OùBerlin, Allemagne
Depuis2013
FamilleLes machines de table et de comptoir
L'histoire
Hans Stier veut une machine qui torréfie, moud et infuse dans un seul corps. Sa première tentative s'appelle Kaffee Toro, fondée en 2010 et en faillite en 2013, selon son propre récit. Il repart de la même idée la même année, sous le nom Bonaverde. L'argent vient de la foule, en quatre campagnes menées sur quatre plateformes différentes, ce qui était alors sans exemple pour un objet à fabriquer. Kickstarter, en 2013, vise 135 000 dollars et en récolte plus de 680 000 auprès de plus de 2 200 souscripteurs. Suivent Indiegogo, près de 125 000 dollars, puis Seedmatch en août 2014, plus de 1,5 million d'euros, puis Seedrs en 2017, plus de 1,3 million de livres. La machine était promise pour octobre 2014. Elle n'arrive sur le marché qu'en 2017. Le dessin choisi par vote public n'était pas fabricable, et il fallut tout reprendre. Stier raconte ensuite deux morts subites la même année, celle de M. Chen, fondateur de l'usine chinoise, et celle de Henk, qui dirigeait le bureau d'études du matériel. Les deux d'un infarctus. Privée de bureau d'études et de trésorerie, la société faillit fermer là. Elle se tourne alors vers une application de café hors domicile, l'Urban Coffee Club, et cesse de s'occuper de la machine. C'est à ce moment que l'usine signale un défaut de série. Une pièce posée hors cahier des charges, pour économiser, laisse entrer de la condensation. Celle-ci peut court-circuiter la commande et lancer le torréfacteur tout seul, grains à l'intérieur. Bonaverde annonce son insolvabilité le 22 octobre 2019, jour d'une décision du tribunal de Charlottenburg sur son patrimoine. La lettre de dépôt de bilan volontaire suit le 14 novembre. Plus de 5 000 machines étaient déjà chez des gens. Or la Berlin refuse de torréfier tant que le compteur de son filtre à air n'est pas remis à zéro par une étiquette sans contact. Plus personne n'en vendait. Des propriétaires ont désossé le programme interne, publié la structure des étiquettes, puis sorti en juin 2020 une application qui les refabrique.
Ce qu'elle fabrique
Bonaverde n'a jamais eu d'usine. Elle dessine à Berlin et fait construire en Chine par un sous-traitant, Homezest. Le développement du matériel était confié à un bureau extérieur, X-Pect Innovations. Rien d'essentiel n'était donc tenu en interne, et c'est pourquoi la mort d'un dirigeant a suffi à arrêter le produit. Le torréfacteur occupe le haut du corps. La maison n'a jamais publié de coupe de sa machine. Restent les photographies d'un exemplaire démonté, mises en ligne par ses propres utilisateurs. On y voit une chambre ronde, une résistance nue enroulée en spirale plate, et un moyeu central qui entraîne un brasseur. Une couronne de perforations laisse passer l'air. La chaleur arrive donc par deux voies à la fois : le rayonnement du fil incandescent, et l'air que ce même fil réchauffe. Rien ne ressemble au tambour d'une machine de production, où le grain prend l'essentiel de sa chaleur du métal qu'il touche. Un ventilateur tire les fumées et les pellicules, c'est-à-dire la fine peau que le grain perd en cuisant, vers un bac à pellicules et un filtre. L'ensemble, torréfaction, mouture et infusion comprises, tient dans 800 watts. Ces 800 watts servent aussi à moudre et à infuser, donc la chauffe n'en dispose pas seule. Les grains tombent ensuite dans un moulin à cônes en acier, puis dans un filtre papier arrosé en pluie.
Les modèles
Un seul modèle est sorti, la Berlin. Fournée de 50 à 90 grammes, soit 0,05 à 0,09 kg. C'est l'ordre de grandeur d'un torréfacteur d'échantillon, la petite machine qui sert à goûter un lot avant de l'acheter. Le manuel donne 50 g pour 600 à 800 ml de café, et 80 g pour 800 à 1 000 ml. Réservoir d'eau d'un litre. La torréfaction dure dix à quinze minutes selon le grain. Prix de lancement : 799 livres en blanc, 999 en argenté. Le prix est affiché en livres parce que la société avait levé sur une plateforme britannique et inscrit une filiale au Royaume-Uni en juin 2017. Un premier dessin en bois courbé, nommé Dalia et choisi par vote public en 2013, n'a jamais été fabriqué : il n'était pas industrialisable. La machine vendue est le boîtier blanc rectangulaire dessiné par Daniel von Waldthausen. Il est montré au salon de l'électronique de Las Vegas en janvier 2016, puis mis en vente fin 2017. Quatre séries de fabrication et plus de 5 000 machines au total, selon le fondateur. Aucun autre torréfacteur de la maison n'a été mis en vente.
Ce qu'on y gagne
Cinquante grammes chauffés par 800 watts, c'est peu de masse à monter en température : la machine tient sur un plan de travail, sans gaz ni conduit de fumée. Le bac à pellicules et le filtre à charbon retiennent ce qui fume. Un essayeur note n'avoir pas déclenché son détecteur d'incendie, ce qui ne lui était jamais arrivé en torréfiant chez lui. Le sachet de grain vert sert de filtre papier, et la mouture tombe dedans. Entre la fin de la cuisson et la tasse, il ne s'écoule que le temps de moudre et d'infuser, café servi à 70 degrés.
Ce qu'on y perd
Sur la machine elle-même, il n'y a qu'un lecteur d'étiquette et un bouton. On ne peut ni écrire un profil de chauffe, ni corriger une montée de température en cours. Le reste passait par un robot de conversation, donc par les serveurs de la maison et par une carte SIM. Le départ différé existait, mais par ce canal seulement. Stier reconnaît avoir choisi la 3G plutôt que le wifi, une technique qui a vieilli plus vite que la machine. Pire, le compteur du filtre à air bloque la torréfaction tant qu'une étiquette neuve n'est pas scannée. La maison morte, la machine s'arrête. Le grain coûtait 2,50 livres les 50 grammes, soit 50 livres le kilo, contre une dizaine pour du vert comparable acheté ailleurs.
Zone d'ombreLe nom exact pose question. La fiche retient Bonaverde, qui est le nom porté par la machine, le manuel et les documents de la société. Le registre connaît Bonaverde UG, puis Bonaverde GmbH, ainsi qu'une Bonaverde Coffee AG distincte. « Coffee Changers » apparaît comme une signature de communication, et n'a pas été retrouvé comme raison sociale. La date de naissance exacte n'est pas établie. Le registre ne publie rien sous ce numéro avant le 3 février 2014, et n'affiche aucune date de constitution. L'année 2013 retenue ici vient du récit de Stier et de la campagne Kickstarter, pas d'un acte. Le principe de chauffe est déduit de photographies d'une machine démontée par des tiers, jamais d'un schéma du constructeur, qui n'en a publié aucun. Seule la légende « Heating coil of the Roaster » est écrite noir sur blanc. Le reste repose sur la lecture des images. La part respective du rayonnement et de la convection n'est donc pas mesurée, et rien ne dit si la résistance se trouve sous le lit de grains ou au-dessus. Aucune courbe de température n'a été publiée, ni par la maison ni par un essayeur. Le programme interne stocke deux mesures nommées température haute et température basse, mais leurs valeurs et leurs consignes ne sont pas connues. Le mémoire de licence qui décrit ce programme n'a pas pu être lu : son hébergeur présente un certificat invalide. Le numéro du brevet allemand n'a pas pu être lu non plus. Le registre n'en publie que le titre et la date. Les bases de brevets consultées ont refusé les requêtes. Le poids et les dimensions de la Berlin ne figurent dans aucune des deux révisions du manuel. Le prix en euros n'a pas été retrouvé, seuls les prix britanniques le sont. Le compte rendu de Trusted Reviews n'a pas répondu lors de cette relecture. Les chiffres qui en viennent, prix, température de service et prix du sachet, reposent donc sur une seule lecture. Les chiffres de fabrication se contredisent légèrement : le fondateur évoque une première commande d'environ 5 500 machines, et un total supérieur à 5 000 sur quatre séries. Le nombre exact de machines rappelées n'est publié nulle part, l'entretien de novembre 2019 parlant seulement de centaines. Le total levé est également incertain. Le podcast detektor.fm retient plus de deux millions d'euros sur quatre campagnes. Or la somme des montants annoncés par chaque plateforme est nettement plus élevée. La nature de la décision du 22 octobre 2019 n'est pas établie. Le texte de la publication du 29 octobre est tronqué dans la source consultée. Impossible, donc, de distinguer l'ouverture de la procédure d'une simple mise sous administration provisoire. Le décalage avec la lettre de dépôt de bilan du 14 novembre reste inexpliqué. La date à laquelle la société a déposé sa demande reste inconnue. Le nom de l'administrateur judiciaire n'a pas été trouvé. Le document d'annonce du 22 octobre 2019 est diffusé en image et n'a pas pu être lu. Une marque Bonaverde Square a été déposée le 20 novembre 2017, et aucune machine de ce nom n'a été retrouvée. On ignore s'il s'agissait d'un second appareil abandonné ou d'autre chose. Le German Innovation Award 2019 est affirmé par le fondateur dans son propre texte. Il n'a pas pu être vérifié à la source : le site de ce prix ne répond pas. Le billet de Hans Stier hébergé sur Medium, souvent cité, renvoie une erreur 404 : c'est la copie archivée par les propriétaires qui a été lue. Enfin, rien n'indique combien de machines fonctionnent encore, ni combien de souscripteurs n'ont jamais été livrés ni remboursés.
Registre du commerce allemand, Amtsgericht Charlottenburg (Berlin), HRB 155945 B, Bonaverde GmbH, anciennement Bonaverde UG : première publication du registre le 3 février 2014, inscription avec 100 € de capital, capital porté à 26 719 € le 16 juin 2014, changement de nom en Bonaverde GmbH le 18 juillet 2016, capital porté à 28 397 € le 2 octobre 2018 puis à 29 332 € le 15 février 2019, filiale britannique inscrite le 19 juin 2017, décision du tribunal de Charlottenburg sur le patrimoine de la société prise le 22 octobre 2019 et publiée le 29 octobre 2019, dossier 36b IN 5608/19, mention de liquidation le 25 novembre 2019, clôture de la procédure par décision du même tribunal du 19 août 2022 publiée le 24 août 2022, radiation d'office de la société sans actif le 27 janvier 2023 au titre du paragraphe 394 FamFG ; même registre, HRB 157488 B, Bonaverde Coffee AG, inscription du 2 avril 2014, capital 50 000 €, contrat de domination et de transfert des bénéfices avec Bonaverde UG du 25 novembre 2014 ; publication de brevet du 3 novembre 2021 au nom de Bonaverde UG, titre « Kaffeebereiter mit integrierter Rösteinheit, Mahleinheit und Brüheinheit » ; dessin ou modèle déposé publié le 2 mai 2019 ; marques Bonaverde AddOn (13 octobre 2017), Bonaverde Square (20 novembre 2017) et BONAVERDE (13 septembre 2024) ; publications du registre consultées via northdata en septembre 2026 ; Bonaverde GmbH, « Bonaverde files for Insolvency », lettre à la communauté du 14 novembre 2019, texte intégral relu : dépôt de bilan volontaire au titre de la loi allemande sur l'insolvabilité, défaut signalé par le fabricant sur une série de fabrication précise, pièce posée par l'usine contre les spécifications de Bonaverde pour réduire le coût, condensation possible dans de rares cas, court-circuit de l'électronique de commande, torréfacteur susceptible de démarrer en contournant la sécurité logicielle et de surchauffer si des grains sont dedans, séries antérieures non concernées, coût supposé du rappel rendant impossible la poursuite de l'activité faute de financement nouveau, quatre ans de développement puis deux ans de vente ; Bonaverde, « Announcement of insolvency », document daté du 22 octobre 2019 et archivé sur le même site, non relu car diffusé en image ; Hans Stier, « The Rocky Path to Almost-Glory », 31 octobre 2019, texte intégral relu : quatre séries de fabrication et plus de 5 000 machines construites, première commande d'environ 5 500 machines pour environ 3 500 précommandes, usine Homezest et mort par infarctus de son fondateur M. Chen avant toute série importante, bureau X-Pect Innovations et mort par infarctus de son dirigeant Henk la même année à Noël, dessin d'origine non fabricable, choix de la 3G plutôt que du wifi ou du Bluetooth, base de données des machines livrées perdue faute de sauvegarde, attention détournée vers l'Urban Coffee Club au moment où le défaut de série apparaît, German Innovation Award 2019 revendiqué ; les deux textes archivés sur bonaverde-berlin.org, fichiers files/Bonaverde-files-for-Insolvency.pdf et files/The-Rocky-Path-to-Almost.pdf ; detektor.fm, Flopcast, entretien de Hans Stier avec Maja Fiedler, 27 novembre 2019 : Kaffee Toro fondée en 2010 et en faillite dès 2013, plus de deux millions d'euros levés en quatre campagnes, « nous sommes à presque dix millions d'euros dans cette affaire » ; Manuel d'utilisation Bonaverde Berlin, révisions 1 et 2, section Specifications : 220 à 240 V en 50 Hz et 120 V en 60 Hz, 800 W, RFID 13,56 MHz, module 2G/3G en 800/850/900/1900/2100 MHz ; même manuel, section Structure Description : chambre de torréfaction, champ de scan, moulin, panneau de filtre à air avec bac à pellicules, sortie de vapeur, mention « Covered under US Patent No. D769,664 » ; même manuel, section Tips & Tricks : 50 g pour 600 à 800 ml, 80 g pour 800 à 1 000 ml ; même manuel, section Coffee Concierge : commandes Make Coffee, Grind&Brew, Roast Only, Grind Only, Brew Only et programmation différée ; David Ludlow, essai de la Bonaverde Berlin, Trusted Reviews, 6 novembre 2017 : 799 £ en blanc et 999 £ en argenté, réservoir d'un litre, sachet servant de filtre, dix à quinze minutes de torréfaction, filtre HEPA et bac à pellicules, aucune commande hors le lecteur d'étiquette et le bouton, détecteur d'incendie non déclenché, café servi à 70 °C, sachet nicaraguayen de près de 50 g à 2,50 £ soit 50 £ le kilo contre environ 10 £ le kilo pour du vert comparable ; bonaverde-berlin.org, site indépendant tenu par des propriétaires de la machine, page Overview / Docs : annonce de l'insolvabilité aux actionnaires le 22 octobre 2019 et dépôt de bilan le 14 novembre 2019, problème de remise à zéro du compteur de filtre à air, étiquettes Mifare Ultralight EV1, programme interne non protégé et partiellement désossé par Hackaverde le 29 mars 2020, structure des données des étiquettes publiée par Bernd Trappe le 14 juin 2020, application VerdeNFC parue le 15 juin 2020 sur Google Play et le 22 juillet 2020 sur l'App Store, mémoire de licence de Hackaverde « Owning the devices you own : running homebrew on an IoT coffee machine » daté du 1er août 2020 ; même site, page Air Filter : filtre d'origine introuvable, mousse de charbon actif d'aquarium JUWEL bioCarb taille XL coupée en deux comme substitut, environ 2,50 € par changement, compteur à remettre à zéro en plus du remplacement ; même site, page Roasting Profiles : étiquettes nommées pour 50 et 80 g, conseils de mouture pour 50 g avec 600 ml, 70 g avec 800 ml et 90 g avec 1 000 ml ; même site, page Repair : photographies de la machine démontée, légendées « Top side (Roaster) » et « Heating coil of the Roaster » ; pages consultées en septembre 2026 ; Wikipédia en anglais, article Bonaverde, consulté en septembre 2026, et les sources qu'il cite : fondation en 2013 par Hans Stier après Kaffee Toro fondée en 2010, Kickstarter 2013 (objectif 135 000 $, plus de 680 000 $ récoltés, plus de 2 200 souscripteurs, livraison annoncée pour octobre 2014), Indiegogo (plus de 430 souscripteurs, près de 125 000 $), Seedmatch août 2014 (plus de 1,5 million d'euros), Seedrs juillet 2017 (750 000 £ atteints en deux heures, plus de 1,3 million de livres au total), dessin d'origine Dalia choisi sur la plateforme Jovoto, boîtier de Daniel von Waldthausen présenté en janvier 2016 au Consumer Electronics Show, souscripteurs sans machine ni remboursement en mars 2018, dessin déposé en Australie sous le numéro 201413988 au nom de Bonaverde UG, conseil de surveillance présidé par Michael Brehm