleine et une rotation régulière, faute de quoi rien ne corrige cet écart.